Mansi VI
contre la primauté et le magistère suprême du pape, car un pareil examen est toujours et partout de droit, même en face de la parole divine; dans une certaine manière, il est même d'obligation. Les Pères à cette occasion appellent saint Léon Papa ou universalis ecclesiae archiejnscopus.
Où la foi en la primauté de l'évêque de Rome apparaît sans le moindre équivoque, c'est quand les Pères prient le pape de terminer cette affaire dans un écrit synodal et même d'approuver le 28e canon de la 15e session sur les droits patriarcaux de l'évêque de Constantinople contre lequel les légats pontificaux avaient déjà protesté au concile. Ce canon s'explique par l'état du droit ecclésiastique d'alors. Les églises fondées par les Apôtres, particulièrement dans les principales villes de l'empire romain, avaient d'ellesmêmes obtenu le premier rang en vertu de leur ancienneté, par suite du privilège de la tradition apostolique persistant chez elles et par l'établissement d'autres églises se mouvant dans leur dépendance, grâce à l'institution d'écoles intellectuelles et par la création d'une active vitalité intellectuelle dans leur sein. Aussi leurs évêques avaient la présidence des conciles et une voix prépondérante, quand il s'agissait de pourvoir de pasteurs les églises suflragantes. Ceci donna naissance à la première attribution et à l'élément principal de ce qu'on a appelé les droits patriarcaux qui furent pour la première fois reconnus et fixés par le concile de Mcée.
D'après le sixième canon le droit de nomination ou de confirmation des évêques devait appartenir à l'évêque d'Alexandrie sur tout son diocèse qui s'étendait sur l'Egypte, la Libye et la Pentapole ; le même droit était reconnu au pape pour tout l'Occident ; l'église d'Antioche, comme siège du troisième patriarcat et les autres éparchies d'Ephèse, de Césarée et d'Héraclée devaient garder aussi leurs droits analogues. En même temps le septième canon maintenait l'église d'Aelia (Jérusalem) dans sa primauté (mais ce n'était plus alors qu'une primauté d'honneur). A cette décision le second concile général ajouta un nouveau canon,
le troisième, à propos d'un nouveau siège patriarcal. c L'évèque de Gonstantinople, y était-il dit, doit avoir le premier rang d'honneur après l'évèque de Rome, parce que sa cité est une nouvelle Rome ». Les papes n'acceptèrent pas tout d'abord ce canon. C'est qu'il y avait là une atteinte aux droits des hautes métropoles d'Alexandrie, et d'Antioche formellement reconnus par le concile de Nicée et d'autre part la raison tirée de la grandeur et de l'importance de la ville de Gonstantinople n'était pas décisive, car l'autorité des autres hautes métropoles se basait principalement sur le fait de leur origine apostolique et de leur fondation parle prince des Apôtres ou indirectement par son disciple Marc. Les évêques de Constantinople ne se laissèrent pas cependant arrêter dans leurs efforts ambitieux et ils furent en cela soutenus par la cour. Le 28e canon de la 15e session n'avait pour but que de leur donner quelques droits réels du patriarcat; il leur assignait pour diocèse l'Asie Mineure, le Pont, la Thrace et les contrées du Nord habitées par des peuples barbares nouvellement convertis.
Les Pères du concile ne furent pas seuls à demanderl'approbation de ce canon1, l'empereur et l'évèque Anatoliusde Constantinople se joignirent à eux ils firent valoir comme motif le canon déjà cité du second concile général et l'espoir qu'il donnait de prévenir toute contestation dans les nominations aux sièges épiscopaux. Mais saint Léon le rejette dans diverses réponses et il s'explique en ces termes à l'impératrice2. « Le décret des évêques qui est opposé au décret de Nicée, je le déclare, en union avec la piété de votre foi, sans valeur et je le casse par l'autorité du saint Apôtre Pierre ». Des autres motifs qui autorisaient cette déclaration du pape, tels que le préjudice porté aux droits des autres patriarches et des diverses autres églises de l'Asie Mineure, nous n'avons pas à faire l'examen ici. Le motif principal dut être pour saint Léon le souci de l'unité de l'Eglise, car Celle-ci était hautement compromise par les tendances qu'affichait