SAINT BASILE
humaine. Saint Basile se tait sur ce point dans le discours cité, mais il en parle ailleurs.
2. Dans une homélie, notre Père de l'Eglise entreprend une enquête sur l'origine première du péché et du mal ; il montre comment le péché s'est caractérisé dès le paradis comme une défection du bien, et il décrit alors les privilèges de l'état paradisiaque. « Dieu, dit-il, a créé le corps, mais non la maladie1 ; il a appelé l'âme à l'existence, mais non le péché. L'âme s'est dégradée en sortant de son état naturel. Mais en quoi consistait le bien le plus excellent de l'âme? A s'attacher à Dieu et à rester unie à lui par l'amour ; quand l'âme abandonna cet amour, elle fut rongée par des maladies multiples et variées. Mais comment est-elle capable du mal ? Parce qu'elle est douée de la volonté libre, qui est ntiellement propre à la nature raisonnable. De même qu'en persévérant dans la considération du bien et la jouissance de l'invisible, elle garde la puissance et la capacité de conserver la vie correspondante à la nature (rfa xarà ^û<r«v £wr,v) ; de même elle a aussi le pouvoir de se détacher du bien... Au commencement, Adam allait et venait dans le paradis terrestre, non d'après l'espace, mais d'après l'esprit. En attachant au ciel ses regards vivifiés, il se réjouissait de la vue des choses et était pénétré surtout d'amour pour le Créateur, qui lui avait promis la vie éternelle, l'avait placé au milieu des joies du paradis, lui avait octroyé la même domination et la même participation au pain de vie qu'aux archanges, et lui avait permis d'entendre la parole divine. Il était en outre protégé par Dieu, dont il goûtait les biens ; mais rassasié de tout cela et devenu présomptueux par ce rassasiement même, il donna à ce qui paraissait agréable aux yeux de la chair, la préférence sur la beauté spirituelle, et attacha plus de prix à la satisfaction du ventre qu'aux jouissances de l'esprit. C'est pour cela qu'il fut chassé du paradis et privé de la vie bienheureuse, il n'était pas devenu mauvais par nécessité mais par pure folie. Il pécha par
2. Hom. quod Deus non est auctor malorum c. 6 (éd. Maur. II, 68 sq.).
mauvaise volonté et mourut par suite du péché, car la solde du péché, c'est la mort. Il se rapproche d'autant plus de la mort qu'il s'éloigne de la vie, car Dieu est la vie et la privation de la vie c'est la mort ».
A cet endroit, saint Basile se tourne contre les Manichéens pour leur montrer que le péché dérive de la liberté de la créature, et que l'économie primitive de l'homme était excellente sous tous les rapports. Ce qui surprend, c'est que ce docteur appelle cet état primitif, un état naturel et la vie paradisiaque une vie conforme à la nature. Cette manière de s'exprimer, nous prouve de nouveau que la terminologie ecclésiastique ne s'est précisée et définie que peu à peu et grâce encore aux multiples discussions provoquées par les hérésies, et que, si saint Basile avait vécu à une époque plus rapprochée de nous, il n'aurait pas omis de nous parler de ce qu'il y avait de surnaturel dans l'état paradisiaque. Tous les points doctrinaux de la foi sont cependant contenus dans l'exposition citée plus haut. Il appelle cet état naturel, par pure opposition au péché qui est considéré comme une chose contre nature, ou bien il l'appelle ainsi, parce qu'il l'apprécie comme l'état normal conforme à la destinée fixée par Dieu et à la volonté divine. Au reste, l'exposé précédent renferme bien en lui-même comme le privilège le plus important de l'état primitif la communion d'amour et de vie avec Dieu. Adam nous y est en effet représenté comme un être qui participe dans un degré particulièrement élevé à la souveraineté du bien, de la même façon que les Archanges et qui goûte avec eux le même pain de vie : il faut entendre par là, l'union spéciale avec le Logos, symbolisée par la manducation du fruit de l'arbre de vie, et c'est par analogie avec l'expression de la sainte Ecriture que le pain eucharistique a pris le nom de panis angelorum. Ceci suppose encore l'union de vie surnaturelle de l'âme avec Dieu, parce que la manducation du pain eucharistique se présente comme le repos correspondant à cette union. Il faut en outre ajouter cette remarque, qu'il dépendait du