‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 31 sur 480 · Ep · texte numérisé non relu

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établit entre la damnation par le péché et le mérite du Christ communiqué aux hommes par la régénération permet de conclure que la transmission de l'hérédité du péché se fait par la naissance corporelle. Notre saint docteur considère au moins l'homme depuis le premier moment de son existence comme soumis au péché et au démon. « De même que la mer, dit-il % véritable image du baptême, sépara les Israélites de Pharaon, de même le bain du baptême nous sépare de la tyrannie de l'ennemi mauvais ».

§ 58 (Suite) Saint Grégoire de Nazianze et saint Grégoire de Nysse

A. Lorsque les Pélagiens, au commencement du cinquième siècle, se prévalaient entre autres choses, en faveur de leurs doctrines erronées, du silence des Pères grecs au sujet d'une disposition innée au péché, les défenseurs de la foi orthodoxe devaient fournir la preuve que la foi au péché originel avait toujours existé dans l'Eglise. Parmi les divers témoins de la tradition que mentionne saint Augustin, saint Grégoire de Nazianze occupe une des premières places. En réalité celui-ci s'exprime souvent sur la question qui nous occupe avec autant de clarté que les Pères venus après saint Augustin.

1. Saint Grégoire'2, après avoir établi une relation entre la création de l'homme, dont la nature est composée de parties immortelles et matérielles, et la création de l'ange et de la matière, nous dépeint l'état paradisiaque de l'homme, où l'heureuse issue de l'épreuve aurait dû lui faire mériter la béatitude céleste qui lui était réservée. Son travail devait moins consister dans la culture du jardin que dans celle de son âme et dans le soin des plantes immortelles, qui sont les pensées divines; sa nudité répondait bien à la simplicité et à

i. De Spir. s. XIV, 31. — 2. Orat. 45, 7.

l'absence de préoccupation de son état. Il devait s'abstenir de goûter à l'arbre de la connaissance, non point que les fruits en fussent mauvais par nature Dieu vit en effet que tout était très bon — mais parce que la connaissance de la vérité ne devait pas lui arriver avec une telle impétuosité, mais lentement, peu à peu, après beaucoup de fatigues et de plaintes. Alors intervint la jalousie du démon et la faiblesse de la femme : Adam transgressa le commandement divin et fut repoussé de l'arbre de vie du paradis et en même temps de la communauté dans laquelle il vivait avec Dieu * ; il fait des peaux de bêtes comme habits, c'està-dire reçut peut-être un corps plus grossier, mortel, insoumis, il remarqua ensuite sa honte et se cacha de Dieu.

Avant sa chute, Adam était intimement uni à Dieu, libre de toute convoitise mauvaise, immortel, et dans un état d'une béatitude terrestre, il pécha cependant et perdit, lui, ainsi que ses descendants toutes ces grâces.

Le point le plus important de l'enseignement de saint Grégoire sur l'état primitif, à savoir qu'au-dessous et à côté de sa ressemblance avec Dieu, l'homme jouit encore d'une particulière communauté surnaturelle de grâces avec lui, revient sans cesse quand il mentionne la rédemption et la justification comme moyen de rétablissement dans l'esprit primitif. « La ressemblance divine, dit-il2, je l'ai reçue, mais ne l'ai point gardée. L'Homme-Dieu prend cependant ma chair, pour apporter le salut à son image et l'immortalité à la chair ; il entre avec nous en une communion intime (xotvwveï zoivwvtav) bien plus parfaite que la première. Au commencement l'homme participait à ce qui était de beaucoup plus parfait que lui, maintenant l'Homme-Dieu participe à ce qui est bien plus bas que lui ».

2. Chaque homme naît dans un état où il lui manque autant de grâces et de privilèges qu'Adam en a perdus par

2. Greg. Naz. Orat. 45, 8 : 'Opov Se roi> tvjç Çw/jç £û)*ou, xaè tou 7ra/5aSei<rov, xac tou Gcou ôtà ript moulant i^ôpimo; yivcrftt x. t. /. 1. lbid. c. 9,

son péché. Adam a fermé pour lui et pour ses descendants le ciel, comme le paradis terrestre avec des épées flamboyantes. L'état actuel de l'homme n'est donc pas originairement enviable, voilà1 pourquoi l'injustice et la cruauté de l'homme ne doivent pas le rendre encore plus triste ; « le joug et la punition, qui sont le châtiment de notre première faute, n'ont pas besoin d'être aggravés2 ». « Puissent donc le péché et sa première semence, poursuit ailleurs saint Grégoire, puisse aussi le méchant qui sème l'ivraie pendant notre sommeil (Matth.,13, 25) être anéantis à jamais, afin que le commencement du mal ne soit chez nous que la négligence du bien comme le commencement des ténèbres c'est le retrait de la lumière. S'il nous faut maintenant gagner notre pain à la sueur de notre front, nous le devons au bois de l'arbre, à la manducation de son fruit, à l'envie du serpent, à la transgression de la loi. De là vient ma nudité et ma laideur, j'ai alors reconnu cette nudité et je me suis fait un habit d'une peau de bête ; voilà la cause de mon exclusion du Paradis et de mon retour sur cette terre, d'où j'avais été tiré. Toutes mes joies, je les ai sacrifiées uniquement pour connaître mes maux, pour un plaisir sensuel d'un instant, je suis condamné à un deuil éternel et à la lutte contre celui qui fut si malicieusement mon ami et m'offrit un régal pour me tromper. Voilà la récompense de mon péché. Voilà d'où vient que je nais, vis et meurs dans la souffrance. C'est la mère de l'indigence, celle-ci est la mère de la cupidité, la cupidité à son tour celle des guerres ».

La perte de cette communion surnaturelle de grâces entre l'homme et Dieu a aussi entraîné tout un cortège d'autres punitions : la mort, la maladie, les peines de toute sorte et en plus les convoitises désordonnées. « C'est ainsi que contre son gré l'esprit obéit à la chair et déplace tout à la fois son indigne esclavage, la séduction du premier père et

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