Àug. C. Faust
suprême de l'Eglise. Ainsi le canon acquit peu à peu pleine autorité quoique saint Augustin ne regardât pas en son temps comme hérétique toute hésitation sur l'épître aux Hébreux1.
§92 Doctrine sur l'inspiration des saints livres à l'époque patristique
La foi dans l'inspiration des livres sacrés fut empruntée a. l'Ancien Testament, confirmée par le Seigneur lui-même et parles Apôtres et étendue ensuite aux écrivains du Nouveau Testament qui furent des Apôtres même ou écrivirent sous leur direction, non seulement parce que l'assistance du Saint- Esprit et l'infaillibilité leur était assurée pour leur enseignement oral2, comme pour leur enseignement écrit, mais parce qu'ils avaient reçu de Dieu par-dessus l'inspiration une véritable révélation qu'ils communiquaient à l'enseignement de l'Eglise3. Mais cette foi a quelque chose d'historique par un de ses côtés ; non seulement en tant que la tradition orale sur l'origine apostolique de tel ou de tel écrit s'éclaircissait peu à peu et que l'Eglise avec son jugement infaillible définissait à quels livres l'inspiration devait être attribuée, mais aussi en tant qu'on cherchait à fixer toujours de plus en plus exactement les avantages attachés de ce chef à un livre.
1 . Tout d'abord, par rapport au contenu des livres auxquels elle devait être reconnue, la définition de l'inspiration était subordonnée à la question du canon biblique, puisque en réalité la seule chose que la canonicité eût à décider était de savoir si le livre en question était exempt d'erreur, s'il contenait la parole de Dieu et pouvait servir comme règle de foi. Du reste on voyait généralement dans l'inspiration un charisme spécial du Saint-Esprit. C'est ce qu'indiquent assez clairement tous les passages de la sainte Ecriture rela-
1. De pec. mer. I, 27, 50. — 2. Cor. VII, 40. 3. V. Hist. des Dogmes, I, 90 (2e éd. al.).
tifs à cette question ; tous les Pères anténicéens admirent également que le Saint-Esprit parlait par les écrivains inspirés. Même le mot inspiration le marque comme le mot correspondant GeÔTrjsvoraToç. Le second concile général de Gonstantinople (381), qui eut à préciser la doctrine du Saint- Esprit, lui attribue expressément cette fonction de révélateur relativement aux prophéties de l'Ancien Testament
(to luÀ/jfTa'j 3tà t&jv 7tpOfr,T(Ôv).
2. A cette origine divine des saintes Ecritures qui étaient rattachées à l'inspiration du Saint-Esprit, étaient joints encore le trait caractéristique négatif de l'inerrance et le signe positif de la vérité divine. Sur cette inerrance nous avons les déclarations d'Eusèbe de Gésarée : on ne pourrait pas admettre, disait-il, que les écrivains sacrés aient défiguré un nom '. Saint Chrysostome paraît dire le contraire. Il cherche à affaiblir l'objection qu'on faisait contre la divinité et l'inspiration des Evangiles en se fondant sur leurs contradictions apparentes. A cette occasion, il ne nie pas ces contradictions, il y voit même une preuve de leur catholicité et de leur crédibilité, car de leur trop grande ressemblance on aurait pu conclure qu'ils dérivaient les uns des autres par copie : « Il y a là, dit-il2, la plus grande preuve de la vérité : si en effet l'accord existait minutieusement sur tous les points, même par rapport au temps, aux localités, aux paroles, aucun des ennemis n'eût cru qu'ils (les auteurs) eussent ainsi écrit sans s'être inspirés les uns des autres. Un pareil accord ne serait pas une preuve de vérité ; mais la contradiction apparente sur des minuties les libère de toute suspicion et les excuse sur leur simple façon d'écrire ».
Saint Chrysostome nie au même endroit toute différence sur des points de doctrine concernant la foi et les mœurs, il n'admet même pas des contradictions réelles dans des minuties, tout au plus des contradictions apparentes qui disparaissent peut-être à un examen plus parfait. Mais ce