Orat
5 Quand Ullmann fait observer (Greg. Nazianz., page 428) que ce docteur « était bien éloigné de la sévère théorie du péché originel, d'après laquelle il ne reste à l'homme aucune capacité propre pour le bien » (cf. page 447) : cela est juste indubitablement, si on songe uniquement au bien naturel et pour le cas ou les autres Pères grecs auraient professé la même doctrine, et c'est là une preuve que les opinions des réformateurs du XVI' siècle étaient complètement inconnues de l'ancienne Eglise grecque. Nous verrons, dans la suite, si saint Augustin a partagé l'opinion de ces Pères grec9.
4. Si tous les hommes, d'après saint Grégoire, sont sujets aux mêmes peines, que celles qu'Adam s'est attirées par sa chute, il reste à savoir si notre docteur les considère tous comme enlacés dans le péché et chargés du poids de la faute. D'aucuns, en se rapportant à un passage de ses discours, le nient1. Il parle en effet du sort de ceux qui meurent sans baptême et qui ne sont point coupables de ne pas avoir reçu ce sacrement. Saint Grégoire leur refuse expressément le ciel, mais on peut conclure de ses paroles, qu'il les considère comme impunissables. « Je crois, dit-il2, que le juste juge ni ne les sauvera, ni ne les damnera, ils sont sans une faute personnelle (ànovYipouç) et ils subissent une perte (t^v ç^t'«v) plutôt qu'ils n'en sont la cause. Celui qui ne mérite pas la damnation n'est pas par le fait digne de la glorification, pas plus que celui-là n'est digne aussitôt de la damnation, qui n'est pas digne de la glorification ». Tout ceci dépend du sens du terme ànôvYipoi. Signifie-t-il seulement ceux qui sont innocents de fautes personnelles, tels que les enfants morts sans baptême, rien dans le passage précité n'implique l'absolue innocence des enfants non baptisés. En vérité, saint Grégoire les tient quittes de la damnation (xôWiç), aussi bien qu'il leur ferme le ciel ; mais cette perte du ciel (ç^t'a) est déjà une punition pour eux, elle suppose une faute, au moins l'inclination au péché. Le baptême est toujours administré au reste pour effacer les péchés et saint Grégoire s'appuie justement là-dessus dans le même discours pour exhorter les parents à faire donner le baptême au plus tôt aux enfants. « As-tu un petit enfant, consacre-le dès sa naissance (lx fipéyovç) totalement (s£ ovù^wv, depuis les bouts des doigts) au Saint-Esprit, afin qu'il soit sanctifié et que la malice ne gagne pas [du terrain chez