‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 36 sur 480 · Orat. 33, 9. Cf. 49, 13 (^ irpûrr) v^/cûv âjxapTta · texte numérisé non relu

Orat. 33, 9. Cf. 49, 13 (^ irpûrr) v^/cûv âjxapTta

d'Adam, est le canal par lequel le péché nous arrive et devient notre propriété, c Nul n'est sans péché, s'il est engendré par la voie naturelle ' ». Ailleurs2 il demande de célébrer la naissance du Logos du sein de la vierge Marie, parce que par celle-ci, nous avons été déliés des liens de notre propre naissance (rm Seopûv rriç ynrnivsûç).

B. Saint Grégoire de Nysse, un des Pères grecs les plus spéculatifs, montre plus que les autres dans sa manière de traiter les dogmes, un effort visible pour les faire accepter par la raison humaine particulièrement nourrie de philosophie. C'est ce qui explique comment parfois ses expressions sont moins précises, moins exactes que celles des autres Pères de l'Église et comment elles ont donné lieu à de fausses interprétations de sa pensée. Aussi bien l'observe-t-on dans sa grande catéchèse où il nous donne un aperçu des enseignements les plus importants de la foi, y compris l'état primitif et le péché originel. «Si l'homme, dit-il3, fut appelé à l'existence, pour participer aux biens et aux qualités de Dieu, il put donc être créé avec les moyens qui lui étaient nécessaires pour atteindre cette fin. Il reçut donc avec la vie, la raison, la sagesse et tous les autres biens, qui conviennent à Dieu même, afin qu'il ressentît dans chacune de ces qualités une tendance vers le divin dont il était participant... Le récit de la Genèse contient tout cela en un seul mot : « L'homme fut créé à l'image de Dieu ». La ressemblance avec cette image explique toute la série des

1. Greg. Naz. Orat. 14, 30 : Kaôaflôç y&p y.nh pinron 7ravT£/wç, où§etç, ovx ouv îv yvjjY-?, tfùtrsif ûtttz/j rr/.o-jrry.'j.z-j.

i. Orat. 38, 17 : Ce passade est cit* par saint Augustin (C. Jul. I, 15) à côté d'un autre du discours (Orat. 16, 15), où Grégoir : explique la nécessité d une purification pour notre corps, tabernacle terrestre de l'esprit. « Il eût été mieux pour nous, ajoute-t-il {loc. c\t.) de ne pas avoir besoin de cette purification ou de n'avoir pas été purifiés, de garder inviolée la dignité, à laquelle doivent nous amener les ••florts réglés de notre vie, de ne pas perdre l'arbre de vie par l'usage amer que nous en fit faire le péché».

3. Greg. Nyss. Orat. cat. 5: Aià rouro xai Çtuij xac \ôytù y.xl voyiez xaî vïvi toïç BtOTrptTWTlv y.yy/Jol;, /.y~îy.07'j:r/jr,, ''„; m ôV î'xâTTOu toutwv npoç x'j otxftov Tr,v nrt&vuiocv i/y>

privilèges et qualités qui rattachent notre nature à la divinité. Tout ce que Moïse rapporte dans l'histoire de la création est au fond l'expression de la même vérité ».

L'état primitif de l'homme, d'après saint Grégoire, était un état absolument heureux et répondant absolument au but final de l'homme : la participation intime et parfaite à la bonté et à la félicité de Dieu. En maints endroits saint Grégoire nous exagère le bonheur de cet état primitif, qu'il assimile absolument à l'état futur des bienheureux, tandis qu'il représente la béatitude céleste et la ressemblance avec les anges comme un retour de l'état primitif1. Il pense que non seulement la mort avec tout ce qui l'annonce est venue à nous, que non seulement par la notre concupiscence s'est déréglée, mais encore que la constitution physique du corps de l'homme a été changée, qu'elle [est devenue matière grossière, s'est transformée en une substance inférieure, divisée en sexes différents et soumise aux désirs de la chair2. Telle n'est pas, on le sait, la doctrine de l'Église sur l'immortalité du corps [dans l'état primitif, mais saint Grégoire expliquait le changement des habits de l'homme après la chute, les peaux de bête qu'il revêtit, suivant l'Écriture, comme la preuve extérieure de la souillure intime de l'âme. Il n'a eu en aucune façon ll'intention de dire que le péché avait exercé une influence sur l'état primitif, et que Dieu avait donné naturellement à l'homme un corps particulier en prévision du péché. Le corps n'était qu'immortel par nature. Notre corps lui-même grossier et matériel n'a en soi

1. De hominis opif. 47 : 'H §è rvjç àvaorâo-swç /â^ç où§èv hepov riaïv S7rv,-yysXksTu.t, yjTvjvet's rb ùp/ulov twv 7r£7rrwxôr&)v cazoY.uràrjTUGiv. Cf. Orat. de. mortuis (éd. Migne XL VI, 512).

2. Stœckl donne l'interprétation suivante de saint Grégoire (Gesch. der Philos, der patrist. Zeit, page 304). Dans le passage en question du discours (Orat. de mortuis) saint Grégoire fait un parallèle entre l'état de l'âme après la mort et l'état primitif, quand elle fut créée à l'image de Dieu. Mais rien ■dans ses paroles ne permet de conclure qu'il s'est figuré l'âme humaine» dans l'état primitif, séparée de tout corps individuel et existant comme une réalité isolée. Il a pu vouloir simplement et plus vraisemblablement supposer que dans l'état primitif l'âme n'avait qu'un corps aérien.

rien d'immoral ou de coupable, il ne nous est donné que comme châtiment et expiation l. A plus forte raison le corps primitif de l'homme ne fut-il pas une conséquence du péché prévu; cette prévision de la faute n'avait occasionné dès le commencement que les différences sexuelles. S'il en eût été autrement nous n'aurions pas à attendre notre résurrection : c'est l'avis de saint Grégoire et ce docteur s'occupe d'établir à diverses reprises son enseignement2.

Ceux qui voudront tenir compte des exigences d'une époque postérieure ou demander à l'expression de Grégoire une exactitude, que les hérésies ont rendue nécessaire, regretteront l'absence de précision dans la distinction entre l'image naturelle et la ressemblance surnaturelle de l'homme avec Dieu. Antérieurement cependant certains Pères, saint Justin, saint [Irénée, [mieux encore saint Athanase, saint Basile etc., l'avaient clairement exposée. Ses paroles ne laissent pas voir s'il considérait cette ressemblance (éjxoiWiç) comme un pur développement naturel des facultés qui nous avaient été données à la création ou un développement de la similitude naturelle avec Dieu. Le devoir naturel et surnaturel de l'homme c'est bien de promouvoir cette ressemblance progressive avec Dieu, mais le devoir moral et surnaturel s'étend bien plus loin que l'autre, il est plus élevé, plus sublime, il est même spécifiquement différent et doit tendre à l'embellissement surnaturel de l'âme par la grâce de Dieu. Que saint Grégoire ait reconnu l'obligation impérieuse de ce devoir pour Adam lui-même, c'est ce qu'on peut conclure de son enseignement sur l'état du péché originel, la justification et l'état du justifié. Il traite en effet, en même temps, la question de savoir comment notre état actuel s'accommode avec l'état primitif. « En quoi consiste pour notre âme cette ressemblance avec Dieu ? Est-ce dans l'exemption des souffrances du corps ou dans l'immortalité de la

1. Gré'/ . Sijss. De mortuis (éd. Migne XLVI, 5"29): Ovxotfr bO rô tw^« rà.ç T&iv xocxcôv à&opu&Çf xàà h irpoaïptviç z^ucouï.

2. Voir plus haut, § t. — Cf. Hilt, Der fieil. Grey. v. Nyssa, Lehre vom Menschen, page 93 et suiv.

vie1 ? » A cela saint Grégoire ne répond pas que, même après la chute, nous avons gardé la ressemblance avec Dieu et l'immortalité, ni qu'il soit en notre pouvoir de développer en nous jusqu'à la ressemblance complète avec Dieu et avec nos propres capacités naturelles, la puissance qui nous est restée. Pour le moment il néglige ces considérations sur l'état de chute et s'efforce de rejeter l'explication des Manichéens, qui faisaient découler tous les maux de la vie présente d'un premier principe mauvais. Le mal, en général, et le mal de la nature humaine en particulier n'est qu'une chose négative, une privation, et ne peut être causé ni par Dieu (en ce cas il ne serait pas condamnable), ni par aucun autre premier principe mauvais. « Nous ne pouvons attribuer d'autre cause au mal quel'éloignement de la vertu. De même que les ténèbres commencent quand on éloigne la lumière et que celles-là n'arrivent pas tant que celle-ci reste, de même le péché n'existe pas tant que le bien règne dans la nature2».

Le péché ne s'explique par conséquent que par la liberté des créatures, qui possèdent le pouvoir de s'écarter du bien, qu'elles ont reçu de Dieu3. Il prit naissance dans le monde des esprits sous forme de jalousie : les anges furent jaloux des privilèges octroyés à l'homme ; il pénétra dans la race humaine par la tentation ; il eut pour conséquence chez Adam et toute sa postérité la privation de la grâce et de l'état qui a été précédemment décrit.

Mais, disaient les Manichéens, comment Dieu put-il laisser s'implanter dans la race humaine un tel état, puisque dans son omniscience il avait prévu le péché et les misères des hommes? C'était bien le cas d'opposer à cette objection des explications précises et modérées sur le mal et le péché dans l'état de chute.

1. Greg. Nyss. Orat. caf. 5 : IIou yàp xr,ç tyvyrG to QeoeeSsç ; 7rou U y àniBsicx. tou acôpuroç ; ttou tyiç Çw^ç to atSiov.

2. Ibid. Cf. De anima et resurr. (Migne XLVI, 93) : 'H xoxia èv tw ur, ehxt to eivai zjzi ou ya/3 ocaây] xiq sert xoti xaxiaç ysveo-tç, et ptv? tou ovtoç <TTzpr,mç.

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