De virgin. c
Mais est-ce que saint Grégoire nie l'absence de ressemblance avec Dieu? Aucunement. Il se contente de répondre que les douleurs sensibles et temporelles, les peines et même la mort ont surtout frappé l'attention des Manichéens. Ces maux, il ne faut cependant pas les dépeindre trop en noir, car ils servent souvent à des fins sublimes et divines et n'apparaissent comme un grand malheur qu'aux hommes sensuels. La mort, en effet, nous débarrasse des parties grossières et périssables de la matière, afin que le corps puisse ressusciter dans la gloire et la magnificence4. D'après saint Grégoire, la mort nous est venue par le péché, car pour punir notre corps, Dieu l'entoura de peaux de ibêtes, c'est-à-dire d'éléments grossiers et' empruntés à la matière.
On peut encore répondre à l'objection précitée des Manichéens, que chez Dieu il ne faut pas séparer la prévision de la chute de la prévision de la rédemption. « Il prévit l'avenir et n'empêcha pas le penchant vers les choses finies... mais comme il prévit l'éloignement de l'homme, il décida aussi en même temps son retour2». Ce que saint Grégoire trouve dans l'état de l'homme justifié et dans ses rapports surnaturels avec Dieu par la grâce, il doit le supposer aussi dans l'état primitif, le premier état nous donne la clef du second.
Il est admis couramment que saint Grégoire a considéré en tout cas l'état dans lequel nous naissons, comme privé de la grâce et voué aux châtiments. S'il en est ainsi, il doit donc aussi avoir déjà admis l'hypothèse de la faute. Tel est bien, en réalité, l'état qui est le lot de l'homme depuis le premier moment de sa naissance. « Que cherche-t-on à rappeler dans le baptême ? » demande-t-il ? « Par l'évocation de l'image de la mort, c'est-à-dire par l'immersion dans l'eau, on veut seulement signifier l'enlèvement du péché qui a souillé notre nature. L'enlèvement ne sera pas complet, mais suffisant pour opposer une solution de continuité à la faute, grâce à ce double agent mis en jeu à cet effet : la conversion du cœur et l'im-