In Math. hom. 82, 1 : xb IoutoC octfitx. aùrc; ëntêv
2. Ibid. : « Parce que le Verbe a dit : Ceci est mon corps ». Soyons convaincus de la vérité de ces paroles, soumettons-nous à la foi, et considérons le Christ dans ce sacrement avec les yeux de l'esprit. Car Jésus-Christ ne nous a pas ici donné quelque chose de sensible, mais tout ce qu'il nous a donné sous les espèces sensibles est élevé au-dessus des sens et n'est vu qu'avec l'esprit. Il en est précisément de même dans le baptême, où par le moyen d'une chose matérielle et visible, par le moyen de l'eau, nous recevons un don spirituel, la renaissance et le renouvellement de notre âme. Si vous n'aviez pas de corps, il n'y aurait rien de corporel mêlé aux dons de la grâce divine ; mais parce que votre âme est unie à un corps, il
vous donne les dons spirituels par des moyens sensibles et corporels
Vous désirez voir les vêtements du Seigneur, voyez-le lui-même : il vous permet non seulement de le voir de vos yeux mais de le toucher, de le manger, de le^recevoir en vous ! Après avoir montré l'horreur de la communion indigne, l'avoir représentée comme un crime contre le corps du Seigneur et une ingratitude inouïe, il ajoute : « Car ce n'était pas assez pour lui de se faire homme, de s'exposer aux insultes et aux outrages des Juifs, de souffrir la mort de la croix; il a voulu en outre s'unir à nous atin (jue nous fassions un seul et même corps avec lui, non seulement par la foi, mais encore en vérité et en réalité. Qui doit donc être plus pur que celui qui prend part h un tel sacrifice? Quel rayon de soleil ne doit pas être obscurci en éclat par la main qui divise cette chair, par cette bouche qui est remplie de ce feu spirituel, par cette langue qui est colorée de ce gang redoutable?... Ne voyons-nous pas un grand nombre de mères qui aimenl assez peu leurs enfants pour, après les avoir mis au monde, ne pas les nourrir de leur lait, et les donner a d'autres à nourrir? Mais Jésus-Chris! ne supporte pas que ses enfants reçoivent leur nourriture d'autres que de lui ; il nous nourrit lui-même de son propre sang et nous fait un avec lui». Suit ensuite une exhortation a désirer le lait spirituel de la sainte Eucharistie avec autant d'ardeur que les enfants désirent les mamelles de leur mère. «Ce n'est pas la puissance des hommes, ajoute saint Chrysostome, qui produit ces merveilles accomplies sur l'autel. •lé^us-Christ, qui les opéra autrefois a ce dernier repas qu'il fit avec ses
Si de l'Eglise grecque nous revenons à l'Eglise latine, nous voyons le pape Innocent Ier, au commencement du ve siècle, affirmer que la sainte communion est avec la pénitence un des plus importants moyens de sanctification ; l'évêque Exupère des Gaules lui avait proposé la question importante de savoir si on devait avec la pénitence donner aussi la sainte communion, à l'heure de la mort, à un pénitent sincère qui depuis le baptême aurait passé sa vie dans le péché. Le pape répond affirmativement et appelle viatique la communion donnée dans ces circonstances l.
Saint Jérôme dans le Commentaire de saint Matthieu (26, 26) oppose au sacrifice de Melchisedech qui n'était qu'une
Apôtres, les opère encore ici. Nous sommes ici seulement ses serviteurs; mais c'est lui qui sanctifie ces dons et qui les change en son corps et en son sang ». Devant de telles affirmations, l'auteur d'une histoire protestante des dogmes, Ruckert (Op. cit. p. 427) dit: « Ghrysostome parle de l'usage matériel du corps et du sang du Christ, dans lesquels la puissance créatrice des paroles de l'institution a changé le pain et le vin ; mais il croit aussi, il est vrai, pouvoir déduire des effets spirituels de la manducation de cette nourriture matérielle. Sans doute, il n'emploie pas le mot f*ET<x£ôXXeivt mais peu importe ; il parle d'un changement et d'un changement très réel ». — Du passage d'une lettre au moine Césaire, lettre qui a été trouvée par Pierre Martyr et attribuée à saint Chrysostome, il ne faut pas, comme les protestants, faire grand cas. On y lit (éd. Montfaucon III, 744) : Sicut antequam sanctificetur panis, panem nominamus, divina autem illum sanctificante gratia, mediante sacerdote, liberatus est quidem ab appellatione panis, dignus autem habitus dominici corporis appellatione, etiamsi natura panis in ipso permansit, et non duo corpora, sed unum corpus filii praedicamus : ovrwç xoù èvraùdoc t/J; 0s«'a; èvtSpvfxévrtç Toi (jûfjiUTi fweuc, evcc uidv, é'v TzpdzoiTtGv avvcf.p.'^ô'r&poi à.TTeré'Ae'ra.v. Ici il y a, il est vrai, un parallèle entre l'union du corps du Christ avec le pain d'une part, et l'union hypostatique de l'autre. Seulement ce parallèle est-il entièrement adéquat, cela est aussi peu clair que d'autres passages des Pères, où ils comparent l'union hypostatique à celle qui a lieu dans la communion. Pourquoi les Protestants ne tirent-ils pas de cette comparaison des conséquences pour la doctrine luthérienne de la justification? Il faut de plus ajouter que l'expression natura panis permanente, conformément à l'usage de la langue de cette époque peut se dire aussi bien des espèces extérieures que de la substance du pain.
1. Innoc. I. Ep. 6, 6 (éd. Constant p. 792 sq.) : Sed postquam Dominus noster pacem ecclesiis suis reddidit, jam depulso terrore, communionem dari abeuntibus placuit, et propter Domini misericordiam, quasi viaticum profecturis, et ne Novatiani haeretici, negantis veniam, asperitatem et duritiam sequi videamur. Hist. des Dog. I, 549. (2e éd. al.)
figure l'accomplissement et la réalité, c'est-à-dire la sainte Eucharistie, dans laquelle ce n'est pas du pain et du vin qui est offert et représenté, mais le vrai corps et le vrai sang du Christ. Dans une de ses lettres, il touche aux paroles du Sauveur (Matth., 26, 29) que les Millénaristes voulaient interpréter en leur faveur1. « Pour nous, dit-il, nous croyons et nous sommes sûrs que le pain que le Sauveur rompit et donna à ses disciples était le corps même du Sauveur2... Si donc le pain qui est venu du ciel est le corps du Sauveur et si le vin qu'il a donné à ses disciples est son sang, le sang de la nouvelle alliance, qui a été versé pour la rémission de nos péchés, nous devons rejeter ces fables juives *». Le Christ est donc l'hôte et le festin (conviva, convivium) qui nous offre à manger, il est notre nourriture (ipse comedens etquicomeditur) *. Il faut donc accorder que saint Jérôme a, au moins quant à l'existence et aux manifestations ultérieures, distingué le corps eucharistique du Sauveur de son corps mortel. Et cela il le fait de manière à représenter le corps eucharistique comme un corps glorieux ; il met un corps spiritualisé sur le même pied qu'un corps divin, de même que chez les saints le corps qu'ils auront à la résurrection sera différent du corps mortel qu'ils auront eu en cette vie 5.
1. Hier. Comment, in evang. Matth. 26, 26 (éd. Vallarsi VII, 216) : Postquam typicum pascha fuerat impletum, et agni carnes cum Apostolis comederat; assumit panem, qui confortât cor hominis et ad verum paschae transgreditur sacramentum, ut quomodo in praefiguratione ejus Melchisedech, summi Dei sacerdos, panem et vinum ofîerens fecerat, ipse quoque in veritate sui corporis et sanguinis repraesentaret.
2. Hier. Ep. 120 (de XII quaest. N. T.) c. 2 (éd. Vallarsi I, 824: Si ergo panis, qui de caelo descendit, corpus est Domini et vinum, quod discipulis dédit, sanguis illius est novi testamenti, qui pro multis efïusus est in remissionem peccatorum ; judaicas fabulas repellamus etc.
3. Par corpus Chrisli, c'est la sainte Eucharistie ou le mystère du corps et du sang du Christ qu'on entend (éd. Vallarsi I, 514 — V, 498) et la communion est désignée comme la manducation de la chair de l'agneau (in Ezech. c. 36).
4. Kp. 120, c. 2. — 5. Comm. in ep. ad Eph. 117 (éd. Vallarsi VII. 553).
§ 98 (Suite) Doctrine de saint Augustin
Dans l'ouvrage Contre les adversaires de la loi et des prophètes, saint Augustin parle de l'objection élevée contre le Nouveau Testament par un manichéen qui prétendait que ces livres saints représentaient des choses spirituelles sous des images inconvenantes, qu'on ne pouvait décrire sans blesser la pudeur. Ainsi l'Apôtre (Gai. 4, 26) compare le fils qu'Abraham eut de Saraavecla nouvelle alliance, celui qu'il eut d'Agar avec l'ancienne alliance ; il compare encore l'union charnelle du mariage avec l'union spirituelle du Christ et de l'Eglise. Pour saint Augustin ces images sont aussi peu choquantes que le symbole que le Sauveur a établi lui-même pour nous faire manger sa chair et boire son sang. Il est surprenant qu'ici la sainte Eucharistie soit appelée un symbole ; mais nous pouvons saisir facilement le vrai sens de ces paroles : « Nous recevons par notre bouche avec un cœur croyant, dit-il, {fideli corde et ore suscipimus) le médiateur entre Dieu et l'homme, Jésus-Christ ; il nous donne sa chair à manger et son sang à boire, quoiqu'il paraisse encore plus répugnant de manger la chair d'un homme que de le tuer, de boire son sang que de le répandre 4. » La manducation eucharistique n'est donc un symbole que par opposition à la grossière interprétation des Capharnaïtes, qui croyaient que le Sauveur allait donner son corps mortel en nourriture matérielle. Le Sauveur s'élève contre cette interprétation de ses paroles et indique à ses Apôtres la signification mystérieuse et figurée des espèces sacramentelles par ces mots : c'est l'esprit qui vivifie, la chair ne sert de rien, les
1. Aug. Contra adversarium legis et proph. II, 9, 34: Sicut mediatorem Dei et hominum hominem Christura Jesum, caraem suam nobis manducandam, bibendumque sanguinem dantem, fideli corde atque ore suscipimus ; quamvis horribilius videatur humanam carnem manducare quam perimere, et humanum sanguinem potare quam fundere.
paroles que je vous ai dites sont esprit et vie (Jean 6, 14). Saint Augustin admet la présence réelle du corps et du sang du Sauveur dans l'Eucharistie ; car il ne verrait rien d'effrayant ni de pénible en apparence dans la manducation de l'Eucharistie, si elle n'était qu'une simple solennité rappelant la passion du Sauveur. Nous avons de ceci encore une preuve dans les mots ore suscipimus\ le mot os appliqué à l'Eucharistie ne peut s'entendre que de la manducation et nullement du simple acte de foi au Christ, et le mot suscipere appliqué à une personne signifie toujours recevoir et non accepter1.
Dans d'autres passages, le grand docteur exprime encore plus clairement sa foi dans la présence réelle du Christ au sacrement de l'autel. Il demande2 à chaque fidèle d'adorer avant la communion le corps du Christ, et il regarde comme un péché de négliger cette adoration.
Au douzième livre Contre Fauste il fait un parallèle entre le sang d'Abel tué par son frère et le sang du Seigneur. Le sang de l'Homme-Dieu crucifié crie aussi de la terre au ciel et, à la question du Seigneur « où est le sang du Fils de Dieu? » les Juifs qui l'ont immolé répondent qu'ils n'en sont pas les gardiens, ou qu'ils ne le connaissent pas. Mais le sang de l'Homme-Dieu ne crie pas vengeance au ciel ; tous les fidèles au contraire, après la sainte communion, disent tout haut le mot amen (qu'il en soit ainsi), mot de foi et d'obéissance quiestceluidu Christlui-mêmeàl'égardde ceuxquiont été délivrés par son sang3. Mais si ce parallèle est exact, il faut quele sang du Christ soit présent réellement sur la terre,
1. La traduction d'Aubertin : « Nous acceptons avec notre cœur et notre bouche que le médiateur entre Dieu et l'homme nous ait appris à manger sa chair (danlem) » est donc inexacte. Il faut en outre remarquer que « dare » seul ne signifie jamais « enseigner ».
2. Àug. Enarr. in Ps. 99, n. 9: Et quia in ipsa carne hic ambulavit, et ipsam carnem nobis manducandam ad salutem dédit; nemo autem illam carnorn manducat, nisi prius adoraverit... Peccamus non adorando.
3. C. Faost. XII, 10: Habet enirn magnam vocem Christi sanguis in terra, cum eo accepto ab omnibus gentibus respondeatur Amen. Haec est clara vox sanguinis, quam sanguis ipse exprimit ex ore fidelium eodem sanguine redemptorum.
qu'il soit présent dans la sainte Eucharistie, car c'est précisément cette voix dusangdu Christ qui dit «Amen».
Il repousse de même l'opinion du manichéen Faustus1 qui pensait que sa doctrine s'accordait avec celle des autres catholiques, parce que comme lui, au sujet de l'Eucharistie, ils enseignaient la doctrine de Jésus patibilis dans le pain et dans le vin. Cette croyance est fausse, répond saint Augustin, car ce n'est pas ce pain-là et ce calice-là qui est le calice eucharistique et mystique, comme vous semhlez le croire vous qui vous imaginez le Christ retenu dans l'épi et le raisin, mais ce pain et ce calice deviennent eucharistiques et mystiques par une consécration déterminée (certa consecrationë).
En faveur de la foi de saint Augustin en la présence réelle du Christ dans la sainte Eucharistie nous avons encore la mention si fréquente qu'il fait de cet ancien usage de l'Eglise, qui voulait qu'on donnât aux enfants la sainte Eucharistie immédiatement après le baptême2. Il s'appuie là-dessus pour prouver aux Pélagiens que les enfants n'arrivaient pas par eux-mêmes à la vie éternelle, mais par le baptême et l'Eucharistie, selon la parole du Seigneur (Jean VI. 52.). Si cet argument tiré de l'usage de l'Eglise aune valeur, il doit supposer la présence réelle du Christ au sacrement de l'autel, puisque chez les enfants il nepeutpas encore y avoir d'union actuelle avec le Christ par la foi et l'amour.
1. Aug. G. Faust. XX, 13 : Noster autem panis et calix, non quilibet (quasi propter Christum in spicis et in sarmentis ligatum, sicut illi [Manichaei] desipiunt), sed certa consecratione mysticus fit nobis, non nascitur. Proinde quod non ita fit, quamvis sit panis et calix, alimentum est refectionis, non sacramentum religionis : nisi quod benedicimus gratiasque agimus Domino in omni ejus munere, non solum spiritali, verum etiam corporali. Cf. De trin. III, 4, 10; 10, 21.
2. Cf. C. duas ep. Pel. II, 4, 7. C. Jul. I, 5, 15. Ep. 186, 28; 217, 16. De pecc. mer. et rem. I, 24, 34 : Unde nisi ex antiqua, ut existimo, et apostolica traditione, qua ecclesiae Christum insitum tenent, praeter baptismum et participationem mensae Dominicae, non solum ad regnum Dei, sed nec ad salutem et vitam aeternam posse quemquam hominum pervenire.
Il s'explique tout à fait directement sur le contenu de la sainte Eucharistie dans un sermon prononcé devant les catéchumènes qui devaient participer pour la première fois à la table eucharistique. « Ce que vous voyez sur l'autel de Dieu, dit-il, vous l'avez déjà vu dans le temps de votre ignorance mais quoi que cela fût, quoi que cela pût être, vous ne saviez pas encore quel était le grand mystère qui y était enfermé. Ce que vous voyez c'est, au témoignage de vos sens, le pain et le calice ; mais lafoi vous dit : le pain, c'est le corps du Christ, et le calice, c'est le sang du Christ... Mais comment le pain est-il son corps, et le calice ou ce que le calice renferme est-il son sang? Nous appelons le pain et le calice sacrement, c'est parce que nous y voyons par nos sens une chose, et en réalité il y en a une autre que nous connaissons par la foi. Ce que nous voyons a une forme corporelle, ce qu'il y a en réalité a un fruit spirituel1. » Les sens nous montrent les espèces du pain et du vin, mais ce que notre foi reconnaît sous ces espèces, c'est le corps et le sang du Seigneur. Il ne manque à saint Augustin que le mot de transsubstantiation, et nous avons dans ce passage le dogme aussi clairement expliqué que dans le décret correspondant du concile de Trente. Saint Augustin, comme conclusion à ce qu'il vient de dire, expliquepourquoi nous sommes appelés parl'Apôtre le corps du Christ (I Cor. 12, 27). Mais par là il ne veut nullement dire que la sainte Eucharistie ne soit pas le corps du Christ autrement que nous le sommes. Au contraire, l'union que nous contractons avec le Christ dans le baptême par la foi et par la grâce est complétée dans la sainte Eucharistie, de sorte que nous devenons ainsi le corps du Christ, l'image même du corps eucharistique du Christ symbolisé par les espèces. Comme le pain résulte de l'union de plusieurs substances, de plusieurs grains et que le vin provient de plusieurs grains de raisins, de même tous les chrétiens,
I. Sermo 272: Ista, fratres, ideo dicuntur sacramenta, quia in eis aliud videtur, aliud intolligitur. Quod videtur, speciem habet corporalem, quod intelligitur, fructum habet spiritualem.
tous les fidèles sanctifiés sont unis dans l'Eucharistie en un pain unique, en un seul corps du Christ. Tandis que la pénitence et la contrition du cœur symbolisent la trituration du grain, que le baptême figure le mélange du pain et de l'eau, la confirmation sa cuisson au feu et l'Eucharistie la sanctification du pain et sa transformation au corps du Christ ; nous pouvons ainsi nous figurer la transformation du pain sur l'autel au corps eucharistique du Christ, ou notre propre transformation qui fait de nous par la sainte communion des membres du corps du Christ1. Dans une autre occasion où le saint docteur applique encore ce symbole des espèces eucharistiques au corps eucharistique du Christ comme à son corps mystique, il mentionne expressément le corps eucharistique du Christ, réellement présent sous les espèces par suite de la consécration et son corps mystique achevé par la communion2.
Il est encore important, pour mieux déterminer la doctrine de saint Augustin, de remarquer qu'il regarde l'usage de recevoir la sainte Eucharistie à jeun comme général dans l'Eglise et comme venant du temps des Apôtres. Et il explique cette coutume par la foi de l'Eglise au contenu de la sainte Eucharistie et par la haute importance de la réception sacramentelle du corps du Christ3. Si le Seigneur a choisi, pour instituer l'Eucharistie, non pas un matin, mais le soir avant sa passion, il ne l'a fait que pour mieux en montrer le contenu inépuisable, pour nous montrer que c'était là un testament et le gage de son séjour au milieu de
1. Aug . Sermo 273 : Recolite quia panis non fit de uno grano sed de multis. Quando exorcizabamini, quasi molebamini. Quando baptizati estis. Quando Spiritus Sancti ignem accepistis, quasi cocti estis. Estote quod videtis, et accipite quod estis (corpus Christi). Hoc apostolus de pane dixit. .. Fratres, recolite, unde fit vinum. Grana multa pendent ad botrum, sed liquor granorum in unitate confunditur.
2. Cf. Sermo 227 : Panis ille, quem videtis in altari, sanctificatus per verbum Dei, corpus est Christi. Calix ille, immo quod habet calix, sanctificatum per verbum Dei, sanguis est Christi.
3. Ep. 54, 6, 8 : Ex hoc enim placuit Spiritui Sancto ut in honorera ■tanti sacramenti in os Christiani prius Dominicum corpus intraret, quam eeteri cibi ; nam ideo per universum orbem mos iste servatur.
nous, quoique la mort sanglante de la croix enlevât son corps visible à toute relation terrestre. C'est seulement à cause de cela que dans le Nord de l'Afrique, comme le témoigne saint Augustin, régnait encore à cette époque l'usage de fêter l'institution de la sainte Eucharistie au soir du Jeudi saint1.
Aussi catégorique est pour la conception que se font les autres Pères de l'Eucharistie, l'idée qu'ils se font eux-mêmes et saint Augustin surtout de la communion indigne. Ils y voient un crime énorme, parce que par un tel acte c'est le corps du Seigneur qui est profané et insulté. Saint Augustin fait consister la différence entre la communion digne et la communion indigne, non pas en ce que la dernière ne produit aucun fruit2, tandis que la communion digne en produit de nombreux, mais bien dans la manière dont on la reçoit. Dans la communion indigne, non seulement l'effet de l'union eucharistique avec l'Homme-Dieu est supprimé, mais on commet de plus un crime contre ce sacrement. « Judas reçut le premier sacrement du corps et du sang de Xotre-Seigneur,que le Sauveur lui-même administra de ses propres mains3 ».
Non moins que les autres Pères, saint Augustin est un témoin de la discipline de l'Arcane dans les temps anciens. Mais qu'aurait signifié cette discipline par rapport à l'Eucharistie, si on n'y avaitvu qu'un vide symbole commémoratif ? Le saint docteur dans un sermon devant un auditoire mêlé,
1. Avg. Ibid. Cf. c. Carth. III. Çan. 29. Socrate (H. E. V, 22) dit des Egyptiens qui habitaient près d'Alexandrie et des habitants de Thèbes que, contrairement à l'usage des autres églises, ils avaient célébré le sacrifice et reçu la communion le samedi soir après le repas.
2. De bapt. c. Don. V. 8, 9 : Corpus enim Domini et sanguis Domini nihilo minus erat etiam illis quibus dicebat apostolus : qui manducat indigne etc.
3. Sermo 11. Aubertin s'étonne que saint Augustin distingue le corps de Jésus-Çhrist du Christ lui-même; mais cela arrive toujours pour ce qui est du mode d'existence. C'est ce qu'exprime le vers connu du Lauda Sion : « Se dat suis manibus », ou plus clairement encore Cyrille d'Alexandrie quand il appelle l'Eucharistie un pain qui nous a été donné par le Christ, etc. Voir La perpétuité de la foi. III. 285.
dans lequel se trouvaient des catéchumènes, dit expressément qu'il ne veut pas entrer plus avant dans l'explication du mystère qui réalise le sacrifice symbolisé par celui de Melchisedech et que les fidèles le connaissent1.
Le saint docteur parle entre autres choses d'un contenu idéal de la sainte Eucharistie; mais de cela même on peut tirer une preuve de sa foi à la transsubstantiation, quoique le mot manque. Il reconnaît en effet dans la sainte Eucharistie la manifestation extérieure de cette union spirituelle des créatures raisonnables avec Dieu, union qui procure à celles-ci leur nourriture pour la vie surnaturelle, union qui les rassasie et leur donne la sainteté finale. Car le Verbe est pour lui comme le créateur de toutes choses; c'est le Verbe qui est chez les créatures raisonnables le principe et la lumière de leur intelligence, la source de leur vie naturelle et surnaturelle, et cela chez les anges, comme chez les hommes, quoique d'une manière différente. Il développe ceci 2,
1. Sermo 307, 2, 3: Qui noverunt scripturas, sciunt quid protulerit Melchisedech sacerdos Dei excelsi, quando benedixit Abraham. Non oportet, ut hoc memoremus propter catechumenos. Fidèles tamen agnoscunt, quemadmodum ante prophetatum sit,«quod modo videmus impleri. Cf. in Joan. c. 2, tract. 11. 4. Sermo 4, 41 ; 5, 7.
2. Aug . In Ps. 33. Enarr. sermo 1, 6 : In corpore et sanguine suo voluit esse salutem nostram. Unde autem commendavit corpus et sanguinem suum ? De humilitate sua. Nisi enim esset humilis, nec manducaretur nec biberetur. Respice altitudinemipsius: In principio erat Verbum et Verbum erat apud Deum, et Deus erat Verbum. Ecce cibus sempiternus : sed manducant Angeli, manducant supernae Virtutes, manducant caelestes spiritus, et manducantes saginantur, et integrum manet quod eos satiat et laetificat. Quis autem homo posset ad illum cibum ? Unde cor tam idoneum illi cibo ? Oportebat ergo ut mensa illa lactesceret et ad parvulos perveniret. Unde autem fît cibus lac ? unde cibus in lac convertitur, nisi per carnem trajiciatur ? Nam mater hoc facit. Quod manducat mater, hoc manducat infans : sed quia minus idoneus est infans, qui pane vescatur, ipsum panem mater incarnat, et per humilitatem mamillae et lactis succum, de ipso pane pascit infantem. Quomodo ergo de ipso pane pavit nos Sapientia Dei ? Quia Verbum caro factum est et habitavit in nobis. Videte ergo humilitatem : quia panem Angelorum manducavit homo, ut scriptum est (Ps. 77, 24) : Panem caeli dédit eis, panem Angelorum manducavit homo... Saginantur illo Angeli; sed semeptisum exil nanivit, ut manducaret panem Angelorum homo, formam servi accipiens etc.
après avoir rappelé ces paroles de saint Jean (I, 1): c Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu ». Par conséquent dès le commencement, le Verbe de Dieu était aussi le pain des anges; car il était leur nourriture spirituelle, le principe de leur connaissance, en tant qu'ils reconnaissent Dieu en lui, et par ses lumières, toute leur connaissance. Il était aussi leur Verbe, leur aliment spirituel sans être cependant goûté ou consommé par eux, mais au contraire en les attirant peu à peu à lui il les divinisait. Mais pour l'homme qui a un esprit lié à la matière cette nourriture était trop élevée et trop sublime ; il avait besoin d'un aliment accommodé à son pèlerinage sur la terre d'exil et pour cela le Verbe de Dieu descendit de sa hauteur, quitta le sein du Père céleste, revêti une forme humaine pour se rapprocher de l'homme et devenir une nourriture qui leur fût appropriée. Il se comporte à l'égard de l'homme, comme on se comporte à l'égard des enfants à la mamelle. Leur nourriture doit d'abord être préparée par la mère, passer dans son corps et dans son sang pour se changer en lait, avant qu'ils la puissent recevoir. Il fallait de même que cette nourriture spirituelle devint une sorte de lait pour être appropriée à la situation de l'homme. Oportebat ergo ut mensa Ma lactésceret et ad parvulos perveniret. Mais comment le pain des anges pouvait-il devenir du lait pour les enfants des hommes? Il devait d'abord passer dans un corps humain, comme le pain matériel passe dans l'organisme corporel de la mère avant de devenir du lait. Le Verbe éternel devait se faire chair et nous préparer dans sa chair et par sa chair, une nourriture adaptée à notre condition. « Gomment, demande saint Augustin, la sagessede Dieu nousalimente-telle de ce pain? Parce que le Verbe s'est fait chair et a habité parmi nous. Voyez quel abaissement ? Et cela, pour que l'homme pût se nourrir du pain des anges. Le Verbe, c'est sa nature (puisqu'il est le Verbe) d'être le pain et la nourriture de toutes les créatures spirituelles; même dans le ciel, il le sera pour nous d'une manière bien plus parfaite
qu'il ne l'est sur la terre. Mais pour se faire une nourriture adaptée à la condition des hommes terrestres, le Verbe devait s'extérioriser et se donner à nous en nourriture pour ainsi dire sous la forme du lait, qu'il nous a préparé par le corps mortel, dont il s'est revêtu dans la plénitude des temps. Nous voyons comment ce développement de l'idée de la communion eucharistique repose sur la foi en la présence du corps du Christ et a son union avec lui dans le sacrement de l'autel. Nous voyons pourquoi cette nourriture céleste a été donnée aux hommes déchus sous une autre forme que sous celle d'une nourriture prise d'une façon uniquement spirituelle. Parce développement on peut voir que saint Augustin n'admettait pas simplement dans l'Eucharistie une union du corps du Christ avec la substance du pain, une union consubstantielle au sens luthérien. Car il n'aurait pas pu parler d'un dépouillement et d'une humiliation du Verbe jusqu'à se faire nourriture, et encore moins aurait-il pu dire dans le même sermon que le Seigneur, à la dernière cène, s'était porté dans ses propres mains1.
Mais il faut le reconnaître cette idée de la communion sacramentelle, considérée comme étant principalement l'union complète en esprit avec le Verbe divin, revient trop souvent sous la plume du saint docteur pour qu'il ne considère la réception de ce sacrement divin que comme un symbole et un signe de cette union, tout comme la manne dans le désert. Les Pères de l'ancienne loi ont, d'après lui, mangé cette manne comme symbole du Sauveur à venir; ils ont participé avec nous à la même nourriture 2. Remarquons encore comme il revient sur la communion eucharistique dans ses homélies ou ses traités 3 sur le sixième chapitre de ^'Evangile de saint Jean ; ces homélies il les a exposées devant un auditoire mêlé. Ainsi il peut d'autant mieux justifier sa manière de voir que le Seigneur lui-même dans son
1. Aug. 1. c. § 10 : Ferebatur enim Christus in manibus suis, quando commendans ipsum corpus suum ait : Hoc est corpus meum.