Aug. Tract. 27, 3. — 3. Tract
nous ne soyons pas scandalisés, si plusieurs ne le reçoivent que d'une façon matérielle: la damnation éternelle les attend ».
On voit maintenant clairement dans quel sens saint Augustin a pu, à diverses reprises, appeler l'Eucharistie une figure ou un symbole du corps du Christ *, comme Tertullien l'avait déjà fait avant lui. Ici pour comprendre cette interprétation symbolique de la Cène, nous pouvons nous reporter à un passage2, où il développe les règles pour l'exposition littérale ou figurée des paroles delà Bible; il dit que le sens figuré ne doit être choisi que là où le sens littéral serait contraire au précepte de l'amour. Or c'est le cas ici pour les paroles : « Si vous ne mangez la chair du Fils de l'Homme et si vous ne buvez son sang vous n'aurez pas la vie en vous » ; l'interprétation littérale demande de nous une action inhumaine, il faut donc adopter le sens figuré, et entendre la manducation spirituelle de la souffrance et delà mort de Jésus-Christ, c'est-à-dire, que nous devons considérer ces mystères par la foi et nous en pénétrer. Ici le saint docteur n'exclut expressément que l'interprétation des Capharnaïtes et lui oppose pour justifier sa règle une interprétation figurée qui n'est pas fausse, mais qui ne peut être définitive, puisque saint Augustin, en d'autres endroits, parle expressément de la manducation sacramentelle du corps du Christ.
!. Enarr. in Ps. 3, 1 : Cum adhibuit (Judam) ad convivium, in quo corporis et sanguinis sui figuram discipulis commendavit et tradidit. Cf. Ep. 98,9.
1. De doctrina christ. III, 16, 24: Si praeceptiva locutio est aut flagiliwm jiut farinas vetans, aut utilitatem aut benehcentiam jubens, non est ligurata. Si autem flagitium aut facinus videtur jubere : figura est ergo, praeeipiena passioni Dominicae communicandum, et suaviter atque utiliter rfcondendum in memoria, quod pro nobis caro ejus crucifixa et vuloerata ^it.
§ 99 (Suite)
Le dogme de la présence réelle et substantielle du corps du Christ dans la sainte Eucharistie chez les Pérès antinestoriens et postérieurs.
Le Nestorianisme fit du dogme de la sainte Eucharistie un sujet de controverse. Les Nestoriens doivent en effet étendre leur erreur de la séparation de la nature humaine et de la nature divine dans l'Homme-Dieu même au Christ eucharistique. Par là la communion, l'adoration et le sacrifice unis à l'Eucharistie se rapportaient toujours au corps humain du Christ séparé du Verbe. C'est à cause de cela que le discours du Sauveur au chapitre VIe de saint Jean est divisé parles Nestoriens de façon que les diverses propositions sont séparées et sont expliquées par eux comme se rapportant séparément les unes au corps du Christ, les autres au Logos. Quand le Seigneur (Jean, VI, 58) dit : «Celui qui me mange vivra à cause de moi», Nestorius veut que ces paroles ne se rapportent pas au Verbe divin, mais exclusivement au corps du Seigneur. Et encore ici il fait des restrictions. Car le Seigneur (dit Nestorius) ne veut pas que ces paroles soient entendues au sens anthropophagique ou capharnaïte : nous ne mangeons dans l'Eucharistie que le pain dont le corps du Christ est l'antitype, et par là nous célébrons la commémoration de la mort du Seigneur. Telle est la doctrine de Nestorius1.
C'était en venir à la négation et à la destruction du mystère eucharistique. « Il n'y a plus rien de particulier, dit
1. Paroles de ce dernier citées par Cyr. Alex. Adv. Nest. IV, c. 3 (Migne
LXXVI, 189) : TYva èaôt'o/xzv, rr,v flêGTvrra, r) rfa> <jc/-pxcx\ . . . C 5 (p. 197) : "Axovcov èx tûv ■nporiyovfj.évoiv tw cx,p.cxB\u.v t&v ocvTtridi-JTOiv^ wç içyiipoo/ ckvoc/ivcjïxovït roi/
fXUlTTYipîOU T7JV <*iféÏEl<X.V, XOÙ Tt'vOÇ TOÏÇ OC-jd pÛTCOlÇ, TTOCpé^TOCl TT,V (XVCX.{AVYj>TtV • XCX.I V.XOVGOV
fj.r) ip.ov rodiroc ^eyovTOç, ài/à roxi fxcx.xcx.pcov Ilaûiou* ,,'Oacôaç cv.v èeSîYire rôv txprov toûtov." Oùx £t7T£v, 'Oudxi^ Ôtv ia6ir,rs. rrpt ôzôrrtrcx. XùOJTW è<roLxi$ cxv kadir,rt ràv dprov tgûtcv. B./£7re rts.pl roi) cw/xaTC; aura roù Sevnortxdù rà Txpoxs.i[j.vjov. ,,'Ocax<$ àv èadÎYire rôv ciprov roûrov", ou êori rb v&lmx. àvri'ruTCOv.
Cyrille d'Alexandrie, dans ce sacrifice non sanglant de l'Agneau ; son fruit est bien peu de chose et ne sert plus qu'à nous annoncer la mort d'un homme, à nous rappeler le souvenir d'un de nos semblables *. Le Nestorianisme, dans sa formation complète devient le Paulianisme, puisque le Logos, dans ses rapports avec l'Homme-Jésus, n'est qu'un principe illuminatif intérieur.
L'Eglise devait s'opposer à cette façon erronée de comprendre la sainte Eucharistie. « Nous ne mangeons pas l'Eucharistie, dit saint Cyrille 9, comme si nous consommions la divinité, loin de nous une telle impiété, mais nous mangeons la propre chair du Logos, qui nous vivifie, car elle appartient à celui qui vit dans le Père... De même que le corps du Logos est devenu vivificateur, parce que le Logos Ta fait sien par cette union qui dépasse notre intelligence, ainsi nous qui participons (h ps0éÇe« yivôpsvoi) à sa chair et à son sang nous serons vivifiés, puisque le Logos demeure en nous non seulement d'une manière divine par le Saint-Esprit, mais encore d'une manière humaine par sa chair sainte et son sang précieux». Cyrille d'Alexandrie rappelle3 sans cesse à Nestorius que d'aprèsladoctrine de l'Eglise nous ne mangeons pas la substance divine, parce que ce qui nous est présenté sur l'autel de l'Eglise est tout d'abord le corps du Logos engendré du Père. Cette réponse est celle qu'il faut toujours faire à ceux qui ne cessent d'accuser l'Eglise d'enseigner le changement de la substance du pain en la divinité. Le mode de présence du corps du Christ n'est pas le même que celui de son âme et de sa divinité. Le corps est présent par voie de transsubstantiation ; l'âme humaine du Logos et sa divinité y sont par voie de concomitance, comme on a dit plus tard, car elles sont unies hypostatiquement au corps. Il est vrai qu'à la mort du Sauveur son âme humaine s'est séparée de son corps adorable ; mais dans la sainte Eucharistie,
I. Cyr. Alex. Adv. Nest. IV, c. 6 (p. 200).— 2. Ibid. IV, c. 5 (p. 192 sq.). 3. Cyr. Alex. Adv. Nest. IV, c. 6 (p. 201). Cf. De recta lïdead Theod. c. 38 [Migne LXXVI, H89).
il n'y a de présent que son corps vivificateur et partant doué de la vie, avec lequel l'âme humaine est unie comme son principedevie. Etladoctrine de ce mystère, ditsaint Cyrille1, est simple et vraie ; elle n'est pas un composé de fantaisies destinées à faire illusion; elle est, comme nous l'avons dit, tout à fait simple. Car nous croyons que le Logos divin engendré du Père, quand il s'est uni ce corps pris dans le sein de la Vierge et animé d'un esprit raisonnable, union ineffable et mystérieuse, a élevé ce corps jusqu'à le rendre vivificateur, puisque, en tant que Dieu, le Logos est la vie dans son essence ; il a donné à son corps cette dignité pour nous permettre de participer à lui non seulement d'une manière spirituelle, mais d'une manière corporelle, de vaincre la corruption, et, par l'anéantissement de la loi qui règne dans les membres de notre corps, de condamner le péché dans la chair2 ». La dernière proposition répond exclusivement au point de vue sur lequel le saint docteur avait à défendre la sainte Eucharistie. L'Eucharistie, comme avant lui Grégoire de Nysse et beaucoup d'autres l'avaient déjà montré, doit avoir pour le corps humain des effets de sainteté et de vie. Elle nous unit avec le Christ et avec tous les fidèles3 comme en un seul corps, affaiblit en nous l'aiguillon de la mauvaise concupiscence, et appelle notre corps à une vie immortelle4 en lui donnant un germe d'immortalité (tmépiux. r-fo àQavao-îaç) 5. Dans un autre discours où il traite de l'Eucharistie et où il parle, avec le plus grand enthousiasme, et dans un ton élevé, de ce mystère de l'amour, il suppose la foi à la présence