SAINT CHRYSOSTOME
qui, causé par un seul, s'est répandu sur tous, parla génération charnelle (zf, SiaSo^yj twv eW/ivouivwv) >> * . La grâce de la régénération doit avoir pour conséquence la transformation de la nature essentielle de l'homme, assurer en particulier sa perfection et sa résurrection glorieuse, tout comme le mal s'attache à chacun de nous par la génération et se manifeste par la dépravation et la lésion de notre nature.
§ 59 (Suite) Saint Chrysostome et saint Cyrille d'Alexandrie
A. Dans les deux premières parties de l'histoire des dogmes, nous nous sommes peu arrêtés à un Père de l'Eglise, qui compte cependant parmi les quatre plus célèbres de l'Eglise grecque. C'est que ses écrits sont moins dogmatiques que moraux ou homilétiques. Nous voulons parler de saint Jean Chrysostome, qui fut la gloire du siège patriarcal de Constantinople de 397 à 404, et mourut Tan 407 après J.-C. en exil. On s'occupa de ses œuvres peu après sa mort et à l'occasion des controverses anthropologiques. Elles furent diversement comprises. Julien les appela en témoignage en faveur des Pélagiens, Augustin les défendit comme de vraies sources de la foi orthodoxe. Chrysostome ne pouvait pas prendre en considération, ni combattre encore expressément l'hérésie pélagienne, puisqu'elle n'éclata qu'après sa mort. Il devait au contraire, à l'exemple des autres Pères grecs, se défendre contre les erreurs manichéennes et sauvegarder la liberté humaine. C'est dans les passages où saint Chrysostome remplit^cette tâche que Julien cherche la confirmation de ses fausses doctrines.
1. Grej. Nyts. Orat. In illud, tune ipse filins subjicietur (éd. Migne XLIV, 1312) : AftÇecç roivuv M roï; npo; eaiTOÙç XôyotÇj on toO irpûrov àvBpojnov eiç yr,v Siâ ryj- y.y.<xpziy.; ccvaXv0SVTOÇ, xaî Sià toOto yoÏAO\> xtajôevroç, ày.ôlov- Oo'j y,v xecr bttïvov nui toù? è* nteévou yevê'<70ca 7râvraç yptxoùç xai Ovyjtovç tovç èx toO Toio-'jro-j puvTaç, Gcvayxatuç, tTHiyocyev /.aï ty)v ùevrépciv àxo/ovôt'av, Si' r,ç àvaoToi^cioOrca râ/iv ex tov Ôvvjtov 7rpoç àO«va(Tiav ô àvBpcoizoç, ôpoicrpônuiç Xe'ywv, TO àyafov iyytye-jr^Out T/j ipaei e£ e'voç eiç 7râvraç ^eôpevov, biTKZp xaî tô xatxov Ot* î'vôç ei? 7z/:?/Joç è%éÙr)t tvj SiaSo^vj twv è7riyivopevwv.
1. Saint Chrysostome défend la liberté morale de faire le bien ou le mal même dans l'état de chute et repousse une certaine puissance naturelle du péché et du mal, telle que l'admirent les Gnostiques. Ceux-ci voulaient établir leur doctrine sur cette parole de saint Paul aux Romains 6, 15, 16 : « Je fais ce que je ne veux pas et non pas ce que je veux ». — Saint Chrysostome ne trouve pas dans ces mots l'affirmation d'une action déterminante des péchés sur la volonté, il explique en ce sens ces paroles : « ce que je ne veux pas » c'est-à dire, ce que je ne puis ni approuver, ni louer1. La bonté morale est si peu inhérente à notre nature, que le péché nous est donné par la nature comme un mal physique. Les deux sont l'œuvre non de la nature, mais de la volonté libre. Cette volonté est bien un pouvoir concédé à l'homme par Dieu, mais l'acte de la volonté se portant d'un côté plutôt que de l'autre est l'affaire de chaque personne individuelle 2. De bons parents n'ont pas toujours de bons enfants, de même que de mauvais parents n'ont pas toujours de mauvais enfants. Le contraire a lieu bien souvent, parce que la vertu, comme le péché actuel, est l'affaire de la détermination libre de chacun et ne nous est pas originairement donnée parla nature3. Les Juifs formaient autrefois le peuple choisi, leurs descendants sont endurcis dans l'incrédulité. Les païens avaient horreur de Dieu, et c'est parmi leurs descendants que se trouvent la plupart des fidèles du Christ4. Dans tous ces passages, il n'est pas question d'une puissance naturelle du péché supérieure à la liberté, non plus que de l'influence du péché d'Adam sur celui de ses descendants. Il faut repousser comme une hérésie sapant les fondements de la moralité l'opinion qui admet une concupiscence physiquement nécessitante.