‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 412 sur 480 · Euseb. Caes. Demonst. ev. I · texte numérisé non relu

Euseb. Caes. Demonst. ev. I

regarde le sacrifice comme la partie la plus importante de la religion, réglée d'ailleurs par Dieu lui-même dans la loi mosaïque et il considère comme des dons sacrificatoires toutes les créatures terrestres, plantes et animaux. Même sur l'importance et la signification des victimes du sacrifice, il nous donne-, en leur attribuant un caractère représentatif, des explications de nature à nous satisfaire. Dans le sang des animaux, qui est le siège de leur âme, l'Israélite devait sacrifier symboliquement sa propre âme ; non pas que l'âme animale fût regardée comme semblable à l'âme humaine, mais parce que l'homme ne peut pas sacrifier sa vie par une mort violente, mais peut bien sacrifier l'âme irraisonnable des animaux, qui est presque identique au sang et n'est pas très éloignée par sa nature des plantes et des choses inanimées. Les prescriptions particulières de la loi mosaïque, comme l'ordre pour celui qui offre la victime de placer ses mains sur la tète de la victime et de la conduire au prêtre en la tenant par la tête montrent bien le caractère représentatif de la victime. Mais si Dieu regardait avec complaisance les sacrifices d'animaux, la raison en était surtout dans ce que les justes de l'Ancien Testament pressentaient et offraient là des figures de cette victime, par laquelle le monde entier devait être délivré. Ce nouveau sacrifice avait été prédit très clairement par Isaïe, et saint Jean sur le bord du Jourdain fait allusion à l'accomplissement de cette prophétie, quand il dit : « Voilà l'Agneau de Dieu. » Par ce sacrifice tous les croyants ont trouvé la rémission de leurs péchés, et « c'est avec raison qu'ils célèbrent chaque jour la mémoire de ce sacrifice du corps et du sang du Seigneur, car Dieu les a gratifiés d'un sacrifice et d'un culte bien supérieur à celui de l'ancienne loi1 ». Le sacrifice non sanglant de la nouvelle alliance est fréquemment appelé par Eusèbe, la commémoration de la mort du Seigneur et le symbole du

1. Ibid.: EmcÔtwç tv;v too (tcÔçiutoç ocùtoO v.ui tou aiparoç ttjv Û7rô^vvjo'£v ôar,^épc/.t e'7riTetavvTeç, xcà Trtç xpeirrovoç vj xarà zovç ttoÙulo-jç ôvai'aç re xat hpovpyitxç v5ftw|xgvoe.

SAINT SACRIFICE DE LA MESSE 59b

corps et du sang du Christ, auquel nous devons unir nos sacrifices si nous voulons qu'ils soient agréables à Dieu.

D'après ce que nous avons dit, on voit que l'Eucharistie a aussi le caractère de sacrifice de réconciliation prédit dans l'ancienne loi. Tous les Pères sont là-dessus d'accord et avec eux la plupart des liturgies qui nous sont parvenues, sans que cependant ils négligent son caractère de sacrifice de louange, d'action de grâce et d'impétration.

Les plus anciens et les plus sûrs renseignements sur la liturgie nous viennent, après saint Justin (11e s.), de Cyrille de Jérusalem, l'auteur des catéchèses. Dans les liturgies conservées, dans celle des constitutions apostoliques, et dans celles qui furent en usage sous les noms de saint Jacques et de saint Marc ; il est difficile démontrer exactement l'époque où elles ont été constituées dans la forme où nous les avons, et le moment où elles furent augmentées par certaines additions. Cyrille nous fait connaître celle de Jérusalem dans la vingt-troisième catéchèse. Dans cette liturgie, le saint Sacrifice commençait au Lavabo ; le diacre présentait à l'officiant et à tous les prêtres qui étaient là, l'eau pour se laver les mains. Venaient ensuite le baiser fraternel et la préface avec les prières de louange encore en usage ; la supplication au ciel, à la terre, à la mer, au soleil, à la lune, aux étoiles et à toutes les créatures visibles et invisibles, anges, archanges, séraphins et chérubins d'avoir à louer avec nous le Seigneur et de s'associer au chant de louange : Sanctus,Sanctus, Sanctus Dominus sabaoth. Ensuite vient chez Cyrille l'épiclèse1 et la consécration signalée comme l'acte final du sacrifice non sanglant. Car à propos de la consécration il dit2 : « Après que le sacrifice spirituel et le culte non sanglant dû à Dieu sont »mplis, nous invoquons le Seigneur sur cette victime de réconciliation et le prions pour la paix générale de l'Eglise. » La sainte Eucharistie peut toujours être appelée sacrifice

\. Cyr. Hieros. Cat. 23, 7.

2. Ibid. c. 8: Erra, u.z~y. xh y.7rc/.(j-L'jQ7lvctt. tv-,v Trjvju.c/~iv.};j (Wîav, rf/v àvctipontrov Xocrpticcv, ml rrjç Bvtrtaç nuivriç tou ÏXoutuqv Traâaxa^ovusv tôv 0eôv, intèp ml'j?,; twv hauvi&tûni tiprflnqç.

spirituel, en tant que nous unissons par elle nos sacrifices spirituels, et encore plus comme opposée aux sacrifices de l'ancienne loi, dont le côté spirituel, c'est-à-dire le plus élevé du côté du monde supérieur, ne dut d'abord être offert que symboliquement par l'homme. Des prières offertes ensuite pour l'empereur et l'armée, pour les pauvres et les opprimés; de l'invocation des saints patriarches, prophètes et martyrs, il a été déjà question plus haut. Suivaient le Pater et la communion. Celle-ci commençait par les paroles du prêtre Sancta sanctis; le peuple répondait : unusSanctus, unus Dominus Jésus Christus. Pendant la communion, on chantait le psaume trente-huitième, à partir du verset neuvième : Oustate et videte. Le fidèle reçoit le corps du Seigneur avec respect dans sa main droite et boit ensuite le sang dans le calice que lui présente le diacre.

Les constitutions apostoliques1, qui contiennent presque identiquement la liturgie de l'église d'Antioche, portent encore après le sacrifice dans la consécration d'autres prières où apparaît l'identité du sacrifice eucharistique avec le sacrifice de la croix: on prie Dieu, par l'intermédiaire de son Fils, d'accepter sur l'autel céleste le sacrifice qui lui est offert2.

Grégoire de Nazianze appelle l'Eucharistie non seulement un sacrifice non sanglant (àva^axToç ôun'a)3, mais un antitype des mystères du salut, qui représente la mort et la résurrection du Seigneur et est un sacrifice extérieur dont l'oblation constitue la fonction principale et le privilège spécial du sacerdoce, dignité aussi élevée et aussi chargée de responsabilité qu'est élevé le mérite du sacrifice. « Comme je sais, dit le saint docteur4, que personne n'est digne de notre grand Dieu, ni n'est digne de cette sainte victime et du souverain

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