‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 419 sur 480 · De an. et ejus origine · texte numérisé non relu

De an. et ejus origine

5. Léo M. Sermo 59. 7 (Opp. éd. Ballerini 1, 228) : Nunc etenim et ordo clarior levitarum et dignitas amplior seniorum et sacratior est unctio sacerdotum ; quia crux tua omnium fons benedictionum, omnium est causa gratiarum, per quam credentibus datur virtus de infirmitate, gloria de opprobrio, vita de morte. Nunc etiam carnalium sacrificiorum varietate cessante, omnes differentias hostiarum una corporis et sanguinis tui implet oblatio, quoniam tu es verus agnus Dei, qui tollis peccata mundi,

Saint Césaire d'Arles, au vie siècle, n'est pas seulement un témoin formel de la foi de l'Eglise à la transsubstantiation, qu'il compare à la création ex nihilo et à la renaissance à une nouvelle vie céleste, qu'il nomme conversion. Il témoigne en outre du caractère sacrificatoire attribué à la sainte Eucharistie. « Et pour cela, dit le saint docteur, celui qui voulait soustraire à nos yeux le corps qu'il avait pris, et le porter au ciel était tenu en ce jour (de sa résurrection) de consacrer le sacrement de son corps et de son sang, afin que ce qui avait été une fois offert comme prix de notre rédemption fût l'objet continuel d'un culte mystérieux, pour que cette rédemption étant sans cesse et tous les jours la source du salut des hommes, l'oblation de rédemption fût perpétuelle et que la victime continuellement perpétuée dans la mémoire fût toujours présente comme par la grâce, la victime unique et parfaite qui devait être appréciée par la foi non par la forme, et estimée d'après la réalité intérieure, non d'après les apparences extérieures 4.

Saint Césaire veut dire que le sacrifice de la croix, en tant que source permanente de la Rédemption, de la béatification de tous les hommes, doit non seulement demeurer comme un fait dans la mémoire des fidèles, mais encore être continuellement célébré et représenté.

Plus clairement encore, saint Grégoire le Grand caractérise le sacrifice eucharistique non seulement comme un souvenir du sacrifice de la croix, mais encore comme un renou-

et ita in te universa perficis mysteria, ut sicut unum est pro omni victima sacrificium, ita unum de omni gente sit regnum. Cf. Sermo 58, 3 [Bail. I, 220) : Novum pascha condebat. Discumbentibus enim secum discipulis ad edendam mysticam coenam, corporis et sanguinis sui ordinans sacramentum docebat, qualis Deo hostia deberet offerri.

1. Caes. Arl. Hom. V {Migne LXXVII, 1052):Etideo qui corpusassumptum ablaturus erat ex oculis nostris et sideribus illaturus, necessarium erat, ut nobis in hac die sacramentum corporis et sanguinis consecraret, ut eoleretur jugiter per mysterium quod semel ofîerebalur in pretium, ut quia quotidiana et indefessa currebat pro hominum salute redemptio oblatio et perennis victima vivnret in memoria et semper praesens esset in gratia, ac unica et perfecta hostia fide aestimanda non specie, non exteriori censenda visu sed interiori aspectu.

vellement et une répétition non sanglante, c'est-à-dire sacramentelle de ce même sacrifice. Ainsi s'étaient exprimés aussi saint Ghrysostome et saint Cyrille d'Alexandrie; ils voyaient eux aussi dans ce sacrifice une puissance qui efface les péchés1. Ce renouvellement du sacrifice de la croix il ne faut pas le considérer comme si l'âme du Seigneur se séparait de nouveau réellement de son corps ; ces docteurs remarquent au contraire que le Seigneur ne peut plus mourir. Mais la mort du Christ y est représentée, c'est-àdire figurée par la réparation des espèces et ainsi en quelque sorte répétée2. Quand saint Grégoire semble faire consister la représentation de la mort du Christ en ce que le corps du Seigneur est, comme il est dit au passage en question, mangé et divisé, que son sang est répandu dans la bouche des fidèles, ce docteur fait simplement allusion aux éléments constituant extérieurement le sacrifice. Sur la question de l'essence ou de la forme même du sacrifice, la sainte Ecriture ne donne pas de réponse claire ; la solution en est laissée aux méditations des théologiens, à leurs recherches sur le dogme jusqu'à ce que l'étude des diverses opinions de leurs principes et conclusions amène une entente

1. Greg. M. In Evang. nom. 37, 7 : Singulariter ad absolutionem nostram oblata cum lacrimis et benignitate mentis sacri altaris hostia suffragatur, quia is qui in se resurgens a mortuis jam non moritur, adhuc per hanc in suo mysterio iterum patitur. Nam quoties ei hostiam suae passionis ofïerimus, toties nobis ad absolutionem nostram passionem illius reparamus.

2. Dial. IV, 58 : Haec namque singulariter victima ab aeterno interitu animam salvat, quae illam nobis mortem unigeniti per mysterium réparât, qui licet resurgens a mortuis jam non moritur, et mors ei ultra non dominabitur; tamen in semetipso immortaliter atque incorruptibiliter vivens, pro nobis iterum in hoc mysterio sacrae oblationis immolatur. Ejus quippe ibi corpus sumitur, ejus caro in populi salutem partitur, ejus sanguis non jam in manus infidelium, sed in ora iidelium funditur. Hinc ergo pensemus quale sit pro nobis hoc sacrificium, quod pro absolutione nostra passionem unigeniti Filii semper imitatur. Quis enim fidelium habere dubium possit, in ipsa immolationis hora ad sacerdotis vocem caelos aperiri, in illo Jesu Christi mysterio angelorum choros adesse, summis ima sociari, terrena caelestibus jungi, unumque ex visibilibus atque invisibilibus fieri ?

générale et une certitude déterminée. Saint Grégoire de Nazianze avait, comme nous le voyons, donné une meilleure solution à laquelle semble d'ailleurs conduire la doctrine commune qui voit dans la messe la commémoration et la représentation de la mort du Sauveur, en tant qu'elle est le renouvellement sacramentel de cette mort. On ne peut cependant nier que la communion à laquelle saint Grégoire se rapporte spécialement, doit être aussi considérée d'après la doctrine des théologiens modernes comme un élément extérieurement intégrant du sacrifice. Quoi qu'il en soit, l'Eucharistie est pour ce docteur un nouveau sacrifice (immolatio) que l'Eglise renouvelle tous les jours l.

Nous trouvons encore dans saint Grégoire le Grand la coutume d'offrir le sacrifice pour les morts. Quand il parle de certains faits merveilleux qui auraient été des effets du sacrifice eucharistique 2, on comprend que dans ces récits il n'est pas le témoin de la doctrine de l'Eglise ; il ne donne là que son opinion personnelle qui n'a rien de commun avec la fîcles catholica. Cette différence est importante, et les adversaires de cette foi catholique et des croyances divines ont soin de la négliger. Saint Augustin lui-même rapporte que les démons étaient chassés par l'oblation du saint sacrifice 3. Les seuls points dogmatiques sont que le sacrifice eucharistique opère la rémission des péchés et surtout nous applique les fruits du sacrifice de la croix.

Suint JeanDamascènetraitede l'Eucharistie enla considérant spécialement comme nourriture de l'âme. Il l'appelle aussi «ce sacrifice pur et non sanglant qui d'après les prophètes devait être offert à Dieu, de l'Orient à l'Occident4 ». Le même docteur met le sacrifice eucharistique parmi les moyens qui nous procurent la rémission des péchés5.

1. Greg. M. Moral. XXII, c. 13, § 26 : Esurientcm mentem suam desiderant per quotidianum immolationis sacrificium de ejus carnibus satiare.

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