‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 43 sur 480 · SAINT CHRYSOSTOME · texte numérisé non relu

SAINT CHRYSOSTOME

l'homme et de la nature, surtout pour les animaux, d'abord dans l'état primitif, puis dans l'état de chute. Originairement, la relation de l'homme avec la nature était une relation d'ordre, il possédait, comme c'était convenable, le plein pouvoir sur les animaux de la terre, et il n'avait aucun motif d'en craindre même un seul. Dieu les fit tous passer devant lui, pour qu'il leur donnât un nom ; la femme elle-même ne s'effraya pas à la vue du serpent. Les relations de l'homme avec Dieu ayant cessé par le péché, ses rapports avec les animaux, et la nature en général, furent aussitôt différents. « Cette crainte n'existait pas alors, dit saint Ghrysostome, mais quand le péché survint Dieu enleva à l'homme ce qui faisait sa gloire ».

On peut bien essayer d'expliquer ces passages1 en disant que saint Chrysostome aurait voulu seulement parler d'une certaine imputation de la punition, de la mort par exemple, mais non de l'imputation du péché lui-même à toute la postérité d'Adam. Cette explication est à écarter, si nous étudions d'autres passages de ce Père. Saint Augustin extrait ce qui suit de ce même discours aux néophytes, et Julien invoque souvent ce même passage : «Le Christ vint un jour et trouva le titre de notre dette paternelle écrit de la main d'Adam luimême. C'est le commencement de la dette que nous avons aggravée par nos propres péchés2 ». Cette dette est donc appelée la nôtre et elle a été contractée par Adam pour nous tous ; elle était nôtre par conséquent avant que nous l'augmentions par nos propres péchés. Mais elle a été éteinte par les mérites et la satisfaction du Christ. C'est la même explication que donne saint Chrysostome dans la dixième homélie sur le cinquième chapitre de l'épître aux Romains. Voici comment il entend le verset seizième de ce chapitre : « La sentence de damnation vint d'un seul (péché), mais la grâce

i. Cf. Wiggers, loc. cit. I, 409, 416.

2. "KpyjTv.'. y.rrcf.z h XotTrô;, eupev v^wv ^etpôypxfov nurpôiov, on lyoaœsv ô 'ASâ/x. 'Ey.sïvo; zy;j yp/yv îÎTrr/c/.yzv ToC ypôiov;, r,peîç rov 8av£iO-pôv rçuÇ^aapsv zoù; prrayîvîTTî'ûïa; y.^.c/.pricf.i;. Saint Augustin cite d'autres passages dans le texie original. C. Jul. I, 6, 26.

nous justifie de beaucoup. C'est dire simplement : le péché a pu produire la mort et la damnation, la grâce a pu détruire non seulement ce seul péché, mais encore tous ceux qui en découlent ». Ces paroles prouvent que cette interprétation ne tient pas qui prétend que saint Ghrysostome n'a eu en vue que la peine du péché infligée à nous tous, c'està-dire la mort. Ailleurs, en effet, comme l'apôtre (Rom. 5, 16 et suiv.), il établit une comparaison entre la faute d'Adam et sa répercussion sur tout le genre humain d'une part et les mérites du Christ de l'autre. A ceux-ci, il attribue une portée bien plus grande que l'extinction d'un péché qu'Adam a commis et qui est passé en propre à ses descendants ; il leur attribue en outre l'extinction des péchés actuels de tous les hommes. « Si le péché d'un seul, dit-il encore, nous a tous tués, la grâce d'un seul sera encore plus capable de nous sauver tous. L'apôtre montre, en effet, que ce n'est pas un péché unique qui est enlevé par la grâce, mais bien tous les péchés ; mieux encore, non seulement tous les péchés sont enlevés, mais la justification elle-même nous est accordée » .

Saint Chrysostome explique ensuite les paroles de saint Paul aux Romains (6, 3), où se trouve un parallèle entre le mort du Sauveur et le baptême, et il fait là-dessus cette remarque : « Ici et là il existe une mort ; ici la mort du corps du Christ, là la mort du péché » . Si le baptême des enfants sans raison est aussi la mort du péché, cette coutume de l'Eglise à laquelle saint Chrysostome rend témoignage, prouve donc sa croyance à l'existence de péchés chez ces enfants.

On a voulu opposer à saint Chrysostome l'opinion de son disciple Isidore de Péluse1. Mais celui-ci prouve justement le contraire de ce qu'on veut lui faire prouver. Pourquoi les enfants qui sont sans péchés (c'est-à-dire sans péchés personnels) (àvapâjOTïjTa fora) sont-ils baptisés ? Isidore répond2 à cette question que c'est traiter superficiellement la ques-

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