Canon
2. Dans la même lettre 146 de saint Jérôme on lit (§ 2) : Presbyter et Episcopus, aliud aetatis, aliud dignitatis est nomen. Unde et ad Titum et ad Timotheum de ordinatione episcopi et diaconi dicitur, de presbyteris omnino reticetur, quia in episcopo et presbyter continetur.
3. Plus développée est encore l'histoire des plus anciens chefs de l'Eglise d'Alexandrie que donna plus tard un des patriarches de cette église, Eutychius (dont la chronique arabe a été publiée par Seldenus avec une traduction latine) pour montrer que le ministère épiscopal était seulement de jure ecclesiastico. Cf. Morin. De ord. P. III, VII, 7. D'après cette histoire l'état de la vieille Eglise alexandrine est présenté comme une exception à la régie; puisque les prêtres eux-mêmes auraient conféré la consécration à leur élu, jusqu'à ce que le patriarche Démétrius (vers 240) eut établi en Egypte trois évoques, par qui a l'avenir la consécration pourrait être faite. Mais ceci est extrêmement invraisemblable, puisque l'évêque Alexandre informa jusqu'à 1(K) évêques de l'apparition de l'Arianisme, et il est tout aussi invraisemblable que le même Alexandre ait conféré aux évêques voisins d'Alexandrie le droit d'élire le patriarche et l'ait enlevé ?iux prêtres d'Alexandrie. L'élection d'Athanase prouve le contraire.
mentaire sur l'épître à Tite : « Prêtre est donc même chose qu'évêque, et avant que par l'instigation du diable les divisions eurent pris naissance dans l'Eglise ou qu'on dit parmi le peuple : je suis à Paul, moi à Apollon, moi au Christ » les communautés étaient gouvernées par le conseil collectif des prêtres. Mais lorsque chacun eut regardé comme siens et non comme du Seigneur ceux qu'il avait baptisés, alors il fut décidé pour le monde entier que parmi les prêtres il en serait choisi un qui serait placé à la tête des autres afin qu'il s'occupât du gouvernement de l'Eglise et que les commencements de schisme fussent étouffés. Si quelqu'un voulait regarder comme notre opinion personnelle et non comme la doctrine de la sainte Ecriture que prêtre et évêque sont une seule et même personne, que l'un de ces mots désigne l'âge et l'autre la fonction, qu'il lise dans l'épître aux Philippiens ces paroles : « Paul et Timothée, serviteurs de Jésus-Christ, à tous les saints du Christ Jésus àPhilippes avec les évêjues et diacres grâce et paix. » Philippes n'est qu'une ville de Macédoine. Sûrement il ne pouvait y avoir dans une seule ville plusieurs de ceux que nous appelons évêques. Mais parce que pour le nom l'évêque était alors la même chose que le prêtre, il parle des évêques comme il anrait parlé des prêtres. Peu à peu pour couper court aux commencements de schisme, le gouvernement fut confié à un seul. Comme donc les prêtres savent qu'ils sont soumis d'après la coutume de l'Eglise à celui qui leur est préposé ; les évêques peuvent donc savoir aussi qu'ils ont la supériorité sur les prêtres, en vertu de la coutume plus que par institution divine et qu'ils doivent gouverner l'Eglise en commun avec eux et imiter Moïse qui certes avait le pouvoir de gouverner à lui seul le peuple d'Israël et qui ne s'en adjoignit pas moins soixante-dix conseillers avec l'aide desquels il voulut diriger le peuple ».
Le danger des divisions peut avoir donné lieu çà ou là à établir un seul évêque à la place du collège des prêtres ; le saint docteur ne porte pas encore atteinte au dogme, quand il soutient que plusieurs des droits de l'évêque dérivent
ex jure ecclesiastico* aussi longtemps du moins qu'il maintient l'institution divine de l'épiscopat et de ses droits essentiels. Et malgré son désir de mettre la prêtrise au premier plan il ne l'a fait voir qu'au second rang.
En effet dans tout son commentaire il suppose qu'il ne pouvait y avoir qu'un évoque par communauté et que le gouvernement lui appartenait au même titre qu'à Moïse, l'élu de Dieu, qui s'adjoignit un conseil d'anciens.
Cependant une question reste bien obscure dans l'exposé de saint Jérôme ; le ministère épiscopal, y compris le pouvoir d'ordination, était-il conféré seulement à l'élu par le choix des prêtres, ou bien celui-ci lui était-il communiqué par une bénédiction et une consécration particulières accomplies par les évêques? Même quand la première hypothèse eût été l'opinion de notre docteur et qu'elle eût été appuyée par son récit sur la série des évêques dans l'église alexandrine, ce serait là seulement hypothèse d'un seul docteur sur l'antique état de l'Eglise et nullement une attestation de la tradition doctrinale. De fait, cette opinion a été défendue plus tard par des théologiens catholiques, comms Morin1. Si même on pouvait s'appuyer sur le passage de l'ép. I à Timothée IV, 14, le sens de ces paroles rapproché du passage de l'ép. II à Timothée, I, 6, est seulement que l'Apôtre a imposé les mains à Timothée avec l'assistance des prêtres et lui a communiqué les grâces nécessaires pour son ministère. Donc il y a ici parfait accord avec la tradition.
Sur l'Eglise romaine nous possédons un témoignage important du milieu du 111e siècle, dans la lettre du pape Corneille à Fabien. Il y est dit comment Novatien, après avoir été ordonné prêtre par l'évêque romain d'alors, avait
1. Cf. Morinus. De sacr. ord. P. III oxerc. III c. 2. Les témoignages rapportes là, appartiennent en grande partie à des auteurs inconnus, tels que l'Ambrosiaster >url. Tim.,ou bien Ils sont sans valeur : p. ex. celui qui est tir<- do la l<) Ictln' de suint Augustin, quand il fait dériver la terminologie ou les expression-, « évêques »et « prêtres» de L'usage, del'EglUe sans rien dire de l'établissement même de ces fonctions, ou bien ce sont de simples développements de la proposition de saint Jérôme, comme nous en trouvons dan- Isidore de Séville, Bède, Alcuin, Amalaire, Hincmar etc.
su se faire donner encore l'ordination épiscopale par trois autres évêques italiens1. Sur l'Eglise de l'Afrique du Nord nous avons un témoignage indirect dans le schisme donatiste, puisque les schismatiques se refusaient à reconnaître l'évêque Cécilien, justement parce qu'il avait été sacré par un traditeur. Ils regardaient donc la consécration valide comme une condition indispensable pour l'exercice du ministère pastoral et pour la transmission du pouvoir d'ordination. Les orthodoxes étaient également de cet avis et ils cherchaient à établir que Cécilien avait été ordonné validement. Le concile d'Ancyre, qui fut tenu entre les années 314 et 318, dit dans son 18e canon. « Si des évêques élus ne sont pas acceptés par le diocèse pour lequel ils sont nommés et s'ingèrent dans d'autres diocèses, s'ils font violence aux évêques qui y sont établis ou soulèvent des troubles contre eux... il faut les exclure de la communion... Mais s'ils fomentent des divisions contre l'évêque du lieu, ils doivent être déposés et écartés de la dignité du sacerdoce. » Par conséquent les prêtres qui ont été élus évêques, mais n'ont pas encore été consacrés et trouvent des résistances dans les diocèses qui leur étaient destinés, peuvent rester comme prêtres dans leur diocèse d'origine, s'ils se contentent de leur dignité sacerdotale et ne font pas d'opposition à leur évêque. L'élection ne suffisait donc pas dans la pensée des Pères pour la dignité épiscopale et le pouvoir d'ordination. Nous voyons la même chose dans la conduite suivie à l'égard des évêques hérétiques et schismatiques. Si ceux-ci étaient validement consacrés, on considérait aussi comme valide l'ordination sacerdotale conférée par eux. Cependant ils n'avaient pu obtenir ce pouvoir par le fait de l'élection (l'élection faite dans une communauté hérétique ou schismatique n'était pas considérée comme valide) mais seulement par la consécration. A cet égard le concile de Nicée décida à propos des évêques et des clercs méléciens que lors de leur retour à l'Eglise leur consécration serait confirmée