Aug. De conjug. adult. I
épouse une autre et ainsi se produit le cas d'exception attendu, car l'adultère du côté du mari existe toujours dans le cas d'un second mariage. A l'examen des autres passages le sens ne peut être autre chez saint Matthieu XIX, 9 que ceci, à savoir que l'usage du libellus repudii, duquel le Seigneur parle, comme d'une chose connue, ne peut avoir pour conséquence dans le Christianisme une rupture du mariage ; c'est ce que démontrent même le précédent verset 8 et les suivants et ce qui n'est, en général, permis que sur des motifs pressants, comme dans le cas d'adultère.
Dans le second livre saint Augustin réfute les objections élevées contre la sévère doctrine de l'Evangile sur l'indissolubilité du mariage ; objections qui sont empruntées, pour la plupart, de la sensualité et montrent l'importance de l'indissolubilité pour l'ordre moral comme pour la grâce qui rend possible et plus facile l'observation des devoirs propres au mariage et même de la continence, après séparation ou dans le cas d'absence ou de maladie de l'un des conjoints. D'autre part, il fait dériver comme il a été déjà dit, l'indissolubilité du mariage, de son caractère sacramentel dans le Christianisme ; cette indissolubilité reste encore comme le caractère ineffaçable du baptême, même alors que quelqu'un aurait compromis par l'adultère la grâce du sacrement 4.
De la doctrine de l'Eglise romaine, nous avons les témoignages les plus décisifs dans les lettres des papes Innocent Ier et Léon Ier et de celle de toute l'Eglise nous avons les déclarations des conciles du ive et du ve siècle2, parmi les canons desquels le 48° compte parmi les apostoliques.
A l'époque patristique c'est à peine si dans la doctrine, on
1. Denupt. et conc. I, 10, 11 : Ita manet inter viventes quiddam conjugale, quod nec separatio, nec cum altero copulatio possit auferre. Manet autem ad noxam criminis, non ad vinculum foederis; sicut apostatae anima velut de conjugio Christi recedens, etiam fide perdita sacramentum fidei non amittit, quod lavacro régénéra tionis accepit. Cf. De conjug. adult. 11,5.
2. Ep. 6, c. 6, § 12 (éd. Constant p. 794) : De his etiam requisivit dilectio tua, qui interveniente repudio, alii se matrimonio copularunt. Quos in utraque parte adulteros esse manifestum est.
trouve sur cette question de l'indissolubilité du mariage en cas d'adultère quelque trace de divergence d'opinion. Mais à l'ombre des lois civiles des empereurs romains qui permettaient le mariage après divorce, une détestable coutume a pu s'introduire çàet là chez les chrétiens et plus encore dans l'Eglise grecque que dans la latine. A cette mauvaise coutume se rattacha plus tard clans l'Eglise grecque la tentative de la justifier comme un dogme et même d'interpréter en conséquence le passage de saint Matthieu V, 19. Cependant au ixe siècle cette doctrine erronée ne s'était pas encore établie chez les Grecs '.
Néanmoins l'indissolubilité du mariage n'est pas d'après les principes chrétiens tout à fait absolue. Peu à peu se sont introduits avec une netteté de plus en plus grande dans la doctrine comme dans la pratique deux cas d'exception dont le premier a été déjà indiqué et qui concerne autant le mariage chrétien que le mariage naturel2.
L'Apôtre permet (I Cor. VII, 12 et suiv.) à l'époux devenu chrétien de se séparer de l'époux resté païen, si la vie commune doit être nuisible au nouveau converti. Mais l'Apôtre n'accorde pas l'autorisation de contracter un second mariage, avec une clarté qui dispense de toute autre explication; il se borne en effet à dire que ce chrétien n'est plus esclave. Il conseille, plutôt à l'époux devenu chrétien, silapaix est possible, de continuer à vivre dans le mariage, et de travailler à la conversion de l'autre époux et à la sanctification des enfants. Ce conseil était dès les premiers temps du Christianisme d'autant plus opportun que par l'usage absolu de cette permission de l'Apôtre le Christianismese serait facilement donné des apparences d'une puissance révolutionnaire qui luttait contre le paganisme en brisant les unions conjugales existantes '\