‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 56 sur 480 · Orat · texte numérisé non relu

Orat

3. De dono pers. 49. Augustin n'a pas cité textuellement les paroles de Grégoire, parce qu'il dut se servir d'une traduction latine inexacte, niais le vrai texte de Grégoire es! aussi probant que la citation faite par Augustin.

communiquera, j'en suis sûr, car s'il vous a donné la première grâce, il vous donnera aussi la seconde1 ». Au début de son 21e sermon, dans lequel il loue saint Athanase, il fait découler les vertus de ce saint de la grâce divine, et les compare, elles et leurs fruits, au soleil et à ses influences sur la terre . « Le soleil éclaire le monde visible, Dieu le monde invisible ; le soleil rend l'œil sensible ensoleillé, Dieu rend les natures spirituelles divinisées 2 ; le soleil donne à ce qui voit la faculté de voir et à ce qui est vu, la faculté d'être vu, tout en restant lui-même la plus belle des choses visibles ; de même Dieu donne à ceux qui connaissent la faculté de connaître et à ce qui est connu la capacité d'être connu, tout en étant lui-même l'objet le plus haut de la connaissance, vers lequel tendent tous les eiîorts et au-dessus duquel rien ne s'élève. » Ailleurs, saint Grégoire nous montre Dieu comme le principe et la fin de tout bien 3. 3. Nous ne trouvons pas traitée spécialement, la doctrine de la prédestination chez les Pères grecs. Mais elle ressort de leurs propositions sur la grâce, sur l'action de Dieu dans l'œuvre de notre salut, sur Ja prescience divine ou sur la destinée, à laquelle toutes les choses du temps sont d'avance soumises. Dans un passage du 37e discours, saint Grégoire revient sur ce mystère. Il y combat les opinions des Gnostiques et des Manichéens, qui fondaient sur la nature même de l'homme les différences entre le bien et le mal. Saint Grégoire déclare au contraire, que nous possédons tous, par nature, le pouvoir de devenir bons. Celte capacité, ce pouvoir naturel, n'aboutit pas seul à sa fin ; la raison doit le mettre en activité et le diriger vers son objet précis, tout comme Ja pierre ne produit le feu, que si elle est frappée par l'acier. « Il faut justement entendre de la sorte, le texte de saint Paul aux Romains (9, 16) : ce n'est

i. C. 8. Cf. Orat. 45, 11.

2. Orat. 21, 1 : Kaî è /J.h ràc <7M//.aTi*à; o'éziç, rùiozioîîç, è ôk ràç voc^à; ^~£t;

3. Greg. JSaz. Orat. 6, 12 : lla^ ' ou (Osoû) x«Xw Shtoiv y.vÀ à.p%erat xv.l ei$ t£/c;

pas L'affaire de L'homme qui veut et qui court, mais du Dieu qui a miséricorde, s'il en esl (loin- qui aoienl si fiers de leurs actions bonnes, qu'ils s'en attribuent toul le mérite et n'eu témoignent aucune reconnaissance au Créateur, à Fauteur premier de toute sagesse, au dispensateur du bien, qu'ils apprennent par là. que le bon vouloir lui-même a besoin d'un secours, il y a plus, le choix même de ce qui est conforme au devoir esl quelque chose de divin, c'est un cadeau émanant de la Libéralité de Dieu pour les hommes. Notre salut doil être aussi bien l'œuvre de Dieu que la nôtre. Voilà pourquoi l'Apôtre a dit : «: Ce n'est pas l'affaire de celui qui veut, c'est-à-dire de celui qui veut seulement, non plus que de celui qui court seulement, c'est en même temps l'affaire du Dieu de miséricorde. Mais puisque le pouvoir même vient de Dieu, on attribue à bon droit le tout à Dieu. Vous avez beau courir et lutter, vous avez besoin de celui qui donne la couronne de la victoire ». Le décret de prédestination divine, présidera donc à la distribution de ces grâces, puisque c'est d'elles que dépend en tout ou enpartie même, le désir du bien. Mais Grégoire n'entend pas admettre par là. la prédestination et la réprobation absolues au sens de Calvin, il n'entend pas dire que le travail de l'homme, le jeûne, les veilles, les mortifications de toutes sortes, sont superflues. Ce sont ses propres termes. Après cette énumération. quand après s'être élevé contre la soi-disant inutilité de ces actes, il proteste formellement contre la distribution des destinées attribuées à un hasard aveugle. Quand le Sauveur dit (Mat th. 20, 23— Marc. 10, 40) : « 11 n'est pas en mon pouvoir de vous faire asseoir à ma droite et à ma gauche ; ce privilège sera donné à ceux à qui il est réservé », il faut suppléer ces mots, à ceux qui en seront dignes, c'est-à-dire à ceux à qui le Père, d'une part, l'aura donné et qui, de l'autre, l'auront mérité par leurs œuvres l. C. La doctrine de saint Grégoire de Nysse sur la grâce

1. Orat. 37, l.> : 0>. rc uvm votc&roi ■:> /tchov -v. v tcû Ttenpàs sûyffotviVf à//à

doit s'accorder avec sa doctrine sur le péché et la rédemp tion, que nous avons déjà exposée, et aussi avec son opinion sur la destinée finale de l'homme. Il ne faut pas attendre de lui une étude exacte des erreurs pélagiennes. Il y a cependant un témoignage en faveur de la généralité de la tradition de l'Eglise dans sa doctrine sur le caractère surnaturel de la prédestination et de l'Etat de grâce, ainsi que sur la nécessité de la grâce antécédente.

1. Son rôle de défenseur de la foi contre le manichéisme amena Grégoire à préciser la nature de la liberté morale, à attribuer à celle-ci la responsabilité du péché et une part dans l'acquisition de la vertu et de la félicité céleste. Il en arrive ainsi à expliquer le passage du chapitre deuxième de la Genèse, où il est question de la création de l'homme à l'image et à. la ressemblance (etV.wv x«è rWwo-t?) de Dieu, comme il suit : l'image de Dieu dans l'homme c'est la similitude, accordée dans la création même, d'après laquelle l'homme possède comme Dieu la raison, la liberté, le souverain domaine sur toute la terre ; la ressemblance avec Dieu est celle qui est acquise par l'effort moral, lequel conduit à la vertu *. Il ajoute aussitôt après que cette ressemblance avec Dieu et ce perfectionnement moral ne peuvent pas être réalisés par les seules forces humaines, mais sont subordonnés principalement à la grâce de Dieu. Cette grâce doit nous appartenir en propre par l'Evangile et notre caractère de chrétien, puisque dans le baptême et parle baptême nous attirons le Christ à nous et recevons l'empreinte de son image 2. Nous avons déjà vu plus haut, comment, d'après la doctrine de saint Grégoire, la ressemblance avec Dieu, don de la grâce divine, a été perdue par le péché

1. Greg. Nyss. Orat. 1. in vcrba : Faciamus hominem etc. (éd. Mignc XLIV, 273) : Tô fih z~ô y.zir:zi ïyopsj* zb Sk (S'j.oi'o'jCj) ïy. ~fjoy.tpi7z.oiz, yv.0op0où/j.-'j.

B* zft tt^&jtv} y.v.T<y.'7Y.EUYt GWJnC/.pysi h[j.ï'j zb y.v.z ' zi/.6'jv. y^yz-jr^Oc/x OsoO' Iy. —pov.ipi- 7soti 'ku.iv y.c/.zopOovzKt zb y.v/J ' Ofj.cto^i-j eivv.i Ozoû.

2. Ibid. : II&jç oSv ytvo/*50« x«0' èfioicaatv ; Atà râv Eùay/î/t'Mv. TY ê'ffTc ypizziv- •ji'71j.6^ \ @£GÛ oij.otMfJiç, y.u.zv. zb ho-.y6;j.ïJrsj Ki/8pa>TiOU ^itin. Et ccjzûz^'j) zb zivv.i ypifztv.vdç, i~z.iyOrlzi yevéada.i oij.oi'jz 0zo>, evSwoLt \pinzov. IT&ïç ûz svoûffyj è zb /3oc7rrc<7/Jt« y:/-, Xy.fîcâv ; è zb èvSvp.c zr,z v.'J)y.pr;iv.z ;j.rt Oz~v.[j.vjoz.

et doit rire rendue à l'homme par le baptême, s'il veut irer sa destinée sur la terre et prendre les moyens de se sauver1. La grâce de La ressemblance avec Dieu, telle qu'elle nous est donnée par le baptême comme une condition indispensable de la félicité future, est un cadeau divin-, qui nous a été obtenu par les mérites de Jésus-Christ et découle ainsi de la tête sur tous les membres, dans le but d'ennoblir la nature de l'homme et le ramener peu à peu à l'état primitif3.

Cette ressemblance consiste donc surtout en une participation spéciale à la bonté, à la justice, à la sainteté, même à l'essence de Dieu. Elle n'appartient cependant pas à l'intégrité de notre nature, bien plus elle reste accidentelle et dépend d'abord d'une prédilection particulière de Dieu. manifestée par l<i bienfait du baptême ; elle dépend ensuite, chez tous ceux qui ont l'âge de discrétion, de leur coopération et de leur préparation libre. Ce n'est pas seulement à. son origine qu'elle relève de la liberté*, mais encore chaque jour jusqu'à la un de cette vie, car tout péché mortel nous I;i l'ait perdre.

2. De même que notre union avec Dieu ne se réalise que si nous y sommes disposés et si nous l'avons voulue grâce à notre liberté, de même ce n'est qu'à nous que nous pouvons en attribuer la perte ou l'absence. Dieu n'endurcit pas le cœur de Pharaon dans ce sens qu'il le porta au mal par une influence positive ou qu'il l'y nécessita; loin de là ; il se contenta de L'abandonner, comme la lumière du soleil n'atteint plus celui qui s'est plongé dans une caverne profonde5. Dieu l'endurcit, pince qu'il ne voulut pas lui-même entendre les paroles qui auraient touché son cœur.

!.. Voir plus haul §58. — 2. Cat. magna c. 36.

3. Voir le passage cité plus haut § *is de l'Orat. in illud : Tune ipse filins, etc.

4. Greg. Nyss. De vita Moysis (éd. Migne XLIV, 344) : 'Em'sw '/ècpj-n&yt toù Xcr/ïu ri xxxov r, rà koù.ôv Trpoosty.virsvo$, 6 fis» svTtziQûi ~pi~ zo oh/./jii.vjvj ïyw» h

'Y't)~i Tf,'J OlCCUOlCO i'/l'-' ~'>> Si ivTtTÛ7T ^j; SlKASl/lél/ùi /.y). ;j:r, YJBttGf.O&%Q[XbKa TipO\ T/,v vs.-ljy. Tf,$ vj.rfjziv.z. ~,\j i y//;j 'j'y.''./ il fci, T.y.y '>ijn. z?,~ àtypoteti i r'/-::.

(3. Ibid. p. 348.

3. Pour atteindre sa fin et entrer dans la parenté de Dieu, l'homme n'a pas seulement besoin de l'infusion du principe de la grâce et de la vie, mais encore de l'assistance continue de Dieu, de la grâce actuelle, qui lui fera accomplir le bien. Saint Grégoire le prouve en partie au moins par la domination de la concupiscence depuis la chute. « C'est pourquoi, dit-il1, quand le désir du mal s'éveille clans nos âmes, nous n'avons pas besoin d'un aide, le péché s'accomplit assez de lui-même ; mais quand nous nous sentons inclinés au bien, nous avons besoin de Dieu, qui doit aider notre volonté à réaliser ce bien ». La véritable vertu chrétienne, comme au reste toute œuvre méritoire pour le ciel, est un produit de la grâce et de la liberté. « La justice des œuvres et la grâce de l'Esp rit- Saint, en rentrant ensemble dans l'âme, la remplissent de la vie bienheureuse ; si elles sont séparées, elles n'apportent aucun avantage à l'âme. La grâce de Dieu ne peut réussir à entrer dans l'âme qui fuit le salut ; la force de la vertu ne saurait élever au véritable idéal de la vie les âmes qui manquent de la grâce 2 ».

4. A l'époque de saint Grégoire de Nysse, il ne s'était encore produit aucune théorie hérétique sur les rapports intimes de la grâce actuelle et la production des bonnes œuvres. Suivant que l'on se propose d'exposer telle ou telle thèse, il y a à déterminer ce qu'il faut atteindre par cette opération de la grâce ou par cette activité de la liberté. Si on voulait parler de la justification, il était question d'un acte libre antécédent, c'est-à-dire de la préparation à un état de grâce élevé ; si on s'occupait d'une bonne œuvre en particulier, surtout une œuvre faite au commencement de la conversion, on ne négligeait pas de mentionner la grâce antécédente. Saint Grégoire ne passe pas, lui non plus, celle-ci sous silence. Il dit expressément que nous ne pouvons même pas prier de nous-mêmes, que c'est à Dieu de nous accor-

1. De orat. dominica, or. 4 (éd. Migne XLIV, 1165). L. Worter, Die christl. Lehre iïber das Verhaltniss von Gnade and Freikeit, p. 334. Cf. Orat. III (p. 1156).

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