‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 7 sur 480 · NATURE DE L HOMME · texte numérisé non relu

NATURE DE L HOMME

plus en plus en discrédit et ne fut presque adopté par aucun des Pères qui suivirent. Seul Nemésius, le philosophe1 et le poète Prudence2 se sont encore prononcés en sa faveur. En dehors d'eux on reconnut toujours de mieux en mieux combien cette opinion était en contradiction avec les doctrines cli ré tiennes et on la combattit expressément3. Parmi les idées origénistes indiquées par Justinien dans son décret de condamnation se trouvait celle de la préexistence de lïime humaine : elle fut condamnée au concile de Constantinople en 543 et vraisemblablement aussi censurée au cinquième concile dans le premier canon dirigé contre Origène et dans les autres qui le suivaient4.

d'accord avec la doctrine de l'Eglise qu'avec l'opinion commune? Au contraire. Toute la différence c'est que Vincenzi attribue à ce savant théologien doublé d'un grand philosophe idéaliste quelques trivinlités. Il y a en outre de très forts témoignages extérieurs en faveur du préexistentianisme d'Origène. Grég. de Nysse, un grand admirateur d'Origène comme en témoignent ses écrits, attribue le préexistentianisme à 1 auteur du Périarchon (De opif., hominis, cf. 28 et plus bas, p. 430) et il le combat: Cyrille d'Alexandrie, qui était très familier avec les différentes opinions théologiques, fait une longue el substantielle réfutation de ces erreurs (In Joan. I, 78 sqq.) tout en remarquant qu'elles sont contraires au dogme de l'Eglise, quoiqu'elles aient été adoptées par quelques-uns et appuyées même sur des passages de la Bible. Après l'époque d'Epiphane, de S. Jérôme et de S. Augustin, à peine est-il un Père qui se soit occupé sérieusement de cette idée erronée de la préexistence des âmes, sans nommer Origène comme son prin-ipal auteur. Saint Léon dit même (ép. 35, 3) qu'Qrigène a été justement condamné pour son préexistei.tianisme. Quand le cinquième concile, dans le xie canon de la huitième session, cite Origène au nombre des hérétiques et même après Eutychès, Vincenzi voit là une interpolation, ce que d'autres, il est vrai, avaient dit avant lui (pour le contraire cf. Héfélé Hisl. des conc. II (2e éd. 898), mais il va plus loin et pense que même les anathèmes répétés contre Origène aux vie, vu8 et vme conciles généraux n'ont aucune importance et doivent s'expliquer par une erreur des Pères, cf. iv. 106. Mais si un concile général peut se tromper sur des questions qui n'appartiennent pas» essentiellement à la foi et prendre un canon de Sardique pour un canon de Nicée, il semble bien étrange d'étendre l'erreur jusqu'à l'appréciation de l'hérésie ou de l'orthodoxie d'un auteur. i.Nemes. Denaturahom.c.2(J/^?ieXL,573).— 2.CathemcrinonX,161-168.

3. En dehors des passages cités p. 4, note 5, cf. Greg. Nyss. De anima et resurr. [Migne, XLVI, 125 sq.). Âug. De civ. Dei XI, 23. Fulyent.Ve ver. praed. et gr. Dei, III, c. 22.

4. Conc. Constantinop. a. 513 (cf. Héfélé II [2e éd.], 790 sqq., can. 1 adv.

L'opinion du traducianisme émise par Tertullien ne fut pas taxée d'erreur avec autant de décision par les Pères. Parmi ceux qui se prononcèrent en sa faveur, quelques-uns citent Rufin et Macaire ; d'autres, saint Grégoire de Nysse. Cependant aucun d'eux, le dernier surtout, ne peut être considéré comme un partisan décidé de cette opinion.

En ce qui concerne Rufin, saint Jérôme * cite, il est vrai, de lui, quelques paroles qui le feraient supposer ; mais tout ce que prouvent ces paroles, c'est que, pour lui, la question de l'origine de l'âme humaine est une question ouverte et que ni le traducianisme, ni le créatianisme ne sont ni seules ni exclusivement admissibles. Aussi il se réclame de Lactance en tant que défenseur du traducianisme, alors que lui-même est un partisan décidé de la création.

Avec Macaire, l'auteur égyptien des homélies, il en est à peu près de même, son adhésion au traducianisme est douteuse, car il se borne à dire 2 : « Les Pères sur cette terre engendrent leurs fils de leur propre nature, de leur corps et de leur âme (I* tou a-ùpaxoç aO-rwv xui tï)ç ^vxriç) ». Il déclare donc ici que l'enfantement de la nature comporte l'enfantement du corps et de l'âme ; mais la conception traducianiste n'est pas ici nécessairement supposée. Macaire peut bien n'avoir eu en vue qu'une collaboration de l'âme dans le fait de la génération.

Saint Grégoire de Nysse est cité par quelques-uns3

Orig. (Mansi IX, 396) : Ee' nç tvjv pj0cô§>? izpov'xup^L'j twv -^u^wv xat rr/v Taûryj E7ropsvv}v rspurdi^vj à7roxaTàaraa7v npsa^sûsi' àvâôs^a !ot&>. Cf. le décret du concile de Coastantinople de 543. (Mansi IX, 396) : 'H èxxlnvLtxToïç QeîoLç £7roj/ivv? lôyotç çpdcaxet tvjv ipy^vjv <7vviïriniovpyY)Qriv<xi tw GÛpuTi' y,aX où to pèv Tcporspov, to Se uctSjOOv, xaTa Tyjv 'Qpiys'vouç ^jOevojSXâjSstav.

4. Adv. Ruf. II, 8 : Legi quosdam dicentes quod pariter cum corpore per humani seminis traducem etiam animae diffundantur : et baec quibus poterantassertionibus confirmabant: quod puto inter Latinos Tertullianum sensisse vel Lactantium fortassis et nonnullos alios. Alii asseruut quod formatis in utero corporibus Deus quotidie et faciat et infundat. . . Ego vero cum haec singula legerim (Deo teste dico), quia usque ad praesens certi et definiti aliquid'de hac quaestione non teneo.

Page 1