Expos. Kvang. sec. Luc. X. 8<t
o. In Ps. 1!8, S'rno 19, :; .
mières lueurs du Christ ». Saint Ambroise accentue son opinion dans l'explication de ce passage de saint Paul aux Romains (9, 15, 16) 1 : « La persévérance ne tient pas aux efforts de l'homme ; c'est l'affaire du Dieu des miséricordes, que vous puissiez parfaire ce que vous avez commencé ».
On ne peut pas tirer de ces passages ni d'autres semblables une preuve rigoureureuse en faveur des doctrines semipélagiennes. Dans le premier, qui a trait à l'illumination de l'âme par le soleil de justice, nous sommes amenés à penser aussitôt à l'illumination opérée parla grâce sanctifiante. Dans le dernier, il ne dit pas que nous avons commencé le bien de nos propres forces, il affirme seulement et d'une manière expresse qu'une grâce particulière est nécessaire à la persévérance dans le bien. On peut même prétendre, comme nous l'avons fait en étudiant d'autres Pères, que la grâce chez les adultes n'opère d'ordinaire ses effets, que si elle tombe sur un sol bien préparé et que si elle rencontre une volonté bien disposée. Avec cette supposition que saint Ambroise peut bien avoir sous-entendue comme d'autres Pères, l'initiative accordée à l'œuvre surnaturellement bonne, revient de droit à la grâce. Tout ce que l'homme s'efforce de réaliser avec sa seule volonté relève du domaine naturel du bien. Si quelques Pères en ont fait l'impulsion première vers le bien, puisque la grâce ne peut agir qu'avec le concours de la volonté, c'est qu'ils réservaient cependant toujours à la grâce le commencement du bien surnaturel. Ceci devait être précisé avec d'autant plus de netteté plus tard contre les semipélagiens.
8. Saint Ambroise est en parfait accord avec les autres Pères sur la question de la grâce habituelle et de la dignité qu'elle restitue à l'homme. Il compte parmi les effets du baptême, non seulement le pardon des péchés symbolisé
4. la Ps. 148, sermo 10, 35 : Forte dicas : ergo non debemus vel velle vel currere ; atqui négligentes Deus deserere consuevit. Non ergo hoc dicit : sed quid dicat consideremus. Non volentis neque currentis hominis perseverantia est ; non est enim in hominis potestate ; sed miserentis De: est, ut possis complere, quae coeperis. Cf. In Ps. 118, sermo 12, 16, 17.
par l'immersion dans la piscine, mais encore la régénération à une vie nouvelle. « Nous avons été marqués par l'Esprit de Dieu : De même que nous mourons dans le Christ pour renaître, de même nous sommes marqués du signe de l'Esprit-Saint, pour que nous puissions garder son éclat, son image et sa grâce : c'est en effet en cela, que consiste le signe spirituel... Qui peut donc prétendre que le Saint-Esprit est distinct du Père et du Fils, comme Dieu, puisque c'est de lui que nous recevons la ressemblance avec Dieu, puisque c'est par lui, comme le dit saint Pierre, que nous participons à la nature divine * ? » Saint Ambroise s'efforce donc comme les autres Pères, de tirer une preuve de la divinité du Saint-Esprit de ses opérations mêmes. Sa conclusion est juste, puisque la justification est plus qu'un simple effacement du péché, puisqu'elle est une œuvre proprement divine, puisque par elle nous sommes participants de la nature divine et de l'union avec Dieu, puisque nous sommes élevés à un état surnaturel. La grâce, qui devient notre propriété, peut bien n'être qu'une chose créée et finie, ce à quoi elle nous donne droit, ce qui nous sanctifie n'est pas une chose créée, c'est Dieu lui-même.
A côté de la grâce créée, nous recevons comme un donum, le Saint-Esprit lui-même, qui, en tant que Dieu, habite personnellement en nous 2. Le Saint-Esprit vient en nous comme le Père, parce que où est le Père, là est le Fils ; où est le Fils, là est aussi le Saint-Esprit. Le Saint-Esprit ne vient pas seul et à part. Il ne vient pas d'un lieu dans un autre, sa présence s'étend, comme son œuvre, de la préparation du monde au salut de la rédemption, de la grâce de la vivification à la grâce de la sanctification, de sorte qu'il
4. Ambras. De Spir. s. I, 6. 79, 80. Cf. ib. III, 10, 68 : Spiritus enim nos j>er adoptionem filios l>ei fecit, sacri fontis uoda nos abluit, sanguis Domini nos redemit.
2. Ambras. De Spir. s. T. 8, 95 : Similiter autem ut credas id quod effunditur, cum creaturis non posse esse commune, sed spéciale divinitatis ; etiam et Filii nomen eiïunditur, sicut babes : Unguentum exinanitum est nomen tuum.
opère le passage du terrestre au céleste, de l'ignominie à la gloire, de la servitude à la domination * ».
9. Si saint Ambroise admet la coopération de la volonté libre de l'homme dès le commencement même de l'œuvre du salut, à combien plus forte raison devait-il l'exiger pour la continuation de cette œuvre ! C'était déjà indiquer la vraie notion du mérite. Saint Ambroise assigne la vie éternelle, comme récompense de nos mérites. « Voilà pourquoi l'Apôtre dit encore (Rom. 8, 29) : Il n'a prédestiné que ceux qu'il a prévus ; il n'a pas prédestiné d'abord et prévu ensuite ; non, il a prévu les mérites (mérita) et il a prédestiné alors la récompense2 ». La grâce est, elle-même, l'objet de notre mérite sur terre3 . Nos bonnes œuvres n'obtiennent pas leur caractère méritoire pour le ciel, ni la grâce, de ce que la liberté les a produites. Quoique la liberté soit une condition essentielle du mérite, c'est encore la grâce qui est le fondement. Nous n'accomplissons des actes vraiment méritoires pour le ciel, qu'avec le secours et la force de la grâce. Dieu ne récompense que ses dons4.
Le chrétien ne puise donc pas dans la doctrine du mérite, des motifs de présomption et d'orgueil, et l'Apôtre lui-même, qui avait plus travaillé que les autres, rapportait tout à la grâce de Dieu5. Il en est du caractère satisfactoire de nos bonnes œuvres, comme de leur caractère méritoire. La sainte Ecriture demande trop clairement à l'homme, la pénitence comme coopération ou disposition, pour obtenir le pardon de ses péchés, pour que saint Ambroise professe une autre doctrine. Mais, d'après lui, cette pénitence n'est