Ambrot. Enarr. in Ps
§ 65 (Suite) Saint Jérôme
Dans les deux premières parties de Y Histoire des dogmes saint Jérôme (364-420) n'a pas été plus spécialement étudié que saint Ambroise, parce que, pas plus que ce dernier, il n'a pris une part prépondérante aux controverses dogmatiques traitées dans ces deux parties. Il doit plutôt son titre de docteur à ses travaux d'exégèse. Il ne possédait pas cette profondeur de pensée, ce talent de spéculation, qui sont nécessaires à l'étude des questions dogmatiques, que saint Augustin, son contemporain, révéla au plus haut degré, et, grâce auxquels il laisse dans l'ombre, bien loin derrière lui, tous les autres Pères. Dans les dix dernières années du ive siècle, il prit part à la lutte contre Jovinien et Helvidius sur quelques questions importantes de morale et de dogme, sur les privilèges de l'état virginal, sur la virginité de Marie, contre Vigilantius sur la pauvreté volontaire. Au commencement du ve siècle, nous le trouvons mêlé aux controverses sur Origène par suite de ses rapports tendus avec Rufin. Au soir de sa vie enfin, il rompt une lance avec les Pélagiens dans sa lettre à Ctésiphon et dans ses trois livres du Dialogus c. Pelage. Ces derniers écrits n'ont pas, pour l'histoire des dogmes, la valeur des ouvrages similaires de saint Augustin contre le Pélagianisme. L'erreur n'y est point attaquée dans ses thèses fondamentales avec des armes aussi bien fourbies, il ne découvre pas aussi clairement et sous tout son jour la relation des questions étudiées avec l'ensemble de la doctrine chrétienne. Saint Augustin accomplit excellemment cette double tâche.
1. Saint Jérôme mentionne bien, mais sans le réfuter en détail, le point fondamental de la doctrine pélagienne, à
i. Migne, P. L. XXIII, 495 sqq.
savoir que la grâce divine ne consiste pas dans l'assistance accordée par Dieu à l'homme, mais dans les forces morales qui lui viennent de la création même1. La sainte Ecriture s'exprime trop souvent et trop clairement, dit-il, sur la nature de l'assistance de la grâce, qui précède, accompagne et parfait l'acte libre de l'homme, pour qu'au point de vue biblique, le moinde doute puisse subsister sur la question.
Il cite quelques passages de l'Ecriture (Rom., 9, 16. 1 Cor., 4, 7. Prov., 1, 24). Il fait bien ressortir que le Pélagiaiiisme par sa doctrine déiste, qui brise toute union intime :avec Dieu, anéantit le sentiment religieux chez l'homme, constitue celui-ci à l'état de monade indépendante qui, séparée de Dieu, ne peut que se dessécher comme une citerne sans eau. La doctrine de Pelage rend la prière inutile et fait de l'homme doué de liberté, un être absolu, se suffisant à lui-même, indépendant de Dieu et trouvant en lui toute sa destinée 2.
2. Jérôme s'est surtout attaché à combattre cette conclusion pélagienne, à savoir que l'homme, s'il le veut, peut vivre sur terre sans péché. Les Pélagiens faisaient dériver cette doctrine de l'idée de liberté. Si celle-ci est le pouvoir, disaient-ils, de choisir entre le bien et le mal, il faut que l'homme ait aussi la faculté de choisir le bien et d'éviter le mal dans chaque cas et toujours, sans qu'aucune grâce de Dieu lui soit nécessaire à cet effet. Le raisonnement, que notre docteur leur oppose, n'est pas toujours probant. Il ne veut pas contester qu'il soit possible à l'homme de vivre sans crime et sans vice {sine vitio, xaiua)3; mais rester sans péché (sine peccato, àvapà^Tov) c'est le propre de Dieu
i. Il fait dire (C. Pelag. I, b) au pélagien Critobolus : Quomodo in céleris creaturis conditionis ordo servatur : sic concessa semel liberi arbitrii potestate, nostrae voluntati omnia derelicta sunt. Cf. Ep. 133 ad (Ctesiphontem), 6 : Fraudulenter praetendis Dei gratiam, ut ad conditionem hominis referas, et non in singulis operibus auxilium Dei requiras.
2. Hieron. Ad Ctesiph. 5 : Istiusmodi homiûes tollunt orationeni ; et per liberum arbilrium non homines propriae voluntatis, sed Dei potentiae facto» se esse jactant, qui nullius ope indigent.