‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 83 sur 480 · De moribus Man. II · texte numérisé non relu

De moribus Man. II

2. Les anciens ne sont pas d'accord, bien plus ils se contredisent souvent sur les actes et la destinée de Mani. On distingue les sources occidentales, c'est-à-dire les Pères latins et grecs et les sources orientales. Les premières nous viennent surtout des actes de la discussion de l'évêque Archelaùs de Kaskar (278 après J.-C.) avec Mani. (Archelaus, Actu disputationis cumManete.) Epiphane nous a conservé quelques détails émanés des Pères grecs. (Haer. 66.) le texte latin fut d'abord imprimé par Zaccagni (CollecL monum. vet. eccl. Roma. 1689, in-4°) puis, dans Gn.\\.(BlbL Patrum, vol. III; Routh, Rel. sacrae, IV, 119 et suiv.) Les sources orientales sont les renseignements fournis sur Mani par Grégoire Abalpharadosh, (Hist. dynast. p. 82) et autres écrivains arabes. On a longtemps discuté pour savoir auxquelles de ces sources il fallait donner plus de foi, depuis que Isid. de Beausobre, dans son Hist. crit. de Manichée et Manichéisme (Amst. 1734. à 1739. 2 vol.), donna ia préférence aux sources orientales, tandis que Valsch (Ketzerhistorie, I, 694 et suiv.) chercha un moyen terme. Flûgel a encore indiqué une nouvelle source: Mani, seine Lehren und seine schriften d'après le Fihrist drAbulfaradosch Muhàmmad (Xe siècle après J.-C.) Leipzig 1862.

3. L'année 277 est indiquée par Eusèbe (Chron. éd. Schône, II, 183). Walsch donne d'autres indications (loc. cit. page 724 et suiv.).

eut'"]'.' phis dans les écrits des Pères, qui eni reprirent de le combattre. Le premier de- ses adversaires esl sans contre&àl sain! Augustin*. D'autres Pères nous donnent encore des détails sur les erreurs manichéennes ou nous les mentionnent; ce sont saint Cyrille de Jérusalem, Epiphane {Ilaer. 66), Philastrius (De haeres.), Théodoret et Photius.

1. Le manichéisme eut de commun avec le gnosticisme et le parsïsme le principe dualiste : il opposa cependant encore plus étroitement les deux êtres absolus et ne se contenta pas de concevoir le principe du mal comme une matière morte, il en fit un principe spirituel qui eut pour corps les ténèbres et la matière. Le Dieu bon au contraire possédait un royaume de lumière et était entouré d'éons engendrés par lui de toute éternité. Dans ce royaume régnait la paix et la félicité, dans l'autre le trouble etla discorde2. Les Manichéens avaient introduit ce dualisme pour expliquer la présence du mal dans le monde ; nous montrerons dans la suite si ce but fut atteint. Par là cette erreur s'opposait au monothéisme, qui est la plus pure expression de la vérité religieuse et repoussait également le dogme chrétien de la Trinité. Certains manichéens ont bien eu la prétention de retenir au moins le terme de Trinité. Ils ont admis à côté du Père, qui habite le royaume inaccessible de la lumière, un Christ qui trône dans le soleil et les étoiles, et un Esprit viviûcateur, dont l'air est le corps. Mais c'était là une trinité bien différente de la nôtre. Elle ne se réalisait en Dieu que par une émanation qui l'épuisait; à côté des deux éons primitifs on en admettait plusieurs autres. Il manquait à ce système l'idée du vrai Dieu, du Dieu absolu, spirituel, simple, etc.. De même l'idée du mal et du péché ne subsistait plus dans toute son exactitude par suite du dualisme.

2. Gomme le manichéisme ne pouvait pas s'élever de luimême jusqu'au dogme de la génération substantielle et de

1. De duabus animabus c. Man., Libri M3 c. Faustum, De natura boni, C. Secondinura. C. Adimuntum Man. discip. etc. c2. Cf. Aug. De haer. 46.

l'homousie du Logos avec le Père, non plus qu'au dogme de de la Trinité, il ne put pas se faire à l'idée d'une création produite du néant. Il ne connut qu'une formation du monde ; il applique même à la vie divine et au développement de la formation du monde la conception d'un certain mélange physique empruntée au monde matériel. Des éléments du royaume de la lumière sont entrés en combinaison avec d'autres du royaume des ténèbres et de ce mélange est sorti le monde actuel. Dans un combat les éons du royaume des ténèbres dépassèrent leurs frontières et conquirent quelques parties de l'homme primitif, un fils du « Jésus apaUMlis », un éon1, que le Dieu le plus élevé avait fait émaner de sa substance, et qu'il avait chargé de repousser les mauvais éons2. Le prince du royaume des ténèbres rassembla les parties de lumières conquises et les communiqua à sa postérité, à Adam, qui avait reçu en luimême le corps, l'âme sensible et la concupiscence du royaume du mal, et qui tenait du royaume de lumière les âmes raisonnables de toute la race humaine3. Pour reconquérir les parties de lumières perdues, le Dieu bon lit organiser par l'esprit vivant (ç«v m/sOpa) le monde actuel4, dans lequel sont mêlés les éléments des deux royaumes, de sorte que cependant les éléments de lumière prédominent dans le soleil et les étoiles et ceux des ténèbres sur la terre.

3. Ce qui donnait encore au gnosticisme une . certaine teinte de christianisme, c'était l'idée de rédemption, si défigurée qu'il la conservât. Le manichéisme devait l'adop-

i. Cf. C. Faustum XX, 1 sqq.

2. C. Faust. II, 3 : Sed videlicet doctissimi komines, profertis nubis ex armario vestro nescio quem primum hominem qui ad gentem teûebrarum debellandam de lucis gente descendit, armatum aquis suis, contra inimicorum aquasetc... c. 4 : IIujus primi hominis filium credi vultis Dominum Jesum Christum. Cf. De natura boni 42. De actis cum Felice Manichaeo I. 49.

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