‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 86 sur 480 · Aug. De nat. boni. c. Man · texte numérisé non relu

Aug. De nat. boni. c. Man

Après ce combat et après cette défaite, le principe du bien ne peut plus être considéré dans le manichéisme que comme un être fini, variable et sujet au mal *.

2. Le mal ne se caractérise pas partout comme un être, une substance, encore moins comme une substance absolue, ainsi que le prétendent les Manichéens ; partout au contraire il se manifeste comme quelque chose de négatif, comme un manque, un défaut, une corruption dans un être bon2. C'est ici manque d'ordre, là de beauté, plus loin de bonne organisation intérieure, ailleurs de forme extérieure. L'être lui-même auquel s'attache le mal, reste toujours bon avec son essence, son action, ses propriétés3. Si toutes les choses bonnes découlent du Dieu bon dans la mesure même où elles sont bonnes, de l'aveu même des Manichéens, il en résulte que tout ce qui a l'être, tout ce qui peut être appelé une nature, relève par ce seul fait du Dieu bon, comme de la cause première et en aucune façon, pas même partiellement, du principe mauvais4. Les Manichéens ont encore moins de raison de faire dériver du royaume des ténèbres l'âme inférieure et sensible de l'homme, qu'ils appellent la seconde âme à côté de la première, qui est l'âme raisonnable. L'âme est cependant bien supérieure dans l'échelle des êtres à toutes les choses auxquelles nous attribuons seulement l'être; elle appartient en effet à l'intelligible, qui n'est

1. Ibid. c. H : Jam vero quod ipsam partem naturaeDei dicunt ubique permixtam in caelis, in terri?, sub terris, in omnibus corporibus, siccis et humidis, in omnibus carnibus, in omnibus seminibus arborum, herbarum, hominura, animalium ; non potentia divinitatis sine ullo nexu incoinquinabiliter, inviolabiliter, incorruptibiliter omnibus rébus admioistrandis regendisque praesentem, quod nos de Deo dicimus ; sed ligatam,oppressam, pollutam, quam solvi, liberari purgarique dicunt, non solum per discursum solis etlunae et virtutes lucis, verum etiam per Electossuos.

2. Ibid. c. 4: Malum nihil aliud est quam corruptio vel modi vel speciei vel ordinis naturalis.

o. Ibid. c. 4. 6.

i. Ibid. c. 19 : Ac per nos sicut ab illo est omne quod booum est, sic ab illo est omne quod uaturaliter est ; quoniam omne quod naturaliter est, bonum est. Omnis itaque natura bona est, et omnebonum a Deoest:omnis ergo natura a Deo est.

pas perçu par les sens el ne peut être embrassé que parla connaissance de l'esprit ; elle est donc plus parfaite que le soleil, la lune et les étoiles/. LYune humaine même souillée par le mal, un esprit tombé sont plus parfaits de leur nature que les objets de la perception sensible2. Il ne s'ensuit pas que le mal qui se trouve dans les créatures raisonnables, que le manque de vertu ou le vice, parce qu'ils sont quelque chose d'intelligible, soient plus parfaits que les choses perceptibles de la nature. Le mal ne peut pas être mis en parallèle avec les êtres substantiels qui existent réellement. Les défauts des êtres de telle nature peuvent seuls être comparés à ceux des êtres d'une nature différente et il convient de concéder que les défauts des êtres spirituels sont plus grands et plus considérables que ceux des objets sensibles, parce que la bonté qui manque aux premiers est autrement élevée et parfaite. « Quand nous disons : ceci n'est pas de l'or, cela n'est pas la vertu, quoique entre l'or et la vertu, la différence soit grande, il semble que nous n'établissions pas de distinction entre ces deux négations . Cependant c'est un plus grand mal de manquer de vertu que de manquer d'or; aucun esprit réfléchi n'en doute. Cette différence d'estimationne ressort pas des négations qui se valent, mais des choses comparées dont la valeur n'est pas la même . Autant la vertu l'emporte sur l'or, autant le manque de vertu est plus privatif que le manque d'or. Puisque donc les choses intelligibles précèdent les chosesperceptibles, nous supportons bien moins volontiers un défaut dans les choses intelligibles que dans les choses sensibles, car nous mesurons moins la valeur des choses aux défauts qu'elles entraînent, qu'aux avantages dont elles nous privent. » Tel est l'avis de saint Augustin3.

Le mal ne s'attache donc qu'à une nature bonne ; il a le bien pour fondement et condition, il ne peut être lui-

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