‹ Histoire des dogmes (volume 3)Chapitre 96 sur 480 · De gr. et lib. arb. c · texte numérisé non relu

De gr. et lib. arb. c

actions libres, et les mérites des hommes, et, se basant sur cette prévision il a destiné les bons à la béatitude éternelle, et les mauvais aux éternels châtiments. Il n'y a donc du côté de Dieu, aucune prédestination, ni à la vie future, ni même à la grâce, la prédestination dépend absolument de la prévision des mérites, et non des mérites vrais, acquis dans le domaine de la grâce, mais seulement des mérites moraux naturels au sens des Pélagiens1 ; elle se confond presque avec la prévision divine des mérites. Ils n'admirent point une réprobation de toute la race par suite du péché originel ; le décret d'éternel salut ou de damnation éternelle ne doit être porté par Dieu que par suite de la prévision des mérites ou des démérites personnels de l'homme; ce motif seul doit l'inspirer. Ils trouvaient donc injuste la condamnation de tous à cause du péché d'Adam, aussi bien que l'élection de quelques-uns sans considération de leurs mérites personnels. Néanmoins à l'occasion de la doctrine des effets du baptême chez les enfants, ils furent obligés d'admettre une certaine prédestination imméritée, et saint Augustin leur reprocha maintes fois leur inconséquence. Puisque en eifetle baptême concède aux enfants le droit d'expectative au royaume du ciel et la pleine participation aux bienfaits de la rédemption c'était vraiment une libre prédestination de Dieu qui a fait appeler cet enfant au baptême et non point cet autre.

B. Pour présenter dans un ordre logique renseignement de saint Augustin sur la grâce, il faut mentionner ici, à côté du Pélagianisme2, et exposer au moins clans ses 'grandes lignes l'erreur semipélagienne2, puisque saint Augustin a écrit contre ces deux hérésies ses derniers traités De praedestinatione » et « De dono perseverantiae ». Sa doctrine sur la grâce et sur la prédestination en particulier, qu'il avait développée très à fond, même d'une manière pénétrante dans son traité « De correptione et gratta » n'avait

1. De praed. ss. c. 18. 19. C. duas epp. Pelagg. II, T. Ep. 194, 8.

2. Le terme « semipélagien » ne remonte qu'au moyen âge, S. Prosper parle seulement de « reliqùiae Pelagianorum. »

L'ERREUK PÉLA6IENNE 151

pas été accueillie partoul avec faveur. Même débarrassée, à la suite des demandes <l<v> moines d'Àdrumète, des conséquences qu'on en lirait à tort, elle avail scandalisé les monastères du midi de la Gaule en particulier et jeté le désarroi parmi les théologiens. Deux laïques, partisans déclarés de sainl Augustin, Prosper ' et Hilaire, en font foi dans Jeux lettre- écrites en 428 (Ep. 226-227, dans la collection des lettres de saint Augustin, imprimées avant les traités mentionnés plus haut sur le semipélagianisme). Ils ne désignent nominativement que les fauteurs du semipélagianisme et disent expressément qu'ils ne font que rapporter les appréciations orales de quelques théologiens du midi de la Gaule. La suite de l'histoire du semipélagianisme nous laisse Lien deviner à qui on faisait allusion. C'étaient les moines des monastères de Marseille, en particulier de celui de Lérins, où l'opposition aux doctrines mal interprétées de saint Augustin était presque universelle. Parmi ces opposants se trouvait, alors au moins, saint Cassien2, abbé des deux monastères de Marseille. Après la mort de saint Augustin il fut combattu par saint Prosper à cause de certains de ses écrits, en particulier de la 13e conférence.

i. Prosper surnommé l'Aquitain, était né dans l'Aquitaine, vers l'an 400 aprèf J.-C, il vécut sur les bords du Rhône et dut être initié à la théologie augustiaienne par Hilaire, dont la vie nous est encore plus inconnue. C'est encore ce même Prosper, qui combattit saint Cassien dans son écrit « Contra Collatorem sive de gratia Dei et lib. arb. liber » et qui composa le livre « Responsiones ad capitula calumniantium » etc.

2, Cassien dont on ne peut déterminer sûrement la nationalité était cependant de l'Occident. Il reçut sa première éducation chrétienne dans un cloître de Bethléem. Il partit ensuite avec son ami Germain pour visiter les mo.ia.>tères d'Egypte (390-397 après J.-C). Il se rendit alors de Bdthléem, ou il était revenu, à Coustantinople, 400. Il vécut là à côté de Chrysostome et quand celui-ci fut exilé, Cassien se chargea d'une mission auprès du pape Innocent Ier. En 415, nous le retrouvons à Marseille remplissant les fonctions d'abbé de deux monastères. C'est là qu'il composa, les 42 livres « De insti tutis cernobiorum » les 2i livres « collationes patrum » et les" livras de « de Incarn. Chr. ». — Wiggers dans son Versucheiner prag' mat. Dantellung des Scmiprl^ 1883, page 30, place avec raison, la composition des collations de 128 ii 432 et la réfutation de la 13e collation par saint Prosper dans le livre (contra collatorem) en l'année 432.

Pour le moment nous n'avons à nous occuper que de l'objet de ce récit et de quelques propositions que saint Augustin combattit comme semipélagiennes. Elles sont au nombre de trois.

1. Ces théologiens du midi de la France trouvaient arbitraire et répugnant à la sagesse et à l'amour de Dieu le décret absolu affirmé par saint Augustin qui prédestine les uns au bonheur et les autres à la damnation; ils voyaient là une nécessité fataliste et l'erreur manichéenne de l'opposition physique du bien et du mal dans la nature humaine1. La liberté de l'homme devait même, à leurs yeux, être le facteur principal de la destinée éternelle et dès lors subsister dans l'autre vie. Mais cela ne pouvait avoir lieu que si on attribuait le commencement du'bien ou la décision première, à la volonté libre, c'est-à-dire à l'homme et non à la grâce, opérante en elle-même. L' ainitium fidei », les soupirs de l'âme après la délivrance du péché devaient n'appartenir qu'à l'homme. Ils comparaient l'homme déchu à l'homme précipité dans un puits profond, qui doit saisir la corde qu'on lui tend, à un malade qui doit prendre les remèdes et soupirer après la guérison2. Ils faisaient alors appel à quelques passages de la sainte Ecriture (Matth. 11, 28), aux mérites de Corneille avant son adhésion à la foi 3. L'effort d'Augustin devait donc aboutir à montrer l'inanité de l'activité morale en dehors de la grâce1.

2. Comme le commencement du bien la persévérance finale dans la grâce doit aussi être l'œuvre de la volonté humaine et non une grâce spéciale5.

3. La doctrine de la prédestination était déjà bien adourée par les limites tracées à la grâce et le choix des grâces était resserré dans les bornes des mérites prévus de l'homme. Dieu à prévu de toute éternité l'activité déployée par l'homme antérieurement à la grâce, ses dispositions pour la recevoir et son effort pour la conserver. D'après cette prévi-

Page 1