Prosp. Ep. c. 5. — 4. Ibid. c. 6. — 5. Hilar. Ep. c
l'erreur pélagienne 153
sion se détermine [a prédestination ou la réprobation. Mais pour la prédestination des enfants baptisés par l'effet d'une prédilection de Dieu, ils ne purent trouver de mérite; ils appelèrent alors à leur aide la prévision des futurs conditionnels. Dieu avait accordé le baptême, pour les appeler à lui, aux entants qu'il avait prévus devoir, s'ils avaient vécu, opérer ïinitium Jldei et s'assurer la persévérance, ou mieux Dieu leur avait accordé le baptême parce qu'ils avaient adhéré au commencement de la foi et obtenu la persévérance; dans le cas contraire, il les avait privés du baptême. Il en avait été de même dans la vocation des peuples à la foi. Dieu avait, disaient-ils, décrété de toute éternité de leur accorder la grâce de la manifestation de l'Evangile, parce qu'il avait prévu qu'ils croiraient à la prédication de l'Evangile. Les nations, en qui il n'avait pas reconnu ce conditionnel futur, il les avait privées de cette grâce. C'était faire un usage exagéré de la prévision que Dieu a des conditionnels futurs (appeléeplustard parles théologiens scientia média), que d'établir l'activité libre de l'homme comme un motif de mérite, mieux encore comme le seul fondement déterminant de la prédestination.
Les théologiens du midi de la Gaule ne se contentèrent pas de faire les protestations orales, dont parlent Prosper et Hilaire; ils continuèrent après la mort de saint Augustin, (430), leur lutte doctrinale dans des écrits contre l'enseignement de notre docteur sur la prédestination. Nous ne trouvons cependant pas partout leurs thèses principales exprimées dans toute leur vigueur. On s'opposait aux développements doctrinaux de saint Augustin, parce qu'on ne les trouvait pas d'accord avec ceux des Pèresprécédents et qu'on ne leur attribuait une influence déplorable sur la vie morale. Nous parlerons plus loin de ces théologiens, des élèves de Gassien et des principaux moines du monastère de Lérins.
§ 68 L'état primitif et le péché d'Adam d'après saint Augustin
Nous avons plusieurs fois signalé l'importance des opinions de saint Augustin pour l'histoire des dogmes à l'époque patristique. Sa doctrine sur la grâce lui a mérité une place encore plus remarquable parmi les autres Pères, car il fut le premier à traiter dans ses écrits cette question ex'professo contre les Pélagiens et à l'expliquer dans toutes ses parties constitutives et ses œuvres ont en outre servi de fondement à tous les systèmes théologiques sur la question de la grâce.
A. Il n'y avait aucune divergence entre la théologiecatholique et les Pélagiens sur la question des biens naturels que l'homme possédait dans l'état primitif, mais les différences étaient d'autant plus grandes sur la question des privilèges introduits par la grâce dans ce môme état primitif.
Le Pélagianisme les niait dans leur ensemble. Il appartenait donc à saint Augustin de les justifier en détail, aussi bien ceux du corps que ceux de l'âme.
1. C'est d'abord l'immortalité du corps. La sainte Ecriture considère la mort du corps comme une punition du péché, et les Pélagiens s'efforcent en vain d'interpréter tous les passages (surtout celui de l'Epître aux Rom. 5, 12, 14) en les entendant d'une mort de l'âme. La vérité biblique, que la mort n'était pas originairement voulue de Dieu, est confirmée, dit saint Augustin, par la peur naturelle et les angoisses de la mort1. Elle paraît du reste être en contradiction avec la destinée éternelle de l'homme. Mais l'immortalité du corps n'était point pour cela essentielle à la nature de l'homme dans l'état d'innocence. Le corps était alors aussi un vase fragile de sa nature. Il n'aurait été préservé de la mort que