‹ Histoire des dogmes (volume 4)Chapitre 3 sur 108 · SITUATION DE L'ÉGLISE AU XVI® SIÈCLE · texte numérisé non relu

SITUATION DE L'ÉGLISE AU XVI® SIÈCLE

«ssor et produisit une si riche et si précieuse littérature, que jamais efflorescence semblable ne s'est reproduite dans aucun autre pays, surtout si on tient compte du peu de durée de cette période et de la petite population de ce pays. Cet élan tout à fait extraordinaire fut provoqué en Espagne par la puissante et durable impulsion de l'autorité royale ; mais Ximenès aussi, comme représentant de la royauté, et avec sa protection, arriva à de grands résultats dans la réforme et le renouvellement de la vie ecclésiastique. Tout cela eut sa répercussion sur les rapports du gouvernement royal avec l'Eglise et avec son chef, alors surtout qu'en Espagne s'établissait l'opinion que le pape devait beaucoup de privilèges à l'Eglise d'Espagne et que Tardent catholicisme espagnol était autorisé à imprimer, sur bien des points, une direction et à réclamer une certaine autonomie ; ce qui ne veut pas dire qu'il y eut là une menace pour la pureté du dogme ou l'unité de l'Eglise.

B. La situation politique de l'Italie ne subit pas à la fin du moyen âge de modification essentielle, si ce n'est que l'Etat de l'Eglise se consolidait de plus en plus et s'émancipait sans cesse davantage de la tutelle de l'empereur. Par lui les papes furent forcés à des alliances avec les autres Etats italiens et avec les princes étrangers. A Naples et en Sicile^ la puissance espagnole s'était consolidée, ce qui était un obstacle et une difficulté à un bon gouvernement de ces pays si richement dotés par la nature. Dans l'Italie centrale, la Toscane, avec Florence pour capitale, jouissait d'une liberté républicaine et d'un grand éclat dans le domaine des sciences et des arts dont les Médicis se firent les Mécènes. Dans l'Italie du Nord, la république de Venise était la plus puissante ; elle avait cependant dépassé l'apogée do sapuissance et de son éclat; la découverte de la route des Indes-Occidentales par le cap de Bonne-Espérance entraînait tout le commerce sur

les côtes de rOoéan et ['éloignait de Venise. La république fut parfois en lutte avec les papes et parfois aussi en alliance avec eux. Dans les autres états du Nord de l'Italie, à Milan, Modène, dans le Piémont, la Savoie et dans la république de Gènes, où depuis longtemps l'empereur exerçait la suzeraineté, il disputait maintenant dans de longues guerres cette suzeraineté aux rois de France.

D'ailleurs les sciences et les arts parvinrent en Italie, durant le XVP siècle, à un éclat remarquable ; aussi ce siècle a-t-il mérité par excellence le nom de siècle de la Renaissance.

Le besoin d'une réforme des mœurs, et d'une réforme du clergé , privé d'établissements d'instruction nécessaires, se faisait sentir aussi en Italie ; mais ici il ne se traduisit pas par une aussi vive opposition contre l'autorité ecclésiastique que dans les autres pays où Rome prélevait plusieurs impôts et se réservait de nombreux bénéfices. Les tentatives de Réforme ne se produisirent pas en Italie ni en Espagne avec l'appui de la puissance temporelle; c'est qu^'il n'y avait pas là un puissant pouvoir central qui s'étendît à toute l'Italie ; et, d'autre part, les constitutions républicaines, à cause de leur caractère changeant, mobile;, se prêtaient difficilement ou même se refusaient à une réforme si énergique et si durable. D'est dans ces conditions que commencèrent à la fin du XV® et au commencement du XVP siècle, sur divers points des états du Nord de l'Italie, différentes tentatives de réforme. Celle de Savonarole à Florence échoua complètement. Emporté par son zèle passionné pour la réforme des mœurs et encore plus excité par les scandales publics de la cour pontificale d'Alexandre VI, il éblouit le peuple par ses rêveries, ses prétendus prodiges et ses prophéties. Il se jeta dans les mouvements des factions, s'attacha au parti du roi de France contre le pape et Venise et essaya de pousser le roi à convoquer un concile général sans le pape et contre le pape. Pour ces tentatives schismatiques il fut condamné par l'in-

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quisition, livré par celle-ci aux magistrats de Florence, qui le firent brûler, le 23 mai 1498 (1).

La renaissance de la littérature théologique n'eut lieu en Italie qu'au XVI^ siècle; Gajetan, le célèbre commentateur de saint Thomas, termina dignement le moyen âge.

G. La France, qui en 1515 avait eu en François P"^ un roi puissant et belliqueux, se consolidait de plus en plus à l'intérieur pour se constituer en monarchie absolue. Au dehors elle cherchait sans cesse à étendre ses frontières ; elle acquérait Gènes et Milan en Italie, tandis qu'elle refoulait de plus en plus les Anglais vers le Nord. En France, plus que partout ailleurs, était répandue la théorie de la supériorité des conciles sur le pape, les concordats des papes avec les rois (1517) l'affaiblirent. Le roi, de son côté, se désista de la Pragmatique Sanction et obtint, en compensation, le droit de nomination à tous les évêchés. En théologie, l'Université de Paris exerçait toujours une grande influence; mais dans la seconde moitié du XVP siècle, l'éclat de la théologie passa peu à peu de Paris à Salamanque, en Espagne, nous verrons plus loin comment. Quant à faire défection à l'Église, la France n'offrait pas pour cela un terrain favorable ; l'unité bien établie du royaume, et la ferme organisation de l'Église en France, que la puissance royale avait intérêt à maintenir, ne permettaient pas une rupture complète avec l'Église que maintenait la nation.

D. En Allemagne, l'empereur Maximilien fit des tentatives,d'ailleurs couronnées de succès, pour établir une constitution plus étroitement unitaire étendue à tout l'empire et assurer la paix publique contre le droit du plus fort, par Torganisation de la chambre de justice impériale. Il divisa aussi tous ses états en dix cercles, pour assurer l'exécution des décrets de cette chambre, et aussi pour la répar-

(1) Cf. Kaynald, ad a. 14U, n. 10 sjq. et Junomann, Dissert, in H. E, Tome VI, p. 4'. 5.

tition des charges et des contingents de troupes en cas de guerre (1). Mais au fond l'empire demeurait partagé en sept principautés auxquelles se rattachaient une foule de duchés avec des droits de souveraineté assez étendus, des villes libres et autres domaines ecclésiastiques et séculiers, tous jaloux de conserver et d'étendre leurs droits. Un centre solide et qui dirigeât tout manquait en Allemagne ; par suite, une exécution vigoureuse de la réforme, comme en Espagne, était difficilement possible, quoique à diverses reprises, Charles-Quint en eût fait l'essai. Chaque état, chaque dynastie particulière prit les devants, en suivant diverses voies, et les nouveautés ecclésiastiques ne trouvaient en Allemagne un terrain favorable que quand elles secondaient les droits immédiats de souveraineté des princes.

Pourtant, de divers côtés, on se mit à travailler à la réforme de la discipline ecclésiastique. Les religieux surtout en furent l'instrument : grâce à la fondation de nouveaux couvents, grâce à leur union réciproque par dessus les frontières des princes séculiers, il n'était guère possible de leur créer de sérieux obstacles. L'ordre bénédictin fut ainsi renouvelé au XV^ siècle, et c'est de Bursfeld que partit la réforme. Soixante-quinze couvents du nord-ouest de l'Allemagne se rallièrent à cette congrégation réformée.

Envoyé par Rome, Nicolas de Gus entreprit un voyage à travers l'Allemagne, pour pousser dans les couvents à l'œuvre de la réforme. Ceux qui se distinguèrent le plus furent les Frères de la vie commune, c\u\,dM XV*" siècle^avaient formé dans les Pays-Bas une nouvelle congrégation. Ils s'adonnaient surtout à la mystique et à l'ascétisme, mais aussi à la prédication et à l'enseignement, sans négliger l'humanisme. A cette congrégation appartinrent Jean Ruysbrock, Geert Groot, et Thomas a Kempis ; c'est à elle encore que se rattachent, ou du moins c'est de ses écoles

(1) Cf. Jansskn. Geschichte des deutschen Volkes. 1. p. 55î et suiv.

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que sortirent, les humanistes Rodolphe de Langen à Munster, Agricola, Hegius à Deventer, Werner Rolewinck à Cologne, Jean de Dalberg à Worrns, Jean Tritenheim à Sponheim, Ulrich Zazius à Heidelberg, Sébastien Brant et Geiler à Strasbourg, Heynlin de Stein à Baie, Reuchlin à Tubingue, surtout Erasme de Rotterdam (1). De 1456 à 1506 il ne fut pas fondé dans l'empire moins de neuf Universités nouvelles : Greifswald, Bâle, Fribourg, Ingolstadt, Trêves, Tubingue, Mayence, Wittenberg et Francfortsur-lOder.

Quelle fut la générosité, la puissance et la vivacité du sentiment religieux chez le peuple allemand du XV*^ siècle, les édifices religieux élevés à cette époque dans toutes les contrées de l'Allemagne l'attestent clairement. On peut bien affirmer que la plupart des églises qui existent actuellement dans l'empire datent de cette époque. C'est le temps où la bourgeoisie sortit partout de son obscurité ; elle agrandit les villes ou en fonda de nouvelles, s^appliqua à l'industrie et aux manufactures, releva le commerce et la navigation, et employa les richesses et les ressources ainsi acquises à élever et à embellir les églises. A cette époque appartiennent une foule de monuments inoubliables, parmi lesquels se placent au premier rang les cathédrales de Ratisbonne, Ulm, Augsbourg, Munich, Fribourg, un grand nombre d'églises à Francfort, Mayence, Cologne, Trêves, et, dans le centre et le nord de l'Allemagne, à Lubeck, Brunswick, Dantzig (2) etc. En même temps que l'architecture, la peinture avec ses maîtres de premierordre, Mêmeling, Holbein, Durer, la peinture sur verre, la fonderie de bronze et la sculpture atteignirent une splendeur sans é gale, qui malheureusement, par suite du funeste schisme du XVP siècle et des guerres du XVIP, qui en furent la

(1) Voir Janssen, l. c. p. 72 et suiv.

(2) Nous devons renvoyer aux ouvrages qui s'occupent de la construction des églises dans les diverses contrées de l'Allemagre. Cf. Ja>sskn Z. C. p. 130 et suiv.

conséquence, fut suivie d'un recul qui a retardé d'un siècle la culture intellectuelle de l'Allemagne.

On travailla aussi avec zèle à ranimer chez le peuple le sentiment religieux. Pour relever l'enseignement de la parole divine, il fut fondé dans les grandes villes des places de prédicateurs. L'imprimerie fut utilisée, elle aussi : grâce à elle on répandit les écrits religieux, les traductions des livres saints, des catéchismes, des livres de prière etc.

Quand donc les historiens protestants veulent expliquer le cours différent de l'histoire de l'Eglise en Espagne et on All6magne,oùelleaboutit,aucommencement du XVI« siècle, à la séparation d'avec l'Eglise, quand ils prétendent expliquer cette marche différente par la différence de caractère des peuples romans et des peuples germains et ajoutent queces derniers ont pénétré plus intimement dans le caractère du Christianisme et ont par là en se séparant de l'Eglise catholique, résisté à cette tendance de l'Eglise à devenir trop extérieure (1), rien n'est moins justifié. Une grande pirtie, peut-être la plus grande partie de la nation germanique, surtout au sud et à l'ouest de l'Allemagne, est demeurée fidèle à l'Eglise, et c'est elle qui dans les temps modernes, dans les différents domaines de la vie ecclésiastique, de la science et de l'art, a donnié le ton au catholicisme. Seule cette partie de la nation germanique qui, située au centre et au nord de l'Allemagne, avait embrassé le Christianisme;, ters l'an 1000, s'engagea dans la voie ouverte par les réformateurs du XVI® siècle, en se séparant de l'Eglise commune. Et ce n'est pas elle qui a embrassé le Christianisme avec plus d'ardeur et qui l'a manifesté dans la pratique de la vie. Où trouver les preuves de cette prétention ? Est-ce dans la désolation des églises protestantes qui, dans les contrées entièrement protestantes, sont bien occupées aux jours de concert ou de représentations publiques,

Ainsi Maurenbrecher : Geschichte der kathoiischen Refoj'mation. Nordlingen, 1880, p. 75.

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mais qui en dehors de ce temps ressemblent, par leur vide, à de froides salles de spectacle ? Est-ce encore l'éloignement dans lequel se tient le peuple à l'égard de ses prédicants ? ou bien le protestantisme a-t-il produit un grand nombre de ces hommes, qui, parleurs sentiments vraiment chrétiens et leur vie modèle, ont été un objet de vénération pour le peuple ? Tels sont la plupart des saints que l'Espagne, l'Italie et la France ont donnés au XVP et au XVn® siècle. Sainte Thérèse, saint Jean de Dieu, saint Jean de la Croix, saint Ignace, saint François-Xavier, saint Philippe de Néri, saint François de Sales, saint Vincent de Paul, etc., tels sont à l'horizon de la vie religieuse les astres auxquels le protestantisme ne peut rien opposer qui puisse, même de loin, leur être comparé.

Non ! cette partie de la nation germanique qui a suivi le drapeau de Luther n'a pas saisi plus vivement le Christianisme ; elle s'est contentée de séculariser la vie religieuse, en jetant par-dessus bord les fonctions sacerdotales et pastorales des chefs des communautés religieuses et chrétiennes, en même temps que l'enseignement infaillible de l'Eglise ; elle a cherché et pris un point d'appui en dehors de la société chrétienne fondée par les Apôtres. A cette émancipation et à cet éloignement du royaume de Dieu fondé par le Christ et les Apôtres, dans lequel, selon le mode et Tordre déterminés par lui, se continuent l'enseignement, le sacerdoce, et le pastorat du Christ, à cet éloignement s'ajoute la sujétion de la société religieuse à la puissance de l'Etat, au moins dans son organisation extérieure. Pour les sociétés religieuses nouvelles, elles ont gagné à cela, il est vrai, que l'Etat leur a assuré l'existence pour un temps plus long, mais elles en sont aussi venues avec l'Etat à des rapports, qui sont tout autres que ceux que le Christ a déterminés pour son Eglise. Par contre, au XVP siècle, l'Église d'Espagne surtout, par l'intense ardeur de son christianisme, a donné dans la multitude des grands saints, fondateurs d'Ordres et missionnaires, que

nous avons nommés, un tout autre exem pie. De même, dans la partie de l'Allemagne du Sud et de TOuest, restée fidèle à l'Eglise, la réforme de la vie ecclésiastique, selon les prescriptions du concile de Trente, fit peu à peu de tels progrès et prit une telle extension, que c'est là précisément que le Christianisme apparut dans toute son intensité. Dans l'autre partie de l'Allemagne, au contraire, c'est le dépérissement et l'extinction du Christianisme aussi bien dans la théologie que dans le culte et la vie morale. L'essai de réforme du XV^ siècle avait été insuffisant; il n'avait eu qu'un bon commencement, la preuve de son insuffisance est dans les réclamations répétées des diètes du XVP siècle, comme par exemple de celle de Nuremberg (i) (1522).

E. Les Pays-Bas et la Suisse sont ici étroitement liés à l'Allemagne. Les premiers qui, avec leurs nombreux duchés et comtés, avaient été durant des siècles dans des rapports de dépendance avec l'empire allemand, étaient venus à l'Autriche, comme pays de la couronne par le mariage de l'empeur Maximilien avec Marie duchesse de Bourgogne, et après la mort de Philippe le Beau, fils de Maximilien, étaient échus à son petit-fils Charles Quint. Ce dernier déjà maître de l'Espagne et de l'Autriche, fonda, comme empereur d'Allemagne, une monarchie universel^, sur laquelle le soleil ne se levait ni ne se couchait. Les villes des Pays- Bas étaient arrivées, par le commerce et Tactivité de leurs habitants, à une telle splendeur et une telle richesse qu'elles possédaient tous les moyensnécessaires d'éleverdemagnifiques églises. Rien d'ailleurs ne fut épargné dans ce but. G'està peine si on peut trouver ailleurs un pays d'aussi petite étendue aussi riche en monuments religieux de premier ordre que la Belgique ; il suffit de rappeler les églises de Liège, Louvain, Anvers, Bruxelles, Bruges, Gand. Seulement la division du pays en diocèses laissa beaucoup à

(1) Cf. DiTTRicH. Zur Geschichte der Cathol. Reformation in Hist» Jahrbuch, 1884, p. 355 et suiv»

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désirer. Tandis que plusieurs contrées se rattachaient à Cologne et à Trêves, les autres évêchés, spécialenaent celui de Liège, avaient trop d'étendue. Le successeur de Charles- Quint, Philippe II, qui était en même temps roi d'Espagne, y avait remédié par une nouvelle créai ion de diocèses, qui fut approuvée par Paul IVenl559 : les P<iys-Pas étaient divisés en quatorze évêchés et étaient dotés en partie par les riches abbayes qu'ils renfermaient. Seulement la domination espagnole n'était pas très acceptée des habitants de ces pays. Les fonctionnaires espagnols, peu sympathiques à ce peuple dont le caractère leur était étranger, n'avaient que de l'aversion pour ses goûts de liberté et d'autonomie. A tout cela vinrent se joindre la nouvelle division des diocèses et l'occupation de plusieurs siègesépiscopaux par des Espagnols. Toutcelane fltqu'augmenter le mécontentement. Les idées de réforme trouvèrent ici un terrain favorable, elles firent corps avec les goûts du peuple pour l'indépendance et la révolte contre la domination espagnole.

La Suisse s'était déjà depuis longtemps séparée de l'Allemagne, et avec ses treize cantons elle s'était formée en confédération et en état indépendant. De là vient que les Suisses, dans les nombreuses guerres d'alors entre laFrance et l'Allemagne, s'alliaient tantôt d'un côté tantôt de l'autre, et leurs troupes servaient en qualité de mercenaires tour à tour l'un et l'autre parti. Mais à l'intérieur la Suisse était un terrain favorable aux nouveautés ecclésiastiques et religieuses; car ses cantons isolés et indépendants se sentaient soutenus contre les puissances catholiques. Ainsi Zurich, Genève, Baie et Berne furent pour les nouvelles idées de Zwlngle, Calvin, ^Ecolampade, de bons champs d'expérience.

F. La Grande-Bretagne, il est vrai, n'a pas pris par ses théologiens une grande part à l'histoire des dogmes aux temps modernes. L'Angleterre et l'Ecosse furent entièrement enveloppées dans la révolte contre l'Eglise ; l'Irlande,

demeurée catholique, dut employer toute son énergie à conserver sa foi et à se garder contre les persécutions. Mais, quand on considère l'état florissant de l'Eglise dans ces contrées durant le moyen âge, et la part qu'elles eurent dans le mouvement religieux du XVP siècle, il importe de compléter parce pays le tableau religieux de l'Europe chrétienne au XVP siècle.

Pendant le XV^ siècle, la puissance royale avait subi une éclipse en Angleterre; sauf Calais, elle avait perdu toutes ses possessions continentales. Mais en 1507 Henri VIII arriva au trône, et il régna assez longtemps, jusqu'en 1547, pour assurer à ses maximes de gouvernement une influence durable sur l'organisation de l'Etat. Ses efforts et ceux de son ministre Wolsey, pour relever les sciences et restaurer les deux universités d'Oxford et de Cambridge, ne furent pas sans mérite. Au commencement de l'agitation religieuse de l'Allemagne, il écrivit contre Luther, pour défendre les sacrements, et il mérita par là le titre de « Défenseur delà foi ». Mais la sensualité futchez lui plus forte que tout, et elle Tentraîna à se séparer de l'Eglise. Ne pouvant obtenir du pape la dissolution de son mariage régulier avecson épouse, Catherine d'Aragon, pour épouser une dame d'honneur de celle-ci, Anne de Boleyn, il le fit déclarer dissous par l'archevêque Granmer gagné à sa cause, et il fit proclamer par Cromwell, nommé son vicaire général, la séparation de TAngleterre d'avec Rome en 1534. Il s'arrogea ensuite la nomination à tous les sièges épiscopaux et rendit des décisions sur la doctrine et le culte.

Son successeur, Edouard VI (1547-1553), continua cette politique : il publia, en 1549, le rituel et la profession de foi de l'Eglise anglicane. Sous la reine catholique Marie (1553- 1558), il y eut une courte interruption dans cette politique ; mais elle fut reprise et poursuivie avec une grande dureté et une grande cruauté par la reine Elisabeth (1558 1603), qui succéda à Marie. Quand elle voulut exiger de tous les ecclé-

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