CHAPITRE I
Erreurs des réformateurs et décrets du concile de
TRENTE sur LA JUSTIFICATION ; ARTICLES DE FOI QUI SV RATTACHENT.
Errenrs anthropologiques de Luther et des autres réformateurs sur la justification, la grâce, la liberté, le péché.
La première période de l'histoire des dogmes se déroule principalementsur le terrain de Tanthropologie et de L'écolesiologie ; c'est là encore que vont prendre leur développement les erreurs des réformateurs du commencement du XVP siècle. Aucune hérésie encore n'avait obtenu autant de succès dans la chrétienté, ni ne s'était assuré une si longue persistance au cours des siècles. Le premier phénomène s'explique par l'accord où ces erreurs se trouvaient avec les
tendances de ce temps et le second par l'intime mélange des sociétés religieuses et des pouvoirs politiques que produisirent l'affaiblissement des États en Allemagne, en Suisse, dans les Pays-Bas et ailleurs et qui se fortifièrent et grandirent en s'unissant à ces nouvelles sociétés religieuses.
En ce qui concerne le courant du moment, il s'était formé au cours du XV^ siècle, notamment chez le peuple allemand, un vaste mouvement de désaffection contre la papauté, comme contre toute Porganisation extérieure de l'Eglise ; il se manifesta par un appel universel à laréformation de l'Eglise dans son chef et dans ses membres. Ce mouvement s'était déjà fait jourdans les plaintes élevéesdans lesassemblées politiques contre les abus de l'Eglise. Ces mécontentements, n'ayant pas reçu de satisfaction^, grandirent encore. Par le mélange intime de l'autorité religieuse et de Tautorité civile, tel qu'il s'était produit, notamment en Allemagne, tout le côté extérieur de la vie sociale était devenu si vigoureux quelesélémentsenluttepour le libre développementdeleurs forces trouvèrent partout obstacle et arrêt dans ce qui existait. Au commencement, la plus grande partie des mécontents ne voulaient que la suppression des abus réellement existants et une réforme de l'état des choses dans un sens chrétien ; mais les excitations passionnées de plusieurs provoquèrent une puissante fermentation dans tout le peuple, si bien que plusieurs redoutèrent un renversement général de l'ancien ordre de choses. Il arriva seulement qu'un hardi démagogue se plaça à la tête du mouvement et entraîna la multitude à la rébellion, en l'appelant à secouer le joug d'une autorité impatiemment supportée. Sans doute, entreprise à temps et auparavant, une réforme des conditions politiques et sociales des Etats aurait pu apaiser peu à peu ce mouveme.it. Le développementde la nation allemande aurait eu alors un cours plus ferme. Mais tel ne devait pas être son sort. 11 se trouva un homme du peuple qui sut s'imposer par sa parole vigoureuse et puissante et qui ne se fit aucun scrupule de lancer la torche et de mettre le feu à une vaste matière in-