ERREURS ANTHROPOLOGIQUES DE LITIIER
flammable, pour détruire tout ce qui s'opposait à un courant de plus en plus séducteur. Par là l'histoire du peuple allemand était lancée sur un terrain plusieurs fois foulé et il perdait tout d'abord la situation et l'influence qu'il avait jusqu'alors eues parmi les nations chrétiennes, comme étant le plus fort et le maître souverain.
A. Cet homme fut Luther, né en 1483 à Eisleben en Saxe. L'histoire des dogmes doit principalement exposer ses erreurs. Malgré leur affinité avec les tendances du moment etles aspirations dupeuple, elles ne se seraient répandues ni si vite, ni si loin si un homme comme Luther ne les avait prêchées avec son éloquence extraordinairement puissante et populaire et ne les avait fait pénétrer dans tous les milieux populaires, grâce à l'imprimerie récemment découverte. Ajoutez à cela son cœur ardent et sa vive sympathie pour une réforme de l'état religieux et pour toutes les conditions de la vie, ce qui fit de lui un des hommes les plus populaires dans la plus grande partie de la nation allemande pour plusieurs siècles et en tout cas un des plus puissants tribuns populaires. Sa doctrine, il l'avait empruntée en grande partie à Wiclef et à Huss et aux autres hérétiques, et c'est seulement peu à peu, par une séparation graduelle d'avec l'Eglise, qu'il forma son système, qui fut modifié à diverses reprises par ses amis et ses contemporains, notamment par Mélanchton, dans son manuel théologique, Loci communes^ et qui reçut différentes nuances dans les divers symboles des protestants. Déjà Bossuet devait, pour donner un tableau des croyances protestantes, composer une histoire des variations de la doctrine protestante ; les protestants, notamment Planck (1), en ont fait autant plus tard ; et ceci est encore plus nécessaire pour notre temps depuis que la doctrine protestante est complètement détruite quant aux articles de foi.
(1) Geschichte der Enstehung, der Verânderungen und der Bildung unseres protestantischen Lehrbegriffs. Leipsig, 1799.
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Lorsque Luther se fut nettement et complètement séparé de l'Eglise catholique, il était deux principes — on les a appelés plus tard la principe formel et le principe matériel — auxquels il ramenait son sytème doctrinal et par lesquels il le distinguait essentiellement de la doctrine catholique; les autres thèses s'en dégageaient comme conséquences, ou interprétations. Le principe formel consistait à rejeter l'autorité de l'Eglise et de la tradition et à établir que TEcriture sainte suffisait comme l'unique source des vérités chrétiennes, le principe matériel était constitué par une théorie particulière de la justification ; pour cette théorie, Thomme doit être justifié et sauvé uniquement par la foi aux mërites du Christ et leur attribution à sa propre personne. Cette dernière question appartient spécialement à la troisième partie de l'histoire des dogmes. Luther chancelait déjà dans d'obscures incertitudes avant de se séparer de TEglise : ce système fut tout particulièrement formé par lui et fut le résultat d'un travail intime de sa vie personnelle. Mais il fut accepté par les autres réformateurs, parce que l'esprit du temps, l'opposition contre TEglise et contre son influence, les conditions dujsalut de chaque homme réagirent sur lui sous une forme pratique.
Moine Augustin, Luther n'avait pas trouvé dans sa vocation le repos intérieur; le contentement ni l'observation de la règle de son ordre n'avaient pu l'amener par Tacèse extérieure à dominer sa nature passionnée. Il en vînt à se représenter la nature humaine comme incorrigible et il s'imagina qu'il ne pouvait être assuré de son salut que par une attribution purement extérieure des mérites du Christ et par la foi jointe à une confiance absolument sûre en cette attribution. Luther s'était longtemps occupé de telles pensées avant son apostasie , mais elles n'arrivèrent à prendre nettement corps chez lui que quand il fat entré en lutte avec l'Église sur les indulgences et sur les œuvres satisfactoires qui s'y rattachaient, car il regarda d'abord ces dernières comme inutiles puis