ERREURS ANTIIROPOLOGIOLES DE LUTHER
l'Eglise, pai' l'adhésion immédiatede chacun au Christ, sans l'intervention de l'Eglise avec son autorité doctrinale, sacerdotale et pastorale. S'émanciper de l'autorité de l'Eglise visible, telle était l'idée qui donnait son unité au principe forniel (1). Les chefs du mouvement cherchaient à donner à ce principe une couleur religieuse et ils renchérissaient dans Texposé des doctrines de l'Eglise ; dans la peinture, poussée au noir, de l'état accidentel de l'organisme ecclésiastique, dans lequel il y avait sans doute bien des parties pourries et qui par la permission de Dieu succombaient, afin que l'Eglise ne succombât dans un état pire etne devînt la proie de la langueur avec ses éléments sains.
B. A côté de Luther se produisirent parmi les rénovateurs de l'Eglise, au XVP siècle, Zwingle (2) et Calvin. Ils furent eux aussi les chefs des réformés ou de la confession réformée, en groupant autour d'eux leurs adeptes, sous ce nom.
Pour les principes généraux ils étaient d'accord avec Luther; leurs points de différence ne portaient principalement que sur des détails dans la théorie de la justification et de la cène. Sur ces deux points il se produisit aussi même chez les Luthériens des controverses et des conceptions différentes ; plus encore sur le premier point que sur le second. Des trois éléments de la justification (§ 24) il en était deux, la sanctification positive et la libre coopération de l'homme, qui furent contestés par Luther ou entendus d'une façon erronée. Sur ces deux points il se produisit diverses divergences : les uns voulaient en garder plus d'éléments, les autres moins. On ne put arriver à une conception claire et unique. Zwingle, né le 1^' janvier 1484 à Wildhaus en Toggenburg, fut le réformateur de Glaris, Ein-
(1) Cf. NÉANDER. Dog. Gesch. II. 214. Les deux (le principe formel et le principe matériel) viennent à s'unir dans ce fait que le Christ historique est la seule source du salut, à l'opposé de l'Eglise, qui sert d'intermédiaire pour le salut et la connaissance du salut. »
(2) Les écrits ont été tous édités par Gualhter 15i5 et s.
sildenetZurich.il suivit à peu prèslamêmevoie que Luther; cependant il s'éloigna encore plus de l'Eglise dans sa théorie sacramentaire. Mais en se séparant de Luther dans la théoriedelajustification,ilneputarriverà un ensemble systématique. Il niait d'un côté toute dette attachée au péché originel et ne l'entendait que comme une maladie morale, au même titre que la concupiscence, l'égoïsme (1). D'autre part, il admettait une prédestination absolue et même le supralapsarisme(2) ; cependant il adoucissait lanécessité de la doctrine de la foi pour la justification en supposant le salut et une certaine foi possibles même dans le paganisme. Après la mort de Zwingle (1531), Calvin (né en 1509 à Noyon, mort en 1564 à Genève) prit la tête du parti des réformés. Il n'exerça pas cependant assez d'influence pour que toutes les confessions de foi dans les divers pays acceptassent toutes les thèses calvinistes, dans tous les points accessoires, et se rattachassent étroitement à Calvin. Le caractère principal de sa doctrine fut la prédestination absolue et elle n'a pas même été adoptée telle quelle par tous les réformés. Mais il la présente, de la façon la plus intransigeante, dans son ouvrage des Institutiones. Il nereconnaît à l'homme qu'une liberté nominale de la volonté, en comprenant par là Texemption de toute contrainte extérieure, mais non de toute nécessité interne. Il admet même expressément celle-ci, en enseignant que Dieu, dont il identifie la prescience avec la prédestination,exécute avec une puissance irrésistible ledécret du salut ou de damnation conçu detoute éternité et opère par l'homme le bien comme le mal, y compris le premier péché d'Adam (3). Comme signe de prédestination, Calvin ne compte pas seulement l'absolue certitude d'obtenir la justification, mais le fait d'appartenir au nombre des prédestinés (4). Delà la supposition que les prédestinés ne peuvent plus pêcher gravement, mais seulement les réprouvés.
(1) De peccato originali declaraiio ad Urbanum Rhénium (0pp. III, 627.)
(2) De providentia c. 6. — (3) Inst. III, 21. — (4) 76. c. 2.