HISTOIRE DE LA THÉOLOGIE DANS LES TEMPS MODERNES
l'incrédulité croissante, défendre les vérités de la foi contre toutes les attaques, en même temps qu'elle doit les enseig-ner et les expliquer.
Aux deux premières exigences, la science théologique des temps modernes, surtout en Espagne, s'est efforcée de répondre entièrement ; aussi, pour l'histoire des dogmes au temps modernes, les théologiens espagnols jusqu'au milieu duXVIP siècleoccupentlapremière place; ilsavaientdéjàeu aussi au concile de Trente une prépondérance très marquée avec, entre autres. Lainez, Melchior Cano, Soto, Garranza, Salmeron etc. •
1. Cette fécondité et cet éclat unique de l'Espagne dans l'histoire de la théologie a eu son point de départ dans l'Université de Salamanque. Bien qu'elle n'ait pas^ comme l'Université de Paris au moyen âge, attiré les étudiants de toutes les nations de 1 Occident, cette école s'est acquis pourtant par la valeur de ses théologiens une renommée universelle, comme Paris au moyen âge, et elle a été nommée, à bon droit, l'Athènes de l'Espagne. Salamanque avait déjà obtenu lors de sa fondation par saint Ferdinand, en 1243, un « studium générale » et au concile de Vienne, en 1310, elle avait été désignée à côté de Paris, Bologne et Oxford, comme la quatrième des grandes Universités. Elle obtintsa faculté de théologie de l'antipape schismatique Benoît XIII (1). Mais ses célèbres professeurs de théologie lui obtinrent une renommée universelle au XVPsiècle^ et elle l'a conservée jusqu'au milieu du XVIP siècle. Le restaurateur de la théologie à Salamanque fut François de Vittoria,le père de la Néo-Scolastique. Il était né, en 1488, à Vittoria ; il fit d'abord ses étudesen théologiechez les dominicains de Burgos ; ensuite de 1505 à 1522 il alla chez les dominicains de Paris où le néerlandais Pierre Grockart l'initia à l'étude de saint Thomas. Gefutle cardinal d'Amboise, ministre de LouisXlI, quiappela de Hollande à Paris, pour la réforme des couvents,
(1) Voir Denifle, Universiidten. Tom. I. p. 480 et suiv.
ce fameux dominicain (i). Après être revenu en Espagne comme licencié en théologieet avoir enseigné quelques années à Valladolid, François de Vittoria obtint, en 1526, une chaire de théologie à Salamanque ; il la conserva jusqu'en 1544 et rassembla autour de sa chaire un cercle nombreux d'élèves brillants. C'est lui qui prit pour base de son enseignement la Somme de saint Thomas, au lieu du livre des Sentences ; il donna ainsi une direction nouvelle non seulement aux Dominicains, mais aussi à la plupart des autres ordres qui avaient leurs collèges à Salamanque ; il en existai t alors trente-quatre. Aussi c'est seulement au XVI' siècle que saint Thomas obtint la considération qu'on lui devait dans l'enseignement de l'Eglise, et une autorité qu'aucun autre maître n'a encore jamais eue dans l'enseignement de la théologie. François de Vittoria tint compte aussi des exigences de son temps, il évita les discussions et les questions subtiles, les formes stéréotypées et désormais inutiles de la Scolastique du XV" siècle. Par contre il fit grand cas du fondement positif des dogmes dans la sainte Ecriture et la tradition : il songea aussi à la clarté, et à l'amélioration du latin, en même temps qu'aux erreurs protestantes. C'est lui encore qui introduisit à Salamanque la méthode usitée à Paris, de dicter, au moins en partie, les leçons aux écoliers. Bien qu'il n'ait pas fait imprimer ses leçons, dont la plupart existent encore en Espagne en manuscrit,il a cependant par lui-même et par ses élèves exercé une grande influence pour la réforme de la théologie qui s'est étendue bien au-delàdes limitesde l'Espagne. Ce furent des Jésuites, anciens élèves à Salamanque, qui portèrent de Salamanque dans les Universités d'Allemagne et de Rome la méthode d'enseignement de P. de Vittoria. Grégoire de Valencia enseigna ainsiàIngolstadt,Rodrigue d'Arriagaà Prague et Tolet à Rome.
Parmi les élèves de François de Vittoria, beaucoup
(1) Voir le « Katholik » 1884. P. .^08 et suiv.