‹ Histoire des dogmes (volume 4)Chapitre 6 sur 108 · HISTOIRE DE LA THÉOLOGIE DANS LES TEMPS MODERNES · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA THÉOLOGIE DANS LES TEMPS MODERNES

eurent un t oti célèbre. Soto, né en 1490 à Ségovie, fut plutôt un de ses collègues qu'un de ses élèves. Il était entré dans l'ordre de saint Dominique et il enseigna la théologie à côté de François de Vittoria. Il combattit avec lui pour la défense de ladoctrine thomiste. Sur la demande de Charles- Quint, il se rendit avec son compagnon Garranza, en 1545, au concile de Trente et prit une grande part aux discussions. Il a publié un Commentaire du quatrième livre des Sentences et trois livres De nalura et gratta,

Barthélémy Garranza, né en 1503 à Miranda, fut élève de François de Vittoria. Depuis 1534 il fut lecteur de théologie à Valladolid. Au concile de Trente, il prit part aux discussions sur les sources de la foi, sur la justification, les sacrements et le devoir de la résidence pour les évoques. Sur cette question (voir plus bas) les évoques espagnols combattirent les vues de François de Vittoria sur \e jus divinum de ce devoir, et formèrent contre lui une phalange serrée (1). Plus tard Garranza fut, en Angleterre et dans les Pays-Bas, le défenseur de la foi, jusqu'à ce que Philippe II le nomma archevêque de Tolède. Paul IV le préconisa en 1557. Cependant l'écrit publié par lui, à Anvers, sous le titre de Commentaire sur le catéchisme chrétien^ lui attira les poursuites de l'inquisition espagnole. Il fut emprisonné en 1559 et tenu enfermé jusqu'en 1567 oii le pape Pie V évoqua le procès devant lui à Romp. Ce procès se termina en 1575 par la condamnation de Garranza, qui fut obligé de renier seize thèses luthériennes et de renoncer pour cinq ans à l'administration de son archidiocèse. Il mourut bientôt après cette condamnation.

Dans l'école deFr.de Vittoria, Melchior Gano, né en 1509, mérite une place à pari. Elève à Salamanque, il fut en 1535 lecteur de théologie à Valladolid, et depuis 1543 à Alcala, enfin depuis 1546 à Salamanque. Son enseignement

(1) Garranza. publia là-dessus un écrit particulier, imprimé chez Le Plat : Monump.ntorum ad historiam Conc. Trtd. coLlectio. Louvain, 1783. Tome 111. 52-2-i84.

lui valut ici un grand succès ; il eut le tort de ternir sa gloire par son opposition passionnée contre la Compagnie de Jésus nouvellement fondée.

Au concile de Trente il prit depuis 1551 une part remarquable aux discussions, et son ouvrage De locis theologicis lui a valu un renom durable. Cet ouvrage a ouvert la voie à l'apologétique. Pour la forme et le style, il laisse loin derrière lui tous les ouvrages théologiques de ses contemporains et il peut être cité comme un modèle (1).

Les Dominicains, dans la seconde moitié du XVP siècle, donnèrent à Salamanque une série de professeurs distingués, parmi lesquels deux méritent une attention particulière : Barthélémy de Médina et Banez. Le premier, professeur de cette Université de 1574 à 1576, publia deux volumes de son commentaire sur la Somme de saint Thomas. Pour cet ouvrage il avait utilisé les travaux de ses maîtres, Vittoria, Soto, Cano, Soto-mayor, Pena etc. Il publia, en outre, une morale en langue espagnole, oii il défend leprobabilisme. Baîiez, né en 1528, fit ses études à Salamanque. Il fut professeur de théologie à Avila, à partir de 1562; il alla plus tard à Valladolid ; enfin de 1580 à 1599 il fut professeur à Salamanque. En combattant Molina et sa doctrine de la prédétermination physique, de la grâce efficace, il fut le père de la nouvelle école thomiste. Le commentaire de la Somme de saint Thomas qu'il a publié ne se rapporte qu'àla Pairs 1* et à une partie de la 2^ 2"®; mais dans ses manuscrits, on retrouve beaucoup d'autres commentaires (2).

Il y avait en outre à Samalanque des chaires pour le nominalisme ; dans cette école la base de l'enseignement était le manuel de Gabriel Biel. Les Dominicains n'étaientpasles seuls à occuper à Salamanque les chaires de théologie ; il y

(1) La l''e édition parut seulement trois ans après la mort de Fauteur, à Salamanque, 1563. — Vingt-sept éditions ont suivi. Fermin Caballero a écrit la vie de Cano. [Vida del ill. Fray Melchior Cano. Madrid, 1871).

(-2) Cf. Kathêlik. Ann. 1885. P. 422 sqq.

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avait des membres des autres Ordres et du clergé séculier. Plusieurs de ces professeurs ont laissé un nom dans l'hisloire des dogmes. Ce qui contribua beaucoup à exciter à Salamanque la vie scientifique, ce fut la fondation de plusieurs collèges pour les étudiants des différents Ordres et même de plusieurs diocèses d'Espagne. Il y eut, au XVP siècle, beaucoup de fondations de ce genre : les Augustins, les Norbertins, les Hiéronymites et les Carmes réformés fondèrent à Salamanque de nouveaux collèges pour leurs élèves. Les professeurs de ce dernier collège, fondé à Salamanque vers 1572, sous le titre de collège de Saint-Elie;, publièrent, de 1631 à 1679, le célèbre commentaire de saint Thomas, connu sous le nom de commentaire des Salmanti» ce?is€s,sur lequell'histoiredes dogmes reviendra souvent (1). Le nombre des théologiens qui ont enseigné la théologie à Salamanque est d'ailleurs très grand ; les principaux, au XVP siècle, furent Ledesma, Lorca, de Cabrera, Curiel, de Rada (scotiste). Parmi les Ihéologiens qui prirent part aux débats du concile de Trente, il n'y en eut pas moins de soixante-six qui avaient été élevés à Salamanque ou y avaient professé (2).

2. Salamanque n'était pas le seul centre de la science théologique, quoique le nombre des étudiants inscrits à Salamanque, en 1552, fut de six mille trois cent vingt-huit, dont trois cent seize étaient théologiens (3). Le cardinal Ximenès commença en 1498 la construction d'une nouvelle Université à Alcala. Cette Université fut ouverte en 1508 avec quarante-deux chaires dotées, Ximenès attribuait dans la théologie une grande importance aux documents bibliques, de sorte que Alcala fut pour les études exégétiques ce que Salamanque était pour les études dogmatiques. Sous rimpulsion de Ximenès (4), plusieurs savants

(1) Depuis 1 871 , cet ouvrage a été réédité en vingt volumes (Paris, Vives) .

(2) Cf. DoRADo, Historia de la ciud. Salamanca. P. 308 (éd. Giron Salamanca, 1861).

(3) Ib. P. 127. — (4) Héfélé, loc. cit. 12.

d'Acala s'unirent pour rassembler et publier la bible polyglotte d'Alcala en six volumes in-folio. En 1514 parut ainsi la première édition imprimée du texte original de l'Ancien Testament et en 1517 l'édition du texte original du Nouveau Testament, avec la traduction chaldéenne d'Onkelos, la traduction grecque des Septante et la traduction latine de saint Jérôme. Pour les éditions de la Bible publiées au XVP et au XVIl« siècle, la Polyglotte d'Alcala fut souvent un guide précieux, quoique, au point de vue de l'abondance des indications et de la méthode de correction critique du text'3, les travaux d'Alcala aient, de nos jours, été^ dépassés de beaucoup.

Alcala produisit non seulement dans l'exégèse, mais encore dans la dogmatique, beaucoup de théologiens de marque, parmi lesquels il faut mentionner en particulier Jean de Saint-Thomas, le plus distingué commentateur de saint Thomas, après le concile de Trente ; il professa à Alcala de 1613 à 1643.

A côté de Salamanqae et d'Alcala, les Universités fondées au moyen âge àValladolid, Séville, Lérida, Valence, Barcelone prenaient un nouvel épanouissement. Quelques nouvelles Universités furent encore fondées au XVP siècle à Grenade, Saragosse, Osma. Murcie, Taragone, Gérone, Santiago et Pampelune (Ij. Dans toutes ces écoles régnait une grande acUvité dans la théologie, etpresque dans toutes la Somme théologique de saint Thomas prit une iflfluence prépondérante, de sorte que peu à peu l'école des nominalistes disparut.

3. Les scotistes continuèrent, eux aussi, leur école en Espagne : ils s'en tenaient à la méthode, héritée du moyen âge, qui consistait à commenter le livre des Sentences. A cette école appartiennent Jean Ovando (f 1610), Grégoire Ruitz (f 1603), Jean de Tlncarnation (f 1609) etc. Au sujet de l'immaculée conception de Marie, ils eurent le dessus,

(1) Gams. Kir. Gesch Spaniens, III, 2. 130 sqq.

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quand le concile de Trente (§ 5) eut déclaré cette doctrine orthodoxe. Le roi d'Espagne Philippe III prit luimôme le plus vif intérêt à la déclaration dogmatique de cette doctrine et il envoya dans ce but une députation à Paul V. Dans d'autres pays, comme en Italie, berceau de l'ordre franciscain et en Irlande, patrie de Duns Scot, les écoles scotistes étaient encore plus florissantes. Parmi les théologiens irlandais, les plus remarquables furent Hugo Gavelli (7 1626), Jean Poncius (f 1660). qui tous deux appelés à Rome enseignèrent dans le couvent de l'Ara Gœli, et surtout Luc Wadding, qui pdblia la grande édition des œuvresde Duns Scot (Lyon 1657 et suiv. 26 vol. in-fol.). Les frottements et les controverses entre toutes ces différentes écoles contribuèrent beaucoup à maintenir la vie dans les études théologiques et à pénétrer de plus en plus dans les mystères de la foi et dans leurs enchaînements réciproques.

4. Si l'Espagne, au XVP et au XVII* siècle, a eu sur les autres nations la suprématie dans la théologie, elle le doit à l'ordre fondé par l'espagnol saint Ignace et approuvé, en 1540, par le pape Paul III sous le nom de Compagnie de Jésus. Lapremièreécole théologique de Tordre fut fondée par saint Ignace au Collège Romain, mais le fondateur fit venir d'Espagne les premiers professeurs : Tolet, élève de Soto, qui tinseignaà Rome depuis 1559, Grégoire de Valence, qui professa d'abord à Dillingen,puis à Rome,etqui suivit dans son commentaire la méthode usitée à Salamanque. Lainez et Salmeron se firent remarquer au concile de Trente, Lefèvre prit part aux discussions religieuses de Worms.

C'est cependant en Espagne que la Compagnie de Jésus avait ses plus grands théologiens. Elle fonda tout d'abord, non seulement à Salamanque et à Alcala, mais encore dans les autres villes universitaires de la péninsule, des collèges pour ses étudiants, desquels elle tirait ensuite ses professeurs. A Salamanque, elle obtint, de la munificence du roi Philippe III tt de la reine Marguerite, l'édification

d'un collège qui était un des plus beaux monuments de l'Espagne et pouvait loger quatre cents étudiants (1). A la fin du XVP siècle et au commencement du XVIP, les trois plus grands dogmatistes, Molina, Vasquez et Suarez, étaient membres de la Compagnie. Molina(f 1600) a pris la méthode de Salamanque, mais n*a enseigné qu'à Evora en Portugal. La renommée qu'il s'est acquise, il l'a méritée par sa doctrine de la grâce; il y affirme, en face des erreurs de son temps, la liberté de la volonté humaine. Il fait ressortir cette liberté tant devant la grâce eiBcace que devant les décisions prédestinatrices de Dieu, et dans ce but il met en évidence la scientia média de Dieu. Son exposé de cette doctrine parut étrange aux écoles de l'Elspagne On lui reprochait aussi sa nouveauté. Aussi trouvât-elle, chez les thomistes surtout, à la tête desquels se mit Bafiez, de violentes contradictions. Les Jésuites à l'unanimité adoptèrent quelques points de la doctrine de Molina et les luttes provoquées par là forment une partie importante de l'histoire des dogmes aux temps modernes.

Vasquez (f 1604) fut pendant vingt-neuf ans, d'abord à Alcala puis à Rome, professeur de théologie ; il a composé un long commentaire de la Somme de saint Thomas (2), dans lequel il émet, il est vrai, parfois des opinions tout à fait particulières ; cependant il donne sur beaucoup de questionsdes explications détaillées et profondes : quelquesuns l'ont pour cela appelé l'Augustin de l'Espagne (3).

Le plus grand des trois et même de tous les dogmatistes postérieurs au concile de Trente, ce fut Suarez (f 1617) (4). Elevé à Salamanque, il obtint de bonne heure une chaire de théologie, mais ses supérieurs l'envoyèrent successivement dans plusieurs Universités à Avila, Ségovie, Valladolid, Rome, Salamanque, comme professeur, jusqu^à ce qu'il

(1) Cf. DoRADO. 1. c. p. 311 sqq.

(2) Paru à Lyon en 10 volumes in-folio, 1620.

(3) HuRTER. Nomencl. I, 264 sqq.

(4) Cf. Wernkr, Suarez. Ratisbonne, 1861.

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obtînt enfin depuis 1576 une chaire fixe à Coïmbre, où il resta jusqu'en 1616. A la fin de sa vin? il dut encore faire un voyage à Rome, pour se défendre, à cause d'une expression inexacte dans la doctrine du sacrement de Pénitence, à propos de la confession orale (l). Dans la plupart des controverses ce sont les doctrines de Suarez que doit consulter l'histoiredes dogmes, et ordinairement c'est à lui qu'appartient la palme ; mais ceci est surtout vrai de sa doctrine sur la grâce et sur les vertus divines.

Ces théologiens procurèrent à la Compagnie de Jésus un prestige extraordinaire. Dans d'autres pays ils furent sans conteste les chefs de la dogmatique et conquirent les chaires de plusieurs universités. Dans le domaine de l'enseignement de la jeunesse, ils acquirent une supériorité incontestée, et ils la gardèrent jusqu'à la suppression de l'Ordre en 1773. C'est à eux qu'appartient le mérite d'avoir suie mieux préparer les voies à des études fécondes dans les Universités, d'y avoir conduit en masse la jeunesse et d'avoir uni surtout l'éducation à la formation intellectuelle. En même temps en se chargeant des écoles secondaires, la Compagnie deJésus préparait une sériede maîtres instruits, parmi lesquels elle put faire son choix, soit pour occuper les chaires académiques, soit pour l'étude approfondie des différentes sciences.

La gloire de la Compagnie dans le domaine de la théologie dogmatique fut encore rehaussée dans la seconde et dans la troisième partie du XVll* siècle par trois autres Jésuites Espagnols : Didace Ruiz de Montoya (7I6321, Martinez Ripalda(7l648) et le cardinal de Lugo (7I66O). Le premier, professeur à Cordoue et à Séville, a étudié avec une profondeur remarquable la doctrine de Tomniscience et de la science moyenne de Dieu, dans son livre De ideis, de veritate ac de vitaDei; il a de plus laissé quelques com-

(1) Une édition complète de ses œuvres parut à Venise en 1740 en 23 tolumes in-folio; une nouvelle a paru à Paris en 31 vol. [18S6-1861).

menlaires sur diverses questions de la Somme de saint Thomas (1). Le second, un des docteurs les plus célèbres de Salamanque, compte parmi les plus grands théologiens d'après le concile de Trente ; il a traité particulièrement la doctrine de la Rédemption et de la grâce, avec une telle profondeur qu'il peut être comparé à saint Alhanase et à saint Cyrille d'Alexandrie, et qu'il a mérité le nom de Cyrille des temps modernes. Son ouvrage le plus célèbre est intitulé : De ente siipernaturali [2). Dans un appendice particulier, il donne une réfutation complote du Baïanisme. Il a aussi écrit un De virtiUibiis fide, spe et charitate et un court commentaire au livre des Sentences (3).

De Lugo, le troisième de ces théologiens illustres, était né à Madrid en 1583. De 1621 à 1641 il fut professeur de théologie au Collège Romain et fut créé cardinal par Urbain VIII. Il est au-dessus des précédents par sa pénétration, et quelques-uns le placent même au-dessus de Suarez, ce qui pourrait être vrai plutôt pour la morale que pour ladogmatique. Il mourut en 1660. Parmi ses écrits (4), ceux qui ont pour la dogmatique une importance particulière sont: De incarnatione , De venerabili Eucharistiae sacramento et sacrificio, de fide, devirtute et sacramento Poenitentiae.

Avec de Lugo se termine pour l'Espagne la série des théologiens célèbres : l'apogée était atteinte. Ce fut désormais la décadence. D'ailleurs même sur les autres points de la civilisation, l'Espagne cède la place aux autres nations. Sans doute il y eut encore une longue série de théologiens remarquables; c'est à cette époque que se termina l'œuvre des théologiens de Salamanque dont nous avons parlé plus haut. A la Compagnie de Jésus appar-

(\) De Trinitate, de praedesiinaiione ac reprobatione hominum et angelorum.

(1) Après avoir été imprimé plusieurs fois au XVll» siècle, cet ouvrage a paru dans une nouvelle édition chez Vives en 1870. (Paris.)

(3) Brev. expos, literae magistri. Coloniae, 1635.

(4) Paru dans une édition complète à Venise, 1717, Paris, 1868.4 vol. in-80.

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tiennent de Esparsa Artieda (f 1676), Veg^i (f 1672), Herrera (fl684); aux dominicains Arauxo('tl664),deGodoy(f 1677) etc. Ces derniers ont de l'importance plutôt pour l'histoire de la littérature que pour l'histoire des dogmes (1). La controverse sur l'immaculée conception de Marie, en particulier, fut à cette époque activementdiscutée en Espagne, comme nous le verrons en son lieu dans cette histoire.

§ 4 La science théologique en Italie.

En Italie, la situation, dans la première moitié du XVP siècle, n'était pas si favorable qu'en Espagne au développement de la science théologique. D'abord les guerres ininterrompues entre les diverses puissances qui se disputaient la domination ne le permettaient pas. De plus, l'Italie n'avait pas d'Universités florissantes; elle ne connaissait pas comme l'Espagne ces grands centres où. se rassemblaient les théologiens. Pour les arts libéraux, comme la sculpture, la peinture et l'architecture, l'Italie avait dès le XV' siècle des foyers remarquables. Ces arts avaient dans les grandes villes comme Milan, Florence, Venise, Bologne, Rome^ des écoles particulières et plusieurs papes se montrèrent les Mécènes des beaux-arts. Il y avait aussi en Italie des Universités : l'école de Bologne était renommée pour la jurisprudence, celle de Salerne pour la médecine; Padoue, Pavie, Naples, Pise et d'autres villes possédaient des écoles de théologie, mais ces écoles n'avaient ni la renommée ni l'importance de celles d'Espagne. A cette époque, comme au moyen âge, c'étaient des religieux surtout qui s'occupaient de théologie, et ces derniers avaient, en Italie comme ailleurs, besoin d'une réforme profonde. Cette réforme fut longue à se produire. Beaucoup ont contribué à la réforme de la vie du cloître : d'une part les nouvelles familles des Théatins, fondés par Gaétan en 1524,

(1) Cf. HuRTBR, Nomencl. Tora. 11.

des Capucins (1526), des Barnabites (1532), des Oratoriens fondés par saint Philippe de Néri (1596), et en particulier des Jésuites, qui, aussitôtaprès l'approbation deleur société par le pape (1540), obtinrent par saint Ignace la fondation d'une maison professe à Rome et du Collège Romain, comme établissement d'instruction : au Collège Romain fut ajoutée en 1553 une faculté de théologie et de philosophie. Par la discipline qui florissait dans les Ordres nouveaux, les anciennes maisons furent portées et encouragées à la réforme. D'autre part s'exerçait l'influence réformatrice du concile de Trente, commencé par Paul III en 1545, repris de nouveau après une courte interruption, par Jules III en 1551, et, après une nouvelle interruption, terminé par Pie IV en 1562. A cette influence s'ajouta celle d'une série de papes remarquables qui provoquèrent avec succès la réforme des mœurs, de la discipline ecclésiastique et des établissements d'instruction ecclésiastique.

A Pie IV succéda un saint pape. Pie V (1566-1572). Après lui vint Grégoire XIII (1572-1585), qui fit beaucoup pour le relèvement des établissements ecclésiastiques et des sciences àRome.OnpeutendireautantdeSixte-Quint(i585- 1590), qui fit travailler à la correction de la Vulgate et qui réorganisa l'administration des affaires ecclésiastiques en fondant quinze congrégations. Il y eut en outre de saints et grands évoques qui travaillèrent avec un succès extraordinaire à la réforme du clergé, d'abord dans leurs diocèses et ensuite par leur exemple et leur réputation, et leur influence s'étendit dans les milieux les plus éloignés : tels furent Giberti, évêque de Vérone (1524-1554) (1), et saint Charles Borromée, le grand évêque de Milan (1560-1584). A la fin du XVIe siècle, Rome en particulier vit une série des plus grands hommes dans ses murs, et plusieurs ont été comptés au nombre des saints. Pie V et saint Ignace furent suivis de saint Philippe de Néri, de saint Louis de Gon«

(I) Voir DiTTRicH, Historisches Jahrbuch, 1886. P. l sqq.

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zague, de saint François de Borgia. Leur exemple et leur réputation exercèrent, dans une grande étendue, une influence qui excita et releva la vie religieuse et les études théologiques.

Dans le domaine de la théologie dogmatique en Italie, au XVI^ et au XVII' siècles, la palme revient aux Jésuites, qui firent du Collège Romain une des plus célèbres écoles théologiques. Les professeurs qui y enseignèrent dans les premiers temps étaient pour la plupart des Espagnols, qui implantèrent à Rome la méthode de Salamanque et prirent pour base de leur enseignement la Somme de saint Thomas : tels furent Salmeron, Tolet, Vasquez, Suarez, de Lugo. Mais il y eut aussi parmi eux des Italiens comme Bellarmin, né en 1542 à Pulciano, près de Florence. De 1570 à 1576 il fut professeur de théologie à Louvain et depuis cette époque jusqu'en 1589 il professa au Collège Romain, 011 il fit ses cours célèbres Disputationes de controversiis christianae fidei adversiis hiijus temporis haereticos. Ces conférences furent d'abord imprimées à Ingolstadt del581 à 1592 et ont paru depuis, à plusieurs reprises. Elles sont, au point de vue de la science, de la profondeur et de la clarté de l'exposition, les meilleures controverses qui existent sur les propositions discutées entre ces docteurs catholiques etles protestants. Parmi les Jésuites italiens duXVIPsiècle il faut nommer encore Viva (1648-1710) (1). Les autres Ordres ont aussi donné en Italie bon nombre de professeurs de dogmatique. A l'occasion des Congrégations de auxiliis, qui sous Clément VIII et Paul V (1597 à 1607) furent tenues à Rome, pour terminer les discussions sur la grâce entre les Dominicains et les Jésuites, les Dominicains fîrentvenir à Rome, à l'école de la Minerve, leurs plus remarquables professeurs parmi lesquels Gonzalès d'Albelda et Alvarès. Ce dernier a publié plusieurs ouvrages parmi lesquels le De auxiliis divinae gratiae etc. (Rome 1610) et les Disputa-

(t) Son Cursus théologiens parut k Padoue en 1712 et a été réimprimé plus tard.

tiones theologicae (Cologne 1621, in-4''). Parmi les théologiens de l'Ordre de saint Dominique il faut citer Seraphinus Capponi (1536-1614), auteur des Elucidationes formales in Summam theoL S. Thom. (Venise 1588).

L'ordre le plus populaire en Italie, co fut encore celui des Franciscains et pendant les XVP et XVIP siècles, il continua de rester attaché à l'école de Duns Scot. Les plus remarquables théologiens de cette école furent alors Malafossa (f 1582), avec son Enarratio in IV libris senten^ tiarum Scoti [imO) et Buccafocus ff 1595). Au XVIP siècle l'école Scotiste donna Mastrius, auteur des Disputationes theologicae in 4 libris sententiarum (Venise 1675-1698).

Les Oratoriens firent peu pour la dogmatique, mais ils s'occupèrent beaucoup de l'histoire de l'Eglise. Baronius, né en 15M8 à Sora en Campanie, s'attacha à Rome à saint Philippe de Néri. Il commença en 1568 ses Annales, vaste histoire de l'Eglise, dont l'idée lui fut donnée par les centuriateurs de Magdebourg, et il les poursuivit jusqu'à Tannée 1198 (12 vol.). Après la mort de Baronius, un autre Oratorien, Rinaldi, continua l'ouvrage jusqu'à l'année 1566 (vol. XIII à XVI) ; le Franciscain Pagi y ajouta encore quatre volumes de notes critiques (Anvers 1705-1721).

A côté des Oratoriens, les Jésuites produisirent dans le même domaine le célèbre Sforza Pallavicini (né en 1607, fl667). L'œuvre, frivole et malveillante écrite par le Servite VénitienSarpi, éditée en 1618 à Londres par de Dominis, sous le titre d'Histoire du concile de Trente, porta Pallavicini à écrire sur ce célèbre concile une histoire fidèle et puisée aux sources ; elle parut en Italien, à Rome, en 1664 (3 vol. in folio) et a immortalisé le nom de l'auteur (1).

Le XVIII« siècle présente, en général, un recul de l'Eglise dans presque tous les domaines de la vie et de l'activité religieuses. L'incrédulité était devenue d'abord en Angle-

(1) Une des meilleures éditions est celle de Zaccaria en six volumes in-io (Faenza, 1792-1799).

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