CHAPITRE I Dogmes concernant les trois sources de la
FOI ET leurs rapports RÉCIPROQUES
§40 Doctrines erronées des réformateurs sur les sources de la foi.
Les sources de la foi sont dans un rapport aussi intime avec l'Eglise que les sacrements; les 5premières se rapportent à sa fonction doctorale et les derniers à sa fonction sacerdotale. Puisque la doctrine relative à l'Eglise doit nous servir de fil conducteur à travers la trame des articles de foi à exposer dans la quatrième partie de l'histoire des dogmes, il importe d'exposer tout ensemble les doctrines concernant les sources de la foi, quoique elles appartiennent plutôt aux loci communes, c'est-à-dire aux doctrines fondamentales de la dogmatique, puis les doctrines concernant les sacrements et enfin celles qui concernent l'Eglise elle-même, car ces trois doctrines sœurs ont vécu de la même vie et se sont développées parallèlement.
Toute hérésie s'attaque, en même temps, sinon expressément, du moins implicitement, aux sources de la foi, puisque déjà les Pères de la primitive Eglise, particulièrement saint Irénée et Tertullien, opposaient à l'hérésie la tradition de TEglise comme un rempart inexpugnable, contre lequel venaient se briser tous les efforts des novateurs. Mais les réformateurs du XVI» siècle rejetèrent en principe la relation jusqu'alors généralement admise entre les diverses sources de la foi et inventèrent à ce sujet une théorie nouvelle qui devint le principe formel du protestantisme. Ce principe après bien des naufrages est resté presque le seul que les protestants aient retenu de leur enseignement primitif.
1. Luther, le premier des réformateurs, ne réussit pas à fixer ce principe formel, au premier pas qu'il fît pour sortir de l'Eglise ; il commença par sa fausse doctrine de la justification et, comme il trouvait de l'opposition et avait encouru une censure du pape, il en appela d'abord ad Papam melius informandum, ensuite à un concile général, comme cela était arrivé si souvent dans le siècle précédent, et enfin à la sainte Ecriture, qu'il considérait comme le seul arbitre dans les choses de foi, si bien qu'il en arriva à dire qu'elle était la source exclusive de la foi. A la diète de Worms (1521), Luther fit publiquement la déclaration suivante : « Si je ne suis pas battu et convaincu par les témoignages de la sainte Ecriture ou par des preuves claires et évidentes, — car je ne crois ni au pape ni aux conciles pris en particulier, parce qu'ils se sont souvent trompés et même se sont contredits — je ne puis et ne veux rien rétracter, car ma conscience est enveloppée dans la parole de Dieu et il n'est ni sûr ni sage de rien faire contrôla conscience ». ^
Les symboles des églises luthériennes n'ontpas d'articles très précis sur les sources de la foi, mais ils rejettent la tra-