DOCTRINES ERRONÉES DES RÉFORMATEURS
dition et désignent la sainte Ecriture comme la seule règle de foi (1).
Les autres réformateurs se prononcèrent, dès le début et de la manière la plus décisive, pour le principe formel du protestantisme et les symboles de ces réformés renferment généralement cet article non équivoque : la sainte Ecriture est la seule source de la foi (2).
2. Les protestants se donnaient bien l'apparence de relever l'autorité de la sainte Ecriture en recourant exclusivement à son témoignage, mais, en fait, ils lui enlevèrent peu à peu toute autorité en rompant son union avec l'Eglise. D'abord Luthertrouva un peu gênants quelquespassagesde l'épître de saint Jacques, parce qu'on lui objectait les expressions de cet Apôtre en faveur des bonnes œuvres. Il en prit occasion pour la qualifier d' « épître de paille », et, sans la rayer formellement du catalogue des livres inspirés, il la plaça cependant dans une sorte de seconde classe. Les réformateurs, au reste, étaient loin de s'occuper de recherches critiques sur le nombre des écrits canoniques; ils admettaient en bloc, comme beaucoup d'autres choses, lecanon des livres saints, tel qu'ils l'avaient trouvé dans l'Eglise catholique. Mais les réformés n'acceptèrent comme canoniques ni les livres de l'Ancien Testament qui appartiennent aux livres deutérocanoniques, ni ceux du Nouveau qu'Eusèbe désigne comme antilegomena. A la fin du IV* siècle cependant, les décrets des conciles de Garthage sur le canon des saintes Ecritures n'avaient trouvé aucune opposition dans l'Eglise latine. Les symboles des Luthériens ne donnent
{\)Conf. Aug. p. 13. — Apol. Conf. p. 205. — - Form, Conc. p. 570: Credimus... unicam regulam et normam, secundum quam omnia dogmata omnesque doctores aestimari et judicari oporteat, nuUam omnino aliam esse quam prophetica, et apostolica scripta cum N. tum V. T.
(2) Conf. Helv. II. 1 .• Credimus et confitemur, scripturas canonicas sanctorum prophetarum et apostolorum utriusque Testamenti, ipsum verum esse verbum Dei et auctoritatem suf&cientem ex semetipsis non ex hominibus habere.
pour la plupart aucun catalogue des livres canoniques, mais ceux des réformés en donnent un (1). Dans la suite, les théologiens protestants jetèrent souvent par-dessus bord le concept de l'inspiration et la question du canon n'eut plus aucune importance pour eux. Ils soumirent à la science critique, comme à la seule autorité véritable, toutes les questions relatives à l'authenticité et à l'autorité des livres saints.
3. Soustraire la sainte Ecriture à l'autorité de l'Eglise, c'était arriver à cette conséquence que, dans l'explication des saints hvres, on avait droit à une liberté sans limites et que l'intelligence des livres saints était soumise à la raison subjective de chacun, puisque la sainte Ecriture était assez claire et s'expliquait par elle-même. C'est ainsi que s'expriment les réformateurs (2) et les symboles des protestants (3).
C'est ici que le rationalisme vint se greffer sur le tronc
du protestantisme, qu'il s'y développa bientôt en rejeton
vigoureux et absorba à lui seul tout le reste de la sève
vitale. Si l'on rejette, en effet, toute autorité visible, à
côté et au-dessus de la sainte Ecriture, il ne reste plus
en soi aucune autorité à une lettre morte ; la raison
subjective de chacun s'établit juge du sens et du contenu
de la sainte Ecriture et elle devient la seule autorité dans les
choses de la religion. Seules, pouvaient encore obtenir une
existence éphémère les sectes chez lesquelles le fanatisme
et le sentiment religieux aveugle tenaient lieu de raison,
celles des Quakers et des Mennonites par exemple, où il ne
subsistait qu'une forme particulière du subjectivisme.
Même ceux qui admettent pour l'intelligence des saintes
Ecritures une illumination de l'Esprit-Saint, ou une inspira-
(1) Conf. Angl. 6 et Belg. art. 4, et la Conf. Gall. et Helv.
(2) Luther, Edit. Walch Vlll, 1fi02 Calvin. Inst. I, 7, 8.
(3) Conf. Helv. I, l : Scripturae sacrae Interpretatio ex ipsa sola petenda est ut ipsa interpres sit sui, caritatis fideique régula modérante.
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tion et la révélation de l'Esprit-Saint à chaque chrétien n'écartent pas encore ce danger du subjectivisme. Leur opinion est aussi arbitraire que la base sur laquelle s'élève l'intelligence du contenu des livres de la sainte Ecriture, puisque le Saint-Esprit n'a été promis qu'à l'Eglise enseignante, pour la diriger toujours dans la vérité.
Luther, il est vrai, s'était imaginé que le sanctifié ou l'homme pénétré par la foi trouve dans ce principe divin, c'est-à-dire dans la foi qu'il a reçue de l'Esprit-Saint, non seulement la certitude absolue du pardon de ses péchés, mais encore la certitude du sens de la sainte Ecriture dictée par le même Esprit-Saint. En admettant cette certitude sur le contenu de la sainte Ecriture, il condamnait non seulement toute autre régula fldei, même le symbole des Apôtres, mais encore il plaçait sa foi au-dessus de l'Ecriture ellemême (1).
La sainte Ecriture, ainsi dépouillée de son autorité par les réformateurs, et le principe formel déduit de là ne suffisaient nullement à la propagation et à l'affermissement de la foi, ainsi que le démontra plus tard Lessing à ses coreligionnaires, pas plus que ne peut suffire l'envoi de Bibles aux sauvages indiens pour implanter chez eux le christianisme et la foi chrétienne. Ce principe tout seul pouvait encore moins être un moyen d'établir et de propager une église luthérienne ou réformée. L'esprit d'opposition qui régnait alors contre l'Eglise catholique s'incarna dans Luther et les réformateurs ; grâce à la protection des gouvernements et des autorités municipales, Luther établitdes paroisses protestantes distinctes. L'esprit d'opposition des réformateurs en imposa tellement à leurs partisans, que leur autorité fut confondue avec l'autorité même du contenu de la sainte Ecriture et reconnue plus tard expressément par les différents symboles. C'est de cette façon que se sont constituées dans les temps chrétiens toutes les com-
(1) Cf. Wlch viii, ^i.-îs. k
munions hérétiques et toutes les associations religieuses hétérodoxes. Sciemment ou non, la sainte Ecriture ne servit plus que comme moyen et son autorité ne fut mise en avant que pour justifier comme chrétiennes des opinions religieuses subjectives. De là ce vers sur la sainte Ecriture :
Hio liber est, in que sua quaerit dogmata quisque Invenit et iterum dogmata quisque sua.
Ainsi, malgré toute l'autorité reconnue aux réformateurs et aux écrits confessionnels de leurs partisans, le principe du libre examen des Ecritures fut établi dans la pratique, dans la théorie et dans la science théologique elle-même.
4. Cette opposition contre l'Eglise finit par amener les protestants à refuser toute autorité à la traduction de la sainte Ecriture recommandée par l'Eglise et reconnue comme authentique, la Vulgate, et à n'admettre comme seul décisif que le texte primitif. C'est ce que firent, au moins un peu plus tard, les symboles des réformés (1).
5. 11 n'y eut d'abord aucun point de divergence entre les réformateurs et l'Eglise au sujet de l'inspiration des livres saints. Les livres symboliques des luthériens et des réformés supposent l'inspiration des livres saints par le Saint- Esprit, bien qu'ils ne fassent pas ressortir expressément cette prérogative essentielle des livres saints sur tous les autres livres. Ils considèrent en effet le contenu delà sainte Ecriture comme la parole de Dieu [verbum Dei) [2), comme supérieure à toute autorité humaine (3), comme la règle et la norme de notre foi (4). Calvin appelle lui aussi parole de Dieu (5) le contenu de la sainte Ecriture ; les Arminiens, au contraire, particulièrement Grotius (6), et les Sociniens rejetèrent le concept rigoureux de l'inspiration et ils
(1) Conf. Helv. II, î. Pareillement Formula Cône. î. 2 de Suisse (Cf. Hagenbach, D-G. p. .^65).
(^) Conf. Aug.li, p. 2.}. — Art.Schmalc. p. 308. — Form. Conc. 570. 636. (3) Conf. Aug. II. p. 23. — (4) Art. Schmalc. p. 308. (5) Inst.l, 7, 4. (6) 0pp. theol. Amst. 1679. Tom. LU. p. 672 (F. Hagenbach, D.-G. p. 564).
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admirent des erreurs dans la sainte Ecriture. Et chez Luther même il se trouve des expressions qui montrent qu'il admet des erreurs dans la Bible. Cependant les Luthériens aussi bien que les réformés (1) acceptèrent bientôt le concept rigoureux de l'inspiration qui rapportait à l'inspiration du Saint-Esprit non seulement les pensées, mais môme tous les mots pris en particulier. Les dogmatistes luthériens du XVIP siècle défendirent ces mêmes opinions, après qu'ils eurent abandonné la théorie primitive de Luther relative à la certitude du salut, c'est-à-dire à la certitude du pardon des péchés obtenu par le Christ. Ils ne considérèrent plus cette certitude comme un principe pour la science de la foi et pour la théologie, mais comme un fruit de la foi au contenu divin de la sainte Ecriture. La sainte Ecriture devenait ainsi le seul principe de la théologie. La lutte des hérétiques contre les théologiens catholiques les avait convaincus de la faiblesse et de l'arbitraire de cette certitude du salut, c'est-à-dire du principe matériel des réformateurs, et le mysticisme outré leur avait montré jusqu'où mène la prétendue certitude sur la possession de la grâce et de l'Esprit-Saint. Ils en prirent occasion pour établir avant tout comme principe unique la foi au contenu divin de la sainte Ecriture et ils cherchèrent, aussi bien qu'ils le purent, à l'établir par des arguments intrinsèques et extrinsèques. A cet effet ils eurent de nouveau recours au témoignage interne de l'Esprit-Saint au dedans de chacun de nous; le Saint-Esprit, disaient-ils, contracte l'union la plus intime et la plus durable avec la parole extérieure de la sainte Ecriture et il s'en sert comme d'un instrument pour éclairer ensuite chacun de nous en particulier et nous
(1) lorm Conc. 2: In specie autem hebraicus V. T. codex, quem traditione Ecclesiae judaicae, cui olim oracula Dei commissa sunt, accepimus hodieque retinemus, tum quoad consonas, tum quoad vocalia sive puncta ipsa sive punctorum saltem potestatem, et tum quoad res, tum quoad verba ÔeoTrveuaTOç, ut fidei et vitae nostrae una cum codice N. T. sit Canon unicus etillibatus.
donner la certitude sur le contenu de la sainte Ecriture, lorsque nous lisons ou entendons la parole inspirée. Il s'ensuivait que ces théologiens étendaient l'inspiration jusqu'à toutes les paroles de la sainte Ecriture et les considéraient comme d'émanation divine, comme quelque chose de Dieu (aliquid Dei)(i).
Cependant à cette époque d'indépendance lesthéologiens protestants, à la suite de Semlers [De examiiie canonis 1771-73) tombèrent dans l'extrême opposé, le rationalisme; non seulement ils affaiblirent l'inspiration, mais encore la rejetèrent complètement.
6. En principe tous les réformateurs refusaient de reconnaître la tradition comme seconde source de la révélation divine. Mais on se plaça bientôt à leur point de vue pour les attaquer. Obligés de défendre leur doctrine contre ceux qui, plus avancés, voulaient ruiner leséléments constitutifs du christianisme, ils ne purent s'empêcher de faire appel eux-mêmes aux témoignages de la tradition qui prouvaient au moins la conception du christianisme à une époque déterminée.
C'est ce que fitLuther dans sa dispute sur la communion. La confession d'Augsbourg elle-même eut pour préface le symbole des Apôtres, celui de Nicée complété à Constantinople et celui de saint Athanase. Conformément encore à la tradition, les protestants continuèrent à baptiser les enfants, à sanctifier le dimanche et les fêtes de l'Eglise et à observer maints autres usages. Leur théorie n'était donc pas en harmonie avec leur pratique. Peu à peu la tradition consacrée dans leurs communions religieuses acquit une réelle importance, de sorte que l'on considéra souvent comme obligatoires les symboles de foi reçus dans ces sectes, bien qu'en théorie on ne les considérât que comme
(1) Cf. Calor,Gebhard, etc.. voir sur eux Dorner. Gesch. der protest. Theol. p. 539 et suiv.