TUKORIES DES PROTESTANTS SIR L 'ÉGLISE
Quelques symboles des protestants, tout en refusant aux évêques le pouvoir de juridiction, leur reconnaissaient cependant, outre leur pouvoir de ministère, c'est-à-dire de prêcher la parole de Dieu, d'administrer les sacrements et de pardonner les péchés, le pouvoir de porter des décisions sur la vraie doctrine, d'exclure les contradicteurs et de les frapper de l'excommunication mineure, c'est-à-dire d'exclure de la communion comme membres indignes, les pécheurs publics, et cela par une notification publique, mais sans emploi de la force (1).
Ni les réformateurs, ni leurs professions de foi ne reconnaissaient un sacerdoce particulier, c'est-à-dire un pouvoir spirituel conféré par le sacrement de l'Ordre. A la place de ce sacerdoce, ils admettaient un sacerdoce général qui appartient à chacun par le Baptême. Le ministermm dont il est question dans les passages cités n'appartient à personne en propre, c'est la communauté qui les transmet à un particulier, d'après le mode prescrit {rite) (2).
Enfin la confession d'Augsbourg reconnaît aux ministres (appelés aussi episcopi, pastores) le pouvoir de porter des ordonnances relatives aux cérémonies ecclésiastiques, mais en spécifiant bien qu'elles sont dSiàcpopa et n'obligent pas en conscience : telles sont les ordonnances concernant la sanctification du dimanche (3). Mais il s'éleva des dis-
(1) Conf. Aug. P. II. p. 39 : Cum igitur de jurisdictione Episcoporum quaeritur, discerni débet imperium ab ecclesiastica jurisdictione. Porro 3ecundum evangelium seu, ut loquuntur, de jure divino, nulla jurisdictio competit Epiacopis ut Episcopis, hoc est his, quibus commissum est ministeriura verbi et sacramentorum, nisi remittere peccata, item cognoscere doctrinam ab evangelio dissentientem rejicere et irapios, quorum nota est impietas, excludere a communione ecclesiae, sine vi humana, sed verbo.
(2) Art. Schmalc. p. 353: Quare necesse est ecclesiam retinerejus vocandi, eligendi et ordinandi ministros. — Cf. Calv. Inst. IV, 18, 13-17 Dirersissima inter se sunt sacerdotium et ministerium. lllud enim commune est christianis omnibus, ut modo diximus, hoc non item. . . Vocentur eteligantur electione ecclesiastica et légitima ministri ecclesiae.
(3) Conc. Aug. p. 43 : Talis est observatio diei Dominicae, Paschatis, Pentecostes et similium feriarum et rituum. Nam qui judicant ecclesiae
eussions parmi les protestants d'Allemagne sur la question de savoir jusqu'à quel point il fallait suivre ces aôiacpopa usités dans l'Eglise catholique, quand, par exemple, un gouvernement catholique l'exigeait par la force. Alors la formule de concorde décida qu'il ne fallait pas suivre comme dcSiacpopa les cérémonies qui sont contraires à l'Evangile, ou qui ne sont que des rites frivoles (1). C'était encore là présenter indirectement la doctrine des réformateurs et des livres s-ymboliques comme la règle suprême des cérémonies religieuses ; on considérait ces dernières comme des actes indifférents, tant qu'elles ne touchaient pas aux principes de foi des protestants et les laissaient intacts.
Les sectes protestantes qui aboutirent à un subjectivisme tel, qu'elles poussèrent à l'extrême la certitude subjective sur l'inhabitation et sur Tillumination du Saint- Esprit, considérèrent le sacerdoce, aussi bien que le ministère, comme une institution réservée exclusivement à des personnes déterminées. Les symboles considérèrent au moins le ministère en général comme une institution divine (de jure divino] et prétendirent que la collation de la fonction à quelques-uns devait se faire par l'élection de la communauté, de jure humano. Les anabaptistes et les quakers rejetèrent ces deux assertions ; ils n'admirent aucun magistère ordinaire; aussi dans les assemblées religieuses laissaient-ils prêcher celui qui se sentait poussé et illuminé par le Saint-Esprit (2). Avec ces principes il était difficile de maintenir l'ordre dans les assemblées des sectes religieuses ; cela devint d'autant plus impossible quand celles-ci acquirent peu à peu une grande extension, comme cela advint chez les réformés et chez les luthériens. C'est pourquoi Mélanchton voulait conserver même la hiérarchie ecclésiastique, telle qu'elle existe dans l'Eglise catholique, au moins avec ses pleins pouvoirs ex jure humano, pourvu
auctoritate pro Sabbato institutam esse diei Dominici observationem tanquam necessariam, longe errant.
(1) Form. Conc. p. 790 sq. — (2) Cf. Hagenbach, Dog. Oesch. 608.