‹ Histoire des dogmes (volume 4)Chapitre 59 sur 108 · DOCTRINE DES TUÉOLOGIENS CONTEMPORAINS · texte numérisé non relu

DOCTRINE DES TUÉOLOGIENS CONTEMPORAINS

Dans ce cas, le concile n'affirmerait pas sa supériorité sur le pape, il ne ferait qu'exercer un office et un droit dont le pape ne pourrait le dépouiller.

2. C'est encore un des droits de la primauté papale de confirmer les évoques et de leur transmettre le pouvoir de juridiction (1).

3. Gajétan s'était déjà posé la question de savoir si les droits de la primauté sont inséparablement liés au titre d'évêque de Rome, ou s'il est au pouvoir du pape de fixer autre part son siège épiscopal ou de renoncer à un évêché spécial pour exercer simplement ses droits de primauté, en d'autres termes, si l'autorité suprême est attachée à l'évêché de Rome de jure divino ou de jure ecclesiastico. Pour mieux comprendre cette question, il faut remarquer d'abord qu'il ne s'agit pas ici de savoir si le successeur de saint Pierre est ex jure divino l'héritier de ces droits de primauté, car ces droits doivent rester dans l'Eglise jusqu'à la fin des temps ; il ne s'agit pas de savoir non plus si les évoques de Rome régulièrement élus ont maintenant effectivement ex jure divino le pouvoir suprême sur l'Eglise tout entière, mais il importe de se demander si Dieu luimême a établi cette union de la fonction pontificale suprême de l'évêché de Rome ex jure ecclesiastico. Gajétan avait défendu la première opinion, Soto embrassa la seconde (2). Gajétan suppose une révélation particulière de Dieu faite à saint Pierre pour lui indiquer que cette union devait être indissoluble. Mais il n'y a là-dessus aucun témoignage certain de la tradition. Celle-ci nous démontre cependant, avec certitude, que Pierre a été finalement évêque de Rome, qu'il a concentré dans son successeur les

persona errare in fide potest sicut alia peccata committere, quia non est impeccabilis.

(1) Ib. dist. 20. qu. 1. a. 2 : Nam etsi episcopi successores apostolorum dicantur— illam tamen auctoritatem non suscipiunt, nisi per Komanum pontificem Pétri successorem.

(2) /6. dist. 24, a. 5.

482 UISTOIRE DES DOGMES

deux titres d'évêque de Rome et de chef suprême de l'Eglise et enfin qu'aucun autre évêque ne s'est jamais arrogé l'autorité suprême sur l'Eglise universelle. Depuis près de 2000 ans, l'histoire a démontré la convenance de cette union de la primauté et de l'évêché de Rome, si bien que cette institution, lors même qu'elle n'aurait été établie par saint Pierre que ex jure ecclesiastico, s'est cependant conservée sans interruption sous une direction particulière de l'Esprit- Saint. Mais il ne s'ensuit pas nécessairement que cette union doive durer jusqu'à la fin des temps. Il pourrait arriver que Rome fût détruite ou que le chef suprême fût forcé d'établir ailleurs son siège épiscopal ou que le pape trouvât plus conforme à sa mission de n'attacher ses droits de primauté à aucun évêché particulier et de les exercer, comme saint Pierre le fit avant de s'établir comme évêque dans un lieu déterminé, ou comme il le fit encore sur lesiège épiscopal d'Antioche, auquel il n'avait pas l'intention d'attacher les droits de la primauté.

En tout cas, on ne peut préciser avec certitude si la primauté a été attachée à l'évêché de Rome ex jure divino ou ex jure ecclesiastico. Si c'est de jure divi7io, c'est-à-dire si cette union a été établie par Dieu comme immuable, l'évêché de Rome est une exception à larègle générale d'après laquelle la localisation de la juridiction épiscopale ou la col. lation de la juridiction pour un diocèse déterminé n'est que de jure ecclesiastico, c'est-à-dire dépend de la décision libre du pape. Dans la suite la plupart des théologiens ont pensé qu'il ne pouvait en être de l'évêque de Rome comme des autres évêques, que Tunion de la primauté et de l'évêché de Rome est une institution de jure divino^ mais ils ont pris soin de déclarer que ce n'était point là un dogme.

B. Un des plus éminents théologiens contemporains du concile de Trente fut Melchior Gano. Après avoir traité dans son ouvrage « Locitheologici » de l'autorité de la sainte Ecriture, de la tradition apostolique, de FEglise catholique et des conciles, il en arrive dans son VP livre à l'çxplication de

Page 1