DOCTRINE DES THÉOLOGIENS CONTEMPORAINS
l'autorité de l'Eglise romaine, en établissant l'infaillibilité de son chef (1). Ce n'est pas ici le lieu de suivre pas à pas la démonstration de Melchior Gano où il nous montre le Christ conférant à saint Pierre la fonction pastorale suprême et, avec elle, Tinfaillibilité nécessaire pour ladétermination de la foi, d'indiquer comment il établit la perpétuité, dans l'Eglise, des droits de la primauté et leur possession de jure diviiio par le successeur légitime de saint Pierre. Il cite en effet les témoignages spéciaux et la tradition, en se plaçant au pointde vue de la science historique d'alors et il les présente de telle façon qu'ils n'ont pour la plupart aucune force probante. Il insiste cependant avec raison sur ce fait que dans l'Eglise on a universellement cru, dès le début, à l'autorité suprême de l'évêque de Rome, qu'on a universellement accepté ses jugements en matière de foi ou de mœurs, comme des jugements sans appel et décisifs jusqu'à nos jours, que tous les conciles généraux ont recherché l'approbation du pape et que leurs décrets ont reçu d'elle la plus haute autorité (2). Dieu a confirmé par l'histoire l'infaillibilité de l'évêque de Rome, puisque l'hérésie n'est jamais arrivée à dominer l'Eglise romaine ; celle-ci est toujours restée le centre du monde chrétien et le rempart de la vraie foi. Il y a eu à travers tous les siècles des protestations répétées contre la primauté de l'évoque de Rome de la part des hérésiarques et des schismatiques soutenus par le pouvoir civil, de la part même des évêques ; et, malgré tout, le rocher de Pierre est resté inébranlable (3).
Sans l'infaillibilité du pape, celle de l'Eglise et des conciles généraux deviendrait chancelante, car le Christ n'a pas assuré l'infaillibilité à chaque évêque en particulier, et, en fait, un grand nombre sont tombés dans l'hérésie ou le schisme. Ce n'est pas à dire non plus que toute divergence
(l) L. VI. c. 1.
(l) Ib. cap. 7. p. 201.
•1 Ib. p. 202.
disparaisse entre les évoques réunis en concile œcuménique ; le contraire s'est souvent manifesté. Mais ce n'est point la majorité qui peut se prévaloir de rinfaillibilité, parce que ce n'est point à elle que Dieu en a fait la promesse. Sans le pape, il manquerait à la foi un juge suprême et une direction sûre. Un concile général ne peut pas davantage siéger en permanence; le Christ aurait donc manqué de sollicitude à l'égard de son Eglise, il n'y aurait pas d'autorité décisive pendant les vacances du concile, ni dans le concile même.
Melchior Gano tenait donc Tinfaillibilité du pape comme un dogme et il regardait déjà, à son époque, l'opinion contraire comme une hérésie (1). Ce fut aussi l'avis de Martin V, à la fin du concile de Constance.
C'est probablement de Melchior Cano que nous vient l'expression ex cathedra ; il s'en servit pour mieux préciser les circonstances dans lesquelles le pape jouit de l'infaillibilité. Si dans ces cas solennellement déterminés, le pape pouvait porter une fausse décision, alors qu'il définit le contenu de la foi, en sa qualité de docteur de la chrétienté tout entière [ex cathedra), il s'ensuivrait que la chrétienté n'aurait rien qui la garantît de l'erreur, dans le moment où sur Tordre du Christ elle obéirait à la voix du pasteur suprême et accorderait à sa doctrine une foi divine (2). Cano accorde bien qu'il est possible au pape de tomber personnellement dans l'erreur en matière de foi, mais il affirme aussi que le Saint-Esprit préserve le pape de toute erreur quand il détermine les objets de foi pour tous les fidèles, quand il veut diriger et préciser cette foi (3). Il
(1) 26. p. t02: Quodsi in hoc erro, quod Romanae sedis privilégia Christo illi concessa et tueor et contradicentes haereseos nomine condemnandos esse credo, non solum tuto, sed libenter erro.
{1)Ib. p. 203.
(3) Ib. p. 214 : Quapropter non est necesse, ut interioris fidei conser-1 vatione Romanis pontificibus Deus semper assistât. At quod, dum eaj decernunt, quae fidelibus credenda sunt, dumque ecclesiam Christi il fide dirigunt, non deficiant, sed divina manu teneantur : id ecclesiae'
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