‹ Histoire des dogmes (volume 4)Chapitre 7 sur 108 · LA SCIENCE TUÉOLOGIQUE EN ITALIE · texte numérisé non relu

LA SCIENCE TUÉOLOGIQUE EN ITALIE

terre une puissance publique ; elle s'était assuré la suprématie non seulement dans la philosophie, mais même dans toute littérature. De là elle s'étendit en France, où elle déposa les germes de la Révolution, en Allemagne et dans les autres pays. Partout ce turent d'abord les hautes classes qui furent infectées du venin et détournées de TEglise ; partout disparut de la vie publique non seulement l'extérieur du Christianisme, mais aussi l'esprit chrétien ; partout les gouvernements travaillèrent à émanciper l'Etat des influences de l'Eglise età la subjuguer. Les Jésuites, qui partout s'opposaient à ce mouvement, comme le premier et le solide boulevard de l'Eglise, furent pris pour les premières victimes: ils furent d'abord éloignés de leurs établissements d'instruction et enfin, sous la pression des gouvernements, supprimés par le pape Clément XIV. Le Jansénisme,leGallicanisme,leFébronianismefurentles premiers pas dansladéchristianisation progressive de la société.

Dans ces temps si malheureux pour la foi, ce fut l'Italie qui donna à l'Eglise ses défenseurs les meilleurs et les mieux armés; parmi eux quelques-unsontacquis une grande importance dans l'histoire des dogmes. Tels furent, dans la première moitié du XVIIP siècle, le cardinal Gotti (1664- 1742) (l) et, dans la seconde moitié, le Jésuite Zaccaria (1714- 1775). Après la suppression de la Société il vécut à Rome pour la science ; il devint professeur à la Sapience, édita plusieurs ouvrages théologiques d'auteurs célèbres dans les sciences les plus diverses et se fit remarquer comme un des plus ardents adversaires du Fébronianisme (2).

Saint Liguori, fondateur des Rédemptoristes (1696-1787), a bien mérité de la théologie non seulement dans ses ouvrages de théologie morale, qui ont acquis dans tout le

(1) Parmi ses ouvrages il faut citer : Theologia scholastico-dogmatica (Bologne, 17-27-1735), 16 toI. in-40; et Veritas religionis christianae (Rome, 1735-1736), 3 vol.

(?) Il est l'auteur de VAntifebronius et de VAntifebronius vindicatus. (Francfort et Leipzig, 1772).

monde catholique une réputation et une diffusion oii peu d'auteurs ont atteint, mais encore en combattant et en réfutant les erreurs de son temps. Pie IX, en 1871, a proclamé saint Liguori docteur de l'Eglise.

Parmi les sciences qui se rattachent à la théologie, c'est l'histoire de l'Eglise qui touche de plus près à l'histoire des dogmes. Dans cette branche, il se produisit au XVIP et au XVIIP siècles un renouveau dont les premiers agents furent les Bénédictins de France. Sous leur influence le mouvement s'étendit aux maisons du même Ordre dans les autres pays, en particulier en Italie. Muratori et Mafïey se sont acquis dans rhistoiredel'Eglise unerenommée universelle. Le premier (1672-1750), bibliothécaire à Milan, puis archiviste à Modène, recueillit, dans ces différents postes, les documents nécessaires pour son grand ouvrage national : Reriim italicarwn scriptores ah. an. ôGO-i ôOO, (Milan, 28 vol. 1723-51). Par plusieurs autres travaux historiques, il prit part au débat sur l'immaculée conception de Marie. Dans le livre De ingeniorutn moderatione in religionis negotio, et dans celui De superstitione vitanda^ il blâmait le vœu de vouloir donner sa vie pour la foi à l'immaculée conception de Marie. Par ces écrits il provoqua de violentes luttes. Mafïey (1675-1755) s'est occupé davantage de l'histoire profane ; il a cependant effleuré l'histoire des dogmes dans son histoire des dogmes et des doctrines de la grâce pendant les cinq premiers siècles, écrite en Italien (1). Par là il prit part à la lutte contre les jansénistes. A côté de ces deux grands historiens, il faut citer Jean-Dominique Mansi (1692-1769), éditeur des annales de Baronius et de leur continuation par Rinaldi, de la critique de Pagi et de plusieurs autres ouvrages théologiques. C'est surtout par son ouvrage Sacrorum conciliorum nova et amplissima collectio^ dont il parut trente-neuf volumes in-folio (Florence 1759), qu'il mérita de la théologie.

(1) Istoria Theol. délie doctrine et délie opinioni, etc. Tridenti, 1742.

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Un des plus célèbres contemporains de Mansi fut le savant pape BenoîtXIV (1740-1758), de son nom de famille, Prosper Lambertini, né à Bologne en 1675. Par ses études et par les fonctions qu'il exerça dans la congrégation du concile dont il était membre, il était surtout canoniste ; il le montra dans les ouvrages scientifiques qu'il publia avant et pendant son pontificat. Parmi ces ouvrages, il faut citer : De synodo dioecesana (Rome, 1748) et De servorum Dei beatificatione, Bologne, 1734-38. Parmi les papes suivants, Grégoire XVI mérite une place particulière parmi les auteurs ecclésiastiques. Etant encore religieux camaldule^ il avait publié sous le nom de Mauro Gappellari, en 1799, un ouvrage intitulé (( Triomphe de la sainte Eglise et du Saint-Siège contre les novateurs » ; il y défendait tout particulièrement l'infaillibilité du pape.

§5 La Science théologique en France.

La France ne produisit pas, au XVP siècle, une bien riche littérature théologique. Aux guerres extérieures avec l'Empereur d'Allemagne, l'Espagne et l'Angleterre, sous les règnes de François P"" (f 1547) et de Henri II (f 1559) vinrent s'ajouter les guerres civiles et les guerres avec les Huguenots, qui voulaient introduire le Calvinisme en France ; et ces guerres de religion furent menées avec plus de cruauté sous François II (1559-60), Charles IX (1560-74) et Henri III (1574-1589). Ce ne fut que sous Henri IV, qui en 1595 revint du calvinisme à l'Eglise catholique, que la situation devint plus tranquille, jusqu'à ce que, sous Louis XIII, le cardinal de Richelieu terminât la guerre civile par la prise delaRocheile. Le momeritde Icirenalssance théologique était arrivé. Le mouvement fut donné par les théologiens espagnols et par les énergiques elTorts de réforme que l'Eglise tentait de tous côtés ; à ces efforts se rattachait la mise à exécution des décrets du concile de Trente. Les décrets

furent appliqués en France par les évêques sous la coopération du gouvernement. L'Université de Paris, qui, au moyen âge, avait été appelée la lumière du monde, ne donna plus cette fois Télan. Elle était obscurcie, en ce siècle, parles Universités espagnoles, et ses cours étaient désertés. Ce furent d'abord les différents Ordres, les nouveaux en particuliers, Lazaristes, Oratoriens, Jésuites et Bénédictins réformés de Saint-Maur, qui se disputèrent la palme dans cette noble lutte.

A la Compagnie de Jésus appartient d'abord le P. Petau. Né à Orléans en 1583, il suivit les leçons de la Sorbonne à Paris et en 1605 entra dans la Compagnie de Jésus. Il fut professeur de rhétorique à Reims et à l'école de la Flèche et, à partir de 1618, au collège de Glermont à Paris ; enfin en 1621, il fut nommé professeur de théologie positive, emploi auquel ses longues études l'avaient bien i:)réparé (1). De ses leçons dans lesquelles il a exposé les dogmes en développant les preuves tirées de la sainte Ecriture et des écrits des Pères, et oii il a pu utiliser sa grande connaissance du latin, du grec et de l'hébreu, est sorti son ouvrage immortel Dogmata catholica, qui a ouvert une voie nouvelle dans l'histoire des Dogmes. Il a d'ailleurs été remarquable dans d'autres domaines, en particulier dans celui de la chronologie par son ouvrage De doctrina temporum et par l'édition d'Epiphane et d'autres auteurs. Mais les Dogmata forment son œuvre la plus importante. Trois volumes parurent en 1624, contenant la doctrine relative à l'essence et aux attributs de Dieu, à la Trinité, aux Anges et à l'œuvre des six jours. Déjà dans le dernier volume, il s'occupe des erreurs de Jansénius, qu'il étudie surtout dans le quatrième volume, paru en 1650, où il traite la doctrine de l'Incarnation.

La mort qui le surprit prématurément en 1652, l'empêcha de terminer cet ouvrage. Malgré son érudition ency-

(1) Cf. Stanonik, Dionysius Petavius, Gratz, 1876.

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clopédiqae, la facilité et l'élégance da style, ce livre n'obtint pas l'accueil et la vogue que l'on aurait pu attendre. La nouveauté de la méthode et le manque d'élaboration d'une matière d'ailleurs si riche, peut-être aussi le manque de clarté, ont peut-être été les causes de la froideur qui l'accueillit tout d'abord. Ce fut seulement quand les protestants eurent en 1700 fait paraître à Amsterdam une nouvelle édition de ce grand ouvrage, qu'il atttira l'attention des catholiques. Depuis cette époque il en a été fait plusieurs éditions, et il est resté jusqu'à notre époque une riche mine de textes et de doctrines des Pères. Mais peu de théologiens ont suivi le P. Petau dans cette voie. Il faut cependant citer Thomassin, membre de TOratoire, né en 1619, qui, venu d'Italie en France, a rendu de grands services dans l'histoire de l'Eglise. De 1654 à 1668 il enseigna la théologie à Paris et jusqu'à sa mort, survenue en 1698, il se consacra à des travaux scientifiques, parmi lesquels il faut citer ses Dogmata theologica, parus en 3 volumes infolio. Dans cet ouvrage il traite de Dieu et de ses attributs, de la Trinité, de l'Incarnation, de la Grâce et des fms dernières ; il essaie de tenir le milieu entre les opinions des Jésuites et des Dominicains. L'élaboration des matériaux est plus visible que chez le P. Petau, mais pour l'érudition et la profondeur du jugement, Thomassin n'atteint pas son prédécesseur.

Les domaines attenants à l'histoire de l'Eglise furent étudiés surtout par Hardouin, de la Compagnie de Jésus (1646-1729), dont l'ouvrage le plus important est un recueil des décrets des conciles et des papes (Paris 1714, 12 vol. in-fol.), et par les Bollandistes, ainsi nommés de leur premier chef Jean Bolland (1596-1655) ; ils commencèrent le grand ouvrage des Acta Sanctorum, qui s'élevait à 68 volumes en 1900.

La Scolastique se con tinua dans les écoles ecclésiastiques de la France. Ici aussi les thomistes et les scotistes défendaient leurs opinions et leurs traditions particulières et

cherchaient à leur conserver leur intérêt. Il suffira de nommer ici les principaux représentants des deux écoles en France. Pour les JAomt5/e5, ce sont incontestablement Gonet et Billuart. Le premier, né à Béziers et professeur de théologie thomiste de 1650 à 1671, est l'auteur du Clypeus theologiae thomisticae (Burdigalae, 1659-1669), ouvrage estimé à juste titre par les thomistes. Gonet mourut en 1681. Le second, Charles-René Billuart (1685-1757), dominicain, né à Revin en Belgique, n'eut pas, il est vrai, la réputation de Gonet, mais ses écrits furent très 'répandus dans les écoles^ surtout en France. Il est l'auteur d'une Summa Summae S. Thomae (i) et d'un résumé de cette Summa Summae S. Thomae (2).

Parmi les scotistes, deux méritent surtout d'être mentionnés : Frassen (1620-1711) et Dupasquier (f 1718). Le premier était frère mineur et professeur de théologie à la Sorbonne, il composale5co/2<5«C(2âfemzcz/5 (Paris, 1672-1677). Le dernier est l'auteur de la Summa theologiae scoiisticae, qui se recommande par sa concision et sa clarté. Dupasquier doit être considéré dans l'histoire des dogmes comme le vrai représentant, à cette époque, de l'école scotiste. L'Université de Paris^qui se releva au XVI^ siècle, compta encore parmi ses professeurs Isaac Habert et Tournely.Le premier, professeur à la Sorbonne et ensuite évêque de Vabres, mort en 1668, compte parmi les premiers adversaires du jansénisme,contre lequel il s'éleva dans des sermons prêches à Paris, en 1642 et 1643, et plus tard en 1650, à la tête de cinquante évêques dans un rapport au pape Innocent X. Déjà en 1646 il avait publié son ouvrage sur la grâce, où il montre la conformité de la doctrine des Pères grecs avec celle de saint Augustin (3). Tournely (1658-1729) était de même professeur à la Sorbonne, mais dans ses Praelectiones

(1) Paru à Liège, 1746 et à Paris, 1840. 10 vol. in-S».

(2) Liège, 1754. 6 voL in-8».

(3) Theologiae graec. Pair, vindicatae circa materiam gratiae. 113. Paris, 1646.

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theologicae il dépasse de beaucoup Habert. Son livre se distingue par la clarté de l'érudition et il fut très estimé, en particulier par saint Alphonse.

Le long: et brillant règne de Louis XIV assura à la France la suprématie parmi les puissances de l'Europe ; ce qui eut comme résultat de donner un nouvel élan à toutes les branches de la littérature et même à la théologie. Les théologiens que nous avons nommés n'étaient pas les seuls astres qui brillaient à l'horizon. L'épiscopat de France était aussi à la tête de cette époque ; il suffit de citer Bossuet, évoque de Meaux, et Fénelon, archevêque de Cambrai. Mais d'un autre côté le règne de Louis XIV fut aussi fatal pour l'Eglise. 11 voulut étendre son pouvoir absolu même dans le domaine de l'Eglise, il se permit d'empiéter sur la constitution ecclésiastique, et attisa en France le mouvement anti papal qui y régnait depuis le concile de Constance, c'est-à-dire le gallicanisme qui y régnait à l'état latent et qu'il fit éclater au grand jour. Bossuet (1627-1704) se prêta, sur la demande du roi, à tracer au gallicanisme un programme déterminé, à établir les Quatre Articles (1682), qui furent signés par une grande partie des évêques français. Pour les défendre, il composa ensuite la Defensio declarationis celeberrimae^ qui n'a été publiée qu'après sa mort, (Luxembourg, 1730). L'histoire de ce gallicanisme fera Tobjetd'un chapitre particulier de notre histoire. Bossuet a cependant bien mérité, à plusieurs titres, de l'Eglise et de la théologie, en particulier par ses ouvrages de controverse contre les protestants, par l'exposition de la doctrine catholique, qui a été traduite en plusieurs langues et par l'Histoire des variations des Eglises protestantes^ où il a tracé la voie d'une entente et a édifié un pont pour permettre aux protestants le retour à l'Eglise.

Le tableau du développement de la littérature théologique en France au XVIP et au XVIIP siècles serait très incomplet, si on n'y donnait une place très importante aux grands travaux des Bénédictins et des Oratoriens. Au XVI'' siècle et môme avant, les nombreux cou-

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vents Bénédictins de France, par suile d'une richesse démesurée, de circonstances peu favorables et du relâchementgénéral des mœurs, s'étaient relâchés beaucoup dans la discipline. Une réforme s'imposait. Elle fut commencée par Didier de la Court (f 1623), au couvent Saint-Vannes à Verdun; mais ce fut Laurent Bénard qui l'exécuta d'une manière grandiose, après avoir réalisé sous le nom de congrégation de Saint-Maur, l'union générale de tous les Bénédictins de France. Cette union fut approuvée par Grégoire XV, en 1621, et par Urbain VIII en 1627, et confirmée par le roi en 1632. Un général élu pour trois ans était mis à la tête de la congrégation. Le premier général Grégoire Tarisse (1630-1648) a, par ses ordonnances sur la formation et les études des membres de l'ordre, éveillé chez les moines un esprit scientifique si puissant qu'il a duré sans faiblir jusqu'à leur destruction par la Révolution, et poussé et stimulé de nombreux religieux vers le plus haut idéal (1). Sans doute la plupart des grand travaux des religieux de Saint-Maur sont relatifs aux études historiques ; mais en grande partie ils sont du domaine de la patristique, la plus importante des sciences auxiliaires de la dogmatique. Au premier point de vue, Mabillon fut le père de la diplomatique. Il fut suivi dans ce domaine parToustain, Tassin et par le plus célèbre des Bénédictins de Saint-Maur, Montfaucon (1655-1741). Dans l'histoire profane travaillèrent Martène, Clémencet, Clément ; dans l'archéologie, Montfaucon ; dans l'hagiologie, Ruinart ; dans l'histoire des ordres, d'Achéry et Mabillon. Pour la patristique, les religieux de Saint-Maur donnèrent de nouvelles éditions critiques des Pères, qui n'ont pas été dépassées jusqu'à ce jour; ils les munirent d'introductions savantes, de tables exactes et de tout un savant appareil critique. Ainsi nous leur devons les meilleures éditions des écrits des Pères la-

(1) Cf. Herbst. Die Verdienste der Mauriner um die Wissenschaften. Tubinger, Quartalschs. 1833.

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lins, saint Augustin, saint Ambroise. saint Hilaire, saint Jérôme, saint Grégoire de Tours, saint Grégoire le Grand, saint Anselme, saint Bernard ; et des Pères grecs, saint Irénée, saint Athanase, saint Cyrille de Jérusalem, saint Chrysostome. Les noms de ces éditeurs sont universellement connus : Massuet, Montfaucon, Constant, Touttée.

Les Oratoriens rivalisèrent noblement avec les Bénédictins, pour produire dans le champ de l'histoire des travaux remarquables. A cet ordre appartiennent, non seulement Baronius,Raynaldi,Thomassin,en France, mais encore Morin, qui, outre l'édition des Septante et de nombreux travaux historiques, a publié deux œuvres remarquables sur la Pénitence et sur l'Ordre. Il faut enfin citer Malebranche, qui a tenté de concilier la philosophie de Descartes avec la doctrine de l'Eglise, l'exégète Richard Simon et Massillon, le grand orateur (7 1742).

La Révolution française dans ses terribles dévastations détruisit à lafinduXVIII^ siècle tous les établissements de la science théologique, chassa et dispersa tous ceux qui la cultivaient et causa pour longtemps un arrêt complet dans le développement de la théologie en France. Le Concordat français n'a garanti à l'Eglise que les séminaires absolument nécessaires à l'éducation et à la formation du clergé paroissial, et c'est peu à peu seulement que se développèrent de nouveau l'esprit et le besoin de profondes études théologiques. Les luttes entre les Traditionalistes et les Ontologistes, que l'on traite dans l'histoire des dogmes, sont plutôt du domaine des questions préliminaires à la dogmatique que de la doctrine de la foi. Il est difficile de prévoir, avec certitude, si et quand une nouvelle floraison de la science théologique, comme la France en a déjà eu (au temps des Pères et au XVIP et au XVIII* siècles), reparaîtra en France.

Développement de la théologie dogmatique chez les Allemands,

aux temps modernes.

En Allemagne, la situation religieuse et politique pendant la première moitié du XVP siècle était encore moins favorable à tout développement des sciences théologiques. Les troubles intérieurs et les guerres entre l'empereur et les princes protestants, les luttes violentes et les provocations entreles chefs des différents partis religieux et les théologiens de l'Eglise, les diverses négociations, la sécularisation de nombreux foyers de culture de la théologie et de la discipline monacale, d'où, il est vrai, l'esprit ascétique avait souvent déjà disparu, tout cela, dans des temps aussi troublés, peut bien produire une littérature polémique, mais il manque là la préparation nécessaire à l'accomplissement de travaux, qui demandent l'union tranquille de nombreux efforts pendant de longues années, car ces travauxont pour objetl'explication des mystères divins, la continuationet la solution des controverses difficiles sur les vérités de la foi. Les principes alors controversés sur les sources de la foi et leurs rapports réciproques, sur la justification par la foi, sur les bonnes œuvres et leur nécessité, sur les divers sacrements, sur les indulgences, sur l'infaillibilité du pape furent bien étudiés çà et là dans des écrits polémiques, mais nulle part sous une forme calme et scientifique, de façon à apporter quelque profit à l'histoire des dogmes ou à faireavancerTintelligence des dogmes au delà du terme où l'avaient conduite les travaux anté rieurs. Ceci est surtout à dire des écrits polémiques des réf ormateurs et de leurs partisans. Ce qui donna à ces travaux un si puissant écho dans le peuple allemand, cène futcertes pas un exposé approfondi et convaincant des vérités religieuses, mais Thabileté à saisir le ton populaire pouf attiser les passions contre les abus de l'Eglise, allumer la

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haine contre le pape et le clergé, promettre aux peuples la satisfaction la plus commode de leurs besoins religieux au lieu de l'oppression antérieure. La preuve de ceci sera fournie en diverses parties de l'histoire des dogmes, principalement dans la troisième et la quatrième. Que dans les écrits de Luther, notamment, apparaissent partout une pleine méconnaissance de lathéologie de TEglise, qu'on y sente le défaut de toute connaissance profonde des vérités de foi mises en question et que les attaques soient en grande partie dirigées contre des abus, des suppositions purement imaginaires et des travestissements de la doctrine de l'Eglise, il suffit, pour s'en convaincre, de comparer l'exposé qu'ont donné de la doctrine de la justification les grands théologiens de l'Eglise avec les développements qu'en ont présenté les réformateurs. Et, même dans les écrits polémiques des théologiens ecclésiastiques d'Allemagne, il manque de ces développements qui les fassent compter comme des anneaux delà chaîne du développement dogmatique. Il suffit donc de mentionner ici les noms connus de l'histoire de l'Eglise : Eck (f 1543), Gochlaeus(f 1552), Erasme, Dietenberger, Gropper, Pirstinger (f 1543), l'Italien Ambroise Gatharin (f 1553) Jean Faber (f 1541) (1) que suivirent beaucoup d'autres dans la seconde moitié du XVP siècle (2). Gette polémique futvigoureusement soutenue par les Universités : du côté des protestants combattirent, Wittemberg, léna, Leipzig, Kœnigsberg, Heidelberg, Tubingue; tandis que Ingolstadt, Dillingen, Gologne, Vienne, Prague, Mayence, Wurzbourg, et plus tard aussi Gratz et Salzbourg restèrent les forteresses du catholicisme.

Dans la seconde moitié du XVP siècle^ lorsque les décrets du concile de Trente furent mis en exécution, la contre-réformation fut entreprise dans les pays d'Allemagne restés

(!) Cf. Lakmmbr, Dievortridentinisch'katholtsche Théologie der Reformzeitalters, Berlin, 1858.

(2) Cf. Wernbr, Geschichte der kathol. Théologie in Deutschland, p. 4 sqq.

catholiques, avec la plus grande énergie» sous une forme offensive et la plupart du temps avec l'aide des Jésuites. Ils furent d'abord appelés à Ingolstadt, à Dillingen, puis dans toutes les Universités d'Allemagne, comme professeurs de théologie et de philosophie, et ils y introduisirent la méthode de la Scolastique rajeunie, telle qu'ils l'avaient apprise et pratiquée à Salamanque. Parmi eux furent particulièrement remarqués Grégoire de Valence qui enseigna à Ingolstadt de 1575-1591 et prit part ensuite à la congrégation De auxiliis à Rome (f 1603), Bécan (1), un Brabançon d'origine, professeur à Wurzbourg, Mayence et Vienne (f 1624) et Rodrigue d'Aiaya, professeur à Prague depuis 1624 (f 1667). Ils sont les trois dépassés de beaucoup par un autre Brabançon, Léonard Lessius, longtemps professeur à Louvain (f 1623), un des plus grands théologiens de la Compagnie de Jésus (2).

La guerre de trente ans arrêta grandement et pour longtemps tout progrès dans la culture du peuple allemand. Dans ces campagnes militaires de deux armées ennemies, poursuivies sans interruption non seulement pour la domination et la suprématie, mais aussi pour les questions religieuses et oii, par conséquent, la lutte s'exaspéra par le fanatisme ; dans ces pillages et réquisitions sans fin, les villes furent dépeuplées ; plusieurs contrées, par suite de Tabandon delà culture des champs et de toute agriculture, devinrent désertes ; la prospérité et le commerce furent anéantis ; si bien que toutes les conditions nécessaires pour la culture des sciences faisaient défaut. Les écoles, les monastères et les séminaires de théologie se dépeuplèrent également. Lorsqu'enfin, en 1648, après que la lassitude eut gagné tout le monde, les partis en lutte firent la paix et que les princes s'entendirent pour reconnaître

(1) Il écrivit un Manuale controversiarum et un Compendium de cet ouvrage : celui-ci imprimé à Lyon en 1624.

(2) Parmi ses œuvres il faut surtout signaler : De perfectionibus mori" busqué divinis. Antv. 1620; et Be graiia effîcaci. Antv. 1616.

THÉOLOGIE DOGMATIQUE CHEZ LES ALLEMANDS oi

dans une certaine mesure les trois différentes communions religieuses, la science renaquit pour une nouvelle vie et aussi, à la suite de la contre-réformation poussée activement, la théologie de l'Eglise. Des efforts et des travaux scientifiques des Mauristes en France rejaillit notamment sur les ordres religieux d'Allemagne une influence vivifiante et excitante. Elle s'accusa surtout à Salzbourg et dans les provinces voisines des Bénédictins : ici, en effet, commença une puissante activité littéraire qui s'étendit jusqu'à la dogmatique et se rattacha à l'école thomiste. Les représentants de ce mouvement sont Reding (1), professeur à Salzbourg de 1655-1658, puis abbé d'Einsiedeln (t 1692) (2) Babenstuber (1660-1726 (3) Schmier (f 1774;, Schnell (f 1775) et le Dominicain Gazzaniga(4) qui enseigna à Vienne de 1760 à 1786 et mourut à Vicence en 1799.

En face des thomistes, les scotistes reparurent avec une nouvelle activité ; parmi eux Krisper de Gratz (1669-1749) compte parmi les principaux.

Parmi les chanoines Augustins, Eusèbe Amort (f 1775) s'est fait un nom célèbre comme éclectique (5). Parmi les polémistes se firent remarquer deux frères convertis, les Walenbourg (6).

Mais ceux qui restèrent les plus brillants et les plus remarquables représentants de la science théologique en Allemagne jusqu'à leur suppression, ce furent les Jésuites ; ils occupèrent du reste la plupart des chaires de théologie et de philosophie. Leurs travaux ne supportent pas sans doute la comparaison avec les œuvres des grands théologiens espagnols du XVP et du XVIP siècles, mais ils dépassent

(1) Theologia scholastica universa, 13 vol. in-folio. Einsiedeln, 1687.

(2) Theologia speculativ a. Augsbourg, 1715-1736, 8 vol.

(3) Prael. theol. Bononiae, 1790, 7 vol.

(4) Theologia scholae scotisticae universa. Augsbourg, 1728-I74S, 4 voP in-folio.

(5) Theologia eclectica mor. et scholastica. Augsbourg, 1752.

(6) Tractatus de contr. fidei. Colon. 1670.

cependant ceux que nous venons de nommer, pour ce qui est de l'examen et de la réfutation des erreurs du temps, la clarté, et la limpidité de leurs divisions et de leur exposé. Il faut aussi signaler, parmi les caractères propres à l'objet de leurs études, que toujours apparaît dans cette même école une certaine similitude de forme. Parmi les meilleurs travaux il faut citer la Theologia scholastica de Mayr (Ingolstadt; 1729 et s., 8 vol. in-8*), la theologia speculativa deSigismond Busch (Gratz et Augsbourg, 1715) et parmi les excellents la theologia dogmatica, polemica, scholastica, moralis des trois théologiens de Wurzbourg, Kilber, Holtzclau et Neubauer (Wurzbourg 1766-1771).

Du reste la vieille Scolastique avait décliné depuis le milieu du XVIP siècle, en même temps que la nation espagnole descendait de son apogée. En France, pendant leXVIIP siècle, la littérature nationale était arrivée à une période d'éclat, et c'est vers la littérature que se tournait de plus en plus les esprits cultivés ; par contre, ils se détournaient de plus en plus de la théologie qui avec ses catégories d'Aristote et son langage abstrus n'était plus intelligible pour les profanes. Au lieu de faire valoir comme jadis sasuprématie sur toutes les branches du savoir la théologie perdait peu à peu tout contact avec le monde des esprits lettrés. En Allemagne le même phénomène ne se produisit qu^un peu plus tard. Puis vinrent les attaques chaque jour grandissantes de l'incrédulité et de lanti-christianisme en Angleterre et en France, puis en Allemagne. Les régions les plus élevées de la société, puis même les supports de l'autorité gouvernementale furent les premiers atteints et travaillèrent à séculariser la vie publique. Dans les milieux catholiques on commença, hélas ! de divers côtés, à se mettre de connivence avec ces tendances du jour età se jeter ensuite dans le Gallicanisme et le Fébronianisme. Les Jésuites restèrent, dans ces tristes jours, les défenseurs les plus prompts et les plus habiles du catholicisme ; ils éprouvèrent donc en première ligne les plus violentes attaques. Déjà avant la

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