LES THÉOLOGIENS DU XVI° ET DU XVII^ SIÈCLE
mettre en une plus éclatante lumière, l'unité de l'Eglise en face des incroyants et des hétérodoxes, et elle constitue ainsi pour tous (1) un motiviim credibilitatis. On a souvent objecté contre Tinfaillibilité du pape qu'elle ne donnait aucune sûreté contre les définitions inconsidérées et prématurées ; car sa volonté libre n'est point retenue par l'assistance du Saint-Esprit, et il lui reste la possibilité d'agir avec précipitation. Cependant il reste à l'autorité le devoir de se livrer, sur la question agitée, à la consultation et à l'examen complet des sources de la foi et à ne donner qu'alors une décision, à moins que la chose ne soit déjà claire et manifeste. Et en tous cas, le Saint-Esprit doit préserver le dépositaire de l'infaillibilité contre l'abus de sa volonté libre. Il le préserve de toute décision fausse et erronée, il le protégera (2) donc contre toute précipitation.
En ce qui concerne l'union de la primauté avec l'évêché deRome,Suarez, et avecraison, émet l'opinion que le prince des Apôtres n'avait reçu aucune révélation sur cette union quand il fonda et gouverna l'évêché d'Antioche; s'il avait été dès lors éclairé par quelque révélation divine, il aurait aussitôt choisi Rome pour son siège épiscopal. Il regarde cependant, comme plus vraisemblable, que saint Pierre a reçu plus tard une révélation à ce sujet, et ainsi il a établi cette union ex jure divino, car par là l'unité de l'Eglise est garantie et assurée contre beaucoup de tentatives schismatiques (3).
<l) Ib. n. 10.
(2) Ib. n. 11 : Solet autem quaeri quid sit futurum, si Pontifex sine praemissa diligentia definiat : aliqui dicunt posse tune Pontificem errare et ecclesiam posse tune non assentiri : sed hoc periculosum est, quia ecclesiae non poterit constare, an Pontifex adhibuerit sufficientem diligentiam neene, vel relinquetur singulorum arbitrio, ut judicent, an diligentia sufficiens fuerit, et ideo melius, ut existimo, respondetur, non admittendo casum : nam Spiritus sanctua qui régit ecclesiam non permittet Pontificem tam imprudenter definire, et ideo quoties absolute •définit, credendum est sufficientem diligentiam praemisisse.
(9) Disp. 10. sect. 3, 10.
D. A propos de Grégoire de Valence, célèbre professeur de théologie à Dillingen et à Rome, membre de la congrégation de Auxiliis (f 1603), nous voulons seulement dire qu'il se prononce avec autant de décision que les précédents pour l'infaillibilité du pape et qu'il n'entend pas notamment soumettre à un examen, que feraient les fidèles avant de croire, les conditions préalables réclamées par divers pour la validité des décrets du pape, comme par exemple celle d'avoir préalablement à interroger les cardinaux. Que cela soit bien convenable (conveiiientissimum) et un devoir de prudence, soit, mais un critérium pour la validité, non. A ce point de vue, il réclame aussi très fortement pour le pape l'exemption de toute contrainte (1).
E. Le cardinal de Lugo (2) et Ripalda (3) résolvent de la même façon que Suarez les difficultés soulevées contre l'infaillibilité du pape ; ils établissent, en accord avec lui, une thèse propre à expliquer bien des controverses sur le contenu de la foi dans l'Eglise. Les Apôtres, en tant qu'envoyés directement par le Christ, avaient plusieurs avantages sur leurs successeurs, en particulier des révélations faites par le Saint-Esprit; cependant bien des propositions dogmatiques n'ont existé qu'à l'état implicite dans leur conscience religieuse et elles n'ont été développées que plus tard, comme conséquences de la révélation, par le magistère de l'Eglise. Il a pu arriver qu'à certaines périodes la conscience religieuse est restée incertaine ou assoupie autour de ces vérités, tandis qu'en d'autres elle s'est montrée éveillée et vivante (4). C'est ce qui se vérifie, de temps à autre, pour l'infaillibilité du pape.
(1) Comment. T. III. Disp. 1. qu. 7.
(2) De fide Disp. 1. n. 277. - (3) De fide div. Disp, 8. n. 24.
(4) LuQo, De fide Disp. 3. n. 66 : Imo in statu etiam legis gratiae non omnia saecula sunt aequalia, cum plura objecta, quorum notitiam explicitam habuerant, postea ignorantiae tenebris consopita fuerint et postea iterum Conciliorum et Pontificum definitionibus et doctorum ac Patrum studio in lucem fuerint revocata. Cf. Ripalda. De fide div. Disp. 8. n. 27.