‹ Histoire des dogmes (volume 4)Chapitre 65 sur 108 · LES SUITES DES DÉCPETS DU CONCILE DE CONSTANCE · texte numérisé non relu

LES SUITES DES DÉCPETS DU CONCILE DE CONSTANCE

F. Ce n'étaient pas seulement les membres de la Compagnie de Jésus qui se présentaient pour la défense de l'autorité du pape; la plupart des écoles partageaint la même opinion. Les Sabnanticetises de l'ordre des Carmes, qui ont composé un célèbre commentaire de la Somme de saint Thomas, la donnent comme un objet de foi catholique (1) et la restreignent aux décisions eœ cathedra, dans le sens de Melchior Cano. Mais ils ne veulent pas l'étendre à toutes les décisions privées du pape; là-dessus, ils tiennent à la sententia probabilior des papes et des théologiens du moyen âge, pour qui ces décisions privées n'ont point reçu la promesse du Saint-Esprit (2).

Les suites des décrets du concile de Constance ; les commencements du Gallicanisme en France, les opinions des divers théologiens français au XVIP siècle sur la primauté du pape.

En France, sur cette doctrine des droits de la primauté de l'évêque de Rome, les théologiens n'étaient pas aussi unanimes qu'en Espagne, en Italie et ailleurs. Il se produisit là, dès le commencement du XIV® siècle, un puissant courant hostile au pape. Il prit son point de départ à la cour de Philippe le Bel ; il visait à fonder une sorte d'église d'Etat et à faire exercer une sorte de tutelle sur les affaires religieuses et ecclésiastiques par le pouvoir civil ; il cherchait donc à bouleverser ou à empêcher les droits de la primauté. L'indépendance et l'autonomie de l'Eglise,

(1) De vitiis et peccatis, Disp. 15. n. 214.

(2) De fide Disp. 4, 7 : Sed contraria sententia (quae asserit Summum Pontificem ut Doctorem particularem posse errare, non solum circa objecta secundi generis, sed etiam circa res fidei, et non solum errore inculpabili proveniente ex ignorantia aut negligentia, sed etiam cum contumacia, ita ut sit haereticus) est longe probabilior et communior inter tbeologos : immo, ut inquit Banez, est sententia omnium antiquorum et Pontificum Komanorum et scholasticorum ante Doctorem Alb. Pighium.

comme son unité et sa catholicité, avaient pourtant leur plus ferme fondementdans la primauté de l'Eglise de Rome ; la suppression ou le relâchement de ce lien devait avoir pour conséquence naturelle l'Eglise nationale et la domination de l'Etat sur les affaires de l'Eglise. C'est ce que montre très clairement l'histoire de l'Eglise de France. Philippe ne se contenta pas de défendre tout envoi d'argent à Rome, ni d'accabler d'impôts les biens d'Eglise en France ; il s'attribua aussi le droit de faire des nominations pour les bénéfices vacants et même non vacants ; il accusa le pape Boniface VIII d'hérésie, en appela de ses décisions à un concile général et repoussa toute intervention du pape dans lesj affaires séculières et politiques. La supériorité du concile général sur le pape, l'entière indépendance de Tordre politique vis-à-vis de l'Eglise, la mise en tutelle de cette der-j nière formèrent désormais les traits principaux du système politique qu'organisèrent plus ou moins les rois dej France La période qui suivit, la résidence des papes à Avignon et le schisme d'Occident furent autant d'occasions] d'assurer une force durable à ces maximes et de leur donnerj une application plus étendue.

Le schisme d'Occident eut encore une conséquence des plus tristes ; il fournit aux théologiens français de l'Univer-j site de Paris l'occasion d'afficher ostensiblement jusque; sur le terrain de la théologie la thèse de la supériorité dui concile sur le pape ; car ils reconnaissaient la voix décisive] d'un concile général comme l'unique moyen d'éteindre l( malheureux schisme (1). Au concile de Constance (1415-1418)j furent votés, dans la quatrième et la cinquième sessions, sur] la proposition des théologiens français, à la tête desquels se trouvait Gerson, des décrets où s'exprimait cette doctrine ;^ mais ils ne furent approuvés ni par Martin V ni par Eugène IV. Le concile de Baie alla encore plus loin ; il s'ar-J rogea le droit de gouverner l'Eglise universelle et rendit)

(1) Cf. Hist. des Dogmes, III § 117.

Page 1