LA DOCTRINE DE LA PRIMAUTÉ DU PAPE
janv. 1715) qu'âne décision formelle du pape, prise excathedra dans les choses de la foi et des mœurs, était en soi infaillible et qu'on lui devait non seulement une obéissance provisoire, mais une obéissance entière et une adhésion absolue. La faculté de l'université de Louvain (1) se prononça dans le même sens, dans sa réponse à la faculté à Douai, le 8 juillet de la môme année.
La doctrine de la primauté du pape dans les écoles théologiques à la fin du XVIP et du XVIIP siècle.
Le Gallicanisme ne se répandit d'abord qu'en France, puis plus tard en Allemagne et ailleurs. Les théologiens espagnols restèrent unanimement attachés, dans toutes les écoles et dans tous les ordres, à la doctrine de l'infaillibilité, telle que l'avaient fondée leurs grands prédécesseurs du XVP siècle. Il en fut de même des autres écoles d'Eglise, dans les autres pays, môme dans celles de France.
1. Un des plus célèbres thomistes du XVIIP siècle, ce fut bien le Belge Billuart. L'erreur que nous avons signalée dans le paragraphe précédent lui fournit l'occasion d'exposer et d'établir avec exactitude et précision la doctrine de la primauté. L'infaillibilité du pape n'est point subordonnée à l'adhésion des églises dispersées ou réunies en concile ; car alors la plus haute autorité doctrinale serait attribuée à l'ensemble des fidèles et la sûre régula fldei disparaîtrait ; elle appartient en soi aux décisions que le pape prend ex cathedra (2). Voilà ce que Billuart donne comme l'opinion commune des théologiens de toutes les nations ; seulement,
(1) Ib. p. 167.
(2) Summa T. 1. p. 134 (ed Leol. Î75i): Altéra sententia est omnium aliarum Nationum, quae constanter tenent, summum Pontificem loquentem ex cathedra, eo modo quo explicuimus a consensu ecclesiae sive congregatae sive diffusae, esse infallibilem in quaestionibus, fidei et morum dirimendis.
eu égard à la contradiction qu'elle rencontre çà et là en France, il n'ose pas la considérer comme un dogme formel . Billuart examine également la question traitée à Trente de l'origine de la juridiction épiscopale, non pour dire si elle est juris divini owjuris ecclesiastici^ mais pour expliquer si elle est de collation immédiate (scilicet a Deo) ou médiate {se. mediante summo Pontifice), et il se décide, à bon droit, pour cette dernière opinion. Hanc enim {se. potestatem jurisdictionis) Episcopi habenta Deo, mediante summo Pontiflce. C'est là l'opinion même que nous avons enseignée dans le troisième volume de l'histoire des Dogmes et plus haut.
2. Dans Técole scotiste, le principe d'autorité est toujours mis plus nettement en relief que chez les thomistes. Gela est visible chez Dupasquier. Il présente, il est vrai, comme un devoir pour le chef de TEglise, avant de prendre une décision ex cathedra, de demander à Dieu sa lumière, d'étudier mûrement la question, d'examiner les sources de la foi, de consulter les théologiens et les cardinaux, mais cela n'est pas une condition pour la validité des décisions ex cathedra. Le pape peut les prendre, sans accomplir ces formalités préparatoires (1) : les décrets des conciles généraux ont besoin au contraire de l'approbation du pape avant de faire foi comme infaillibles. D'autre part, pour lui, l'infaillibilité du pape prenant une décision ex cathedra n'est pas seulement une sententia probabilior, mais une vérité de foi (2). Enfin il étend l'infaillibilité à la canonisation et aux décisions en matière di^facta dogmatica ; ce point avait alors besoin d'être spécialement défendu contre les jansénistes (3).
3. Si on veut savoir quelle était la doctrine dominante dans la majorité des catholiques d'Allemagne, dans le siècle précédent, on n'a qu'à voir la theologia dogmatica^ polemica y
(1) Summa T. V. p. 563 (éd. Petav. 1706). — (2) Ib. p. 567.
(3) Ib. p. 582 : Papa errare non potest in canonizatione sanctorum.