THÉOLOGIE DOGMATIQUE CHEZ LES ALLEMANDS
suppression de leur Ordre ils comptaient beaucoup d'ennemis en Allemagne ; on cherchait à les exclure des chaires des Universités, jusqu'à ce qu'enfin en 1773 le pape Clément XIV eût été forcé par les maisons de Bourbons de les supprimer.
En Autriche, même sous l'impératrice Marie-Thérèse, très bonne catholique, l'opinion n'était pas favorable aux Jésuites. L'archevêque de Vienne, le comte Trautson, se posa dès 1752, en réformateur de l^enseignement théologique dans l'université devienne, et en 1759 l'impératrice confia la direction des études philosophiques et théologiques aux chanoines de Stock et Simen et, lorsque le premier fut mort, à l'abbé bénédictin Etienne Rautenstrauch. Celui-ci dressa un nouveau plan d'études pour l'enseignement académique, et l'impératrice l'approuva, après avoir entendu les évêques du royaume. En même temps était donnée aux facultés de théologie une nouvelle organisation qui devait les mettre en communication avec les autres facultés et les faire participer d'une manière vivante aux progrès des sciences. Four les branches de la dogmatique et de la morale, tout comme pour l'exégèse fondée sur l'étude du texte orginal hébreu et grec. Pour l'histoire ecclésiastique et le droit canonique il devait y avoir des professeurs spéciaux, et à côté de ces spécialités devait être aussi étudiée la pastorale comme une introduction au ministère des âmes. Les autres Etats allemands, laBavière et les électoratsdu Rhin introduisirent peu à peu la môme direction dans les facultés de théologie. Mais, hélas ! l'esprit de ce faux progrès ne tarda pas à se faire sentir d'une façon effrayante à Wurzbourg, Presbourg, Ingolstadt, Trêves et particulièrement à l'Université de Bonn, nouvellement fondée en 1786 ; elles devinrent autant de foyers d'erreurs. Comme représentant de cette époque, par son meilleur côté, nous avons Benoît Stattler (1728-1797), membre de la Compagnie de Jésus de 1745 à 1773, auteur de plusieurs écrits philosophiques et théologiques etd'une Demonstraiio
catholica, d'une théologie théorique et d'une éthique chrétienne, dans laquelle il donne bien des gages à l'esprit du temps : il expose les dogmes avec bien des idées philosophiques du jour et sert de pont et de trait d'union à Hermès.
Bientôt survint la Révolution française (1789) et le temps des guerres napoléoniennes et de l'effroi qui, semblable à un ouragan dévastateur, se répandit sur tous les pays d'Europe renversant et détruisant tout ; non seulement les Universités furent désertées et plusieurs d'entre les catholiques détruites, mais les monastères et autres asiles de la science théologique anéantis, et un bouleversement complet des divisions territoriales s'en suivit pour l'Allemagne. Lorsqu'enfin/en 1815, la paix depuis longtemps désirée eut été conclue, on vit commencer à poindre une longue période de calme et aussi une reflorescence progressive de la science théologique, à laquelle se mêlèrent, il est vrai, divers essais manques.
Même dans les temps antérieurs la dogmatique a cherché à rester toujours en harmonie avec la philosophie et à nouer avec elle divers points de contact ; car elle travaille, comme à son rôle, à mettre en harmonie, dans la mesure dupossible, la vérité religieuse surnaturelle avec la vérité naturelle, à découvrir les analogies qui existent entre ces deux domaines et à résoudre leurs apparentes contradictions. On peut à ce point de vue remarquer dans la théologie des Pères une certaine parenté avec les idées platoniciennes ; de même la Scolastique tire son principal caractère de son alliance avec l'Aristotélisme sans que le dogme en ait été le moins du monde altéré ou ébranlé. Les éléments erronés ou inexacts de cette philosophie furent éliminés ou corrigés.
Mais ainsi ne firent pas, au XIX*^ siècle, Hermès (f 1829) et Gûnther (f 1863) ; le premier suivit trop le Kantisme et le second le panthéisme moderne au delà des limites que la révélation indique^ même pour les vérités naturelles de la psychologie, de la métrique et de la métaphysique, si bien que les vérités religieuses en furent altérées et faussées. En