LA CONTROVERSE SUR LA CAUSALITÉ
saire. Par là ce n'était pas seulement la réalité du conseil et son caractère obligatoire pour la morale chrétienne, mais aussi le commandement de Dieu relatif au Mariage dans le paradis terrestre, qui étaient mis en lumière contre les protestants et expliqué comme un commandement adressé à la nature humaine, mais duquel sont exemptés plusieurs individus et duquel plusieurs aussi peuvent s'exempter pour tendre vers une perfection plus haute.
La controverse sur la causalité physique ou morale des sacrements après le concile de Trente.
Parmi les questions relatives aux sacrements en général, il en est une qui provoqua encore plusieurs discussions après le concile de Trente, parce que le concile n'avait donné aucune décision à son sujet; ce fut celle de leur causalité physique ou morale. La doctrine formulée par l'Eglise est bien que les sacrements ne marquent pas seulement la grâce, mais qu'ils la produisent et même, en tant que causes insirumeniales (caiisae i7îstrumentales)(i), ex opère operato, si bien que leur administration confère la grâce (gratiam cojitinent) (2). On ne peut donc se figurer les sacrements ni comme de simples signes de sanctification, ni comme de simples conditiones sine qiiibus, c'est-à-dire comme conditions simplement extérieures ; ce sont des causae efficientes, non des causes principales opérantes — ici c'est Dieu — mais des causes coopérantes à la façon d'un instrument. Cette causalité, l'école voulait la définir encore plus exactement ; est-ce une cause physique ou une cause morale pour employer une distinction qui depuis le concile de Trente a provoqué chez les théologiens de nombreuses controverses sur la doctrine de la grâce ? Cette distinction est capitale pour les diverses espèces de coopération au mal;
(1) Conc. trid. 1. 6. cap, 7. — (2) S. 7. can. •.
celle-ci, en effet, est ou physique, c'est-à-dire immédiate, ou morale, c'est-à-dire indirecte, et cette dernière a lieu quand le consentement libre d'un co-auteur coopère par ordre, par conseil, ou par louange, ou par une influence semblable et que l'action mauvaise est exécutée par un autre. On distingue très nettement, dans la Ghristologie, l'union hypostatique comme physique, c'est-à-dire comme réalisée immédiatement entre les deux natures, de l'union morale de l'âme humaine avec Dieu par la grâce sanctifiante, union qui est contractée et maintenue par la libre volonté de l'homme, quand il use de cette grâce, et qui peut donc être brisée par lui. Une cause en général opère moralement, quand elle ne produit pas directement d'effet par elle-même, mais meut la volonté d'une autre personne ou la détermine à produire physiquement, c'est-à-dire directement l'effet cherché. Une cause produit physiquement un effet, quand elle le produit directement par elle-même; et en cela elle peut n'être pas toujours l'auteur principal^ ou plutôt elle peut être une cause subordonnée ou même une cause simplement instrumentale (1). Alors même qu'il faut reconnaître aux sacrements une action physique. Dieu reste toujours l'auteur principal, c'est-à-dire physique^de la grâce. Il s'agit donc, dans les controverses que nous exposons ici, de la façon dont les sacrements, en tant que sacrements institués par le Christ, produisent la grâce. A ce point de vue, il existait déjà au moyen âge deux conceptions différentes (2), et elles se subdivisèrent encore, après le concile de Trente, en diverses nuances qui mirent diversement en lumière la dignité et l'action des sacrements. Il s'agissait de savoir s'il fallait admettre une causalité physique ou une causalité morale, quoique l'une et l'autre expression eussent besoin d'explication, car l'une et l'autre ne pouvaient s'entendre des signes extérieurs des sacrements que dans un
(1) Cf. Salmant, De sacr. in communi, Disp. 4. n. 20.
(2) Hist. des Dogm. III, 595 et s.