LA CONTROVERSE SUR LA CAISALITÉ
sens analogue. Ceux qui se prononçaient pour la causalité physique des sacrements et se rattachaient étroitement à la doctrine de saint Thomas soutenaient que les sacrements étaient élevés à la dignité d'instruments surnaturels par le distributeur de la grâce, au moment de leur administration, pour communiquer par eux-mêmes, la grâce n'importe comment et d'une manière transitoire, et la faire arriver jusqu'au sujet ; par cette action l'instrument donne surnaturellement et préalablement l'impulsion à la production ou à la collation de la grâce. Los sacrements forment donc le trait d'union entre le collateur de la grâce et la sanctification qu'il opère. Pour expliquer ce phénomène, on peut s'aider de l'image, citée par saint Thomas, du burin dans la main d'un artiste qui grâce à cette instrument traduit et imprime son idée dans le bloc de marbre.
Les théologiens qui, à la suite de Duns Scot, se prononcent pour une action morale regardaient le sacrement comme un trait d'union instrumental entre le ministre du sacrement et Dieu considéré comme distributeur de la grâce, en ce sens que Dieu est porté et forcé par l'administration du sacrement et par égard pour ses promesses à distribuer la grâce promise, sans qu'il la confère par les signes sacramentels.
A. La dernière opinion, celle de l'action morale, ne fut soutenue au XVP siècle que par l'école scotiste ; jusqu'à ce que Melchior Gano, quoique dominicain et thomiste, l'eût embrassée et défendue dans son traité De sacramentis in génère (P. 4. concl. 7). Le dominicain Lédesma (f 1574) en fit autant. Cette opinion se répandit encore davantage grâce à Vasquez, de la Compagnie de Jésus (1), car il fut suivi par divers jésuites, entre autres les théologiens de Wurzbourg (2), et de nos jours par le cardinal Franzelin (3). La plupart des théologiens de cette tendance n'attribuèrent à la nature humaine du Christ aucune coopération physique
(1) Comra. in ?-. Disp. 132. — (2) De sacr. in génère n. 51. (3) De sacr. in génère Thés. 11.
dans la production des miracles ou la distribution de la grâce, ce que pourtant saint Thomas avait enseigné bien catégoriquement, et ils ne la considérèrent que comme une cause coopérante moralement et méritoirement (1). Mais sur ce dernier point, Franzelin se sépare des Scotistes et se range à la doctrine de saint Thomas.
1. En ce qui concerne les raisons qu'on peut faire valoir en faveur de cette conception des sacrements, elles sont de nature principalement négative, et elles s'appuyent sur cette objection que voici : La causalité physique des sacrements, dans la production de la grâce, n'est pas seulement, dit-on, quelque chose de mystérieux et de miraculeux, mais quelque chose de manifestement impossible; on ne saurait l'admettre sans les plus claires raisons; or ces raisons manquent totalement. Au contraire on comprend plus facilement une causation morale de la grâce par les sacrements, et elle est ordinaire et plus parfaite pour le royaume des créatures raisonnables (2). Le Christ Notre-Seigneur a délivré le genre humain du péché par voie naturelle, et il a mérité pour cela un trésor infini de grâces ; il a déposé dans les sacrements les fruits de son salut et il opère ainsi, de la même façon morale, eu recourant à sa satisfaction et à ses mérites, l'application de ces fruits aux enfants des hommes (3). On a montré aussi qu'il est arbitraire et sans fondement de supposer, avec plusieurs thomistes, que les sacrements opèrent physiquement tout d'abord dans l'âme un certain ornatus animae^ et donc d^admettre la conception, étayée là-dessus, d'une causalité physique. On peut par contre remarquer ici que les thomistes ultérieurs ont tous abandonné l'hypothèse d'un ornatus animas et fait découler la grâce sacramentelle d'une causation physique par le sacrement.
(1) Ainsi le scotiste Dupasquier, De causis sacr. Disp. 2. concl. 2 ; Christus ut homo non est causa physica efficaciae sacramentorum, bene vero moralis seu meritoria. Egalement Vasquez l. c.
(2) Cf. Vasquez l. c. n. 74. — (3) Dupasquier L c.