‹ Histoire des dogmes (volume 4)Chapitre 75 sur 108 · LA CONTROVERSE SUR LA CAL SA LIT É · texte numérisé non relu

LA CONTROVERSE SUR LA CAL SA LIT É

2. Plusieurs aiuilogies de l'ordre naturel doivent servir de preuve d'une causalité simplement morale des sacrements, quoique ce ne soient là que des moyens d'éclaircir et de préciser la différence del'opinion des scotistes et decelle de leurs adversaires. Les scotistes d'avant le concile de Trente en indiquent plusieurs, d'après lesquels les sacrements ne seraient pas même pour nous les causes d'une dispensation de grâces, mais de simples signes de ces grâces, ou de simples conditioner sine qiiibus^ c'est-à-dire des conditions préparatoires simplement extérieures. De ce genre est la collation de la dignité abbatiale par la présentation de la crosse, celle du droit de propriété sur une maison par la tradition de la clé etc. Le concile de Trente, dans ses canons de la septième session, n'a admis aucun doute sur le fait que les sacrements du Nouveau Testament sont les causes de notre mise en possession de la grâce. On tirait de là d'autres analogies. Melchior Gano compare les sacrements à une bourse contenant le prix de la rançon dont la tradition opère la délivrance du prisonnier ; d'autres les comparent à une chose sans valeur reçue par le roi, mais qui est un signe authentique que contre sa livraison on effectuera le paiement d'une somme d'argent à sa caisse. On donne encore comme exemple une créance, sur la production (ie laquelle le créancier obtient du débiteur le montant de la dette et le contraint moralement à l'acquitter. Cependant un tel créancier sert seulement à établir la dette et à rappeler le créancier à son devoir ; elle ne produit pas, à proprement parler, ce devoir ; ce n'est donc pas une exacte analogie, ainsi que Vasquez le fait remarquer (1). Et même ce qu'on ajoute, à savoir que la collation du sacrement constitue pour Dieu l'obligation de répandre la grâce,

(I) Disp. 123, n. 91 : Quocirca, si qua illis ratio instrumenti convenit, longe di versa est ab ea, quae in Sacramentis reperitur ; sacramenta enim non sunt instrumenta revocando in memoriam proraissionem ac debitum gratiae, sed inducendo obligationem atque adeo movendo Deum ut eam conférât ratione primae institutionis et promissionis quae sub eorum conditione facta est non niai ipsis positis obligatur.

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est attribué aux sacrements seulement parce que Dieu y attache sa promesse comme une condition sine qua non^

3. On faisait valoir en faveur de la causation morale de la grâce sacramentelle qu'elle était conservée, chez le^ sujet, par la libre volonté continuée de Dieu, d'une façonnaturelle ; elle doit donc être causée de la même manière,, à savoir par la libre volonté de Dieu, sans avoir besoin d'un instrument intermédiaire. Cependant, de même que la conservation du monde est distincte de la création, de même la causation de la grâce peut être distincte de la conservation.

4. Une raison décisive en faveur de la causalité morale des sacrements, c'est l'effet ultérieur du Baptême, de la Confirmation et de l'Ordre reçus validement, mais indignement;, le baptisé, le confirmé et l'ordonné peuvent en effet recevoir, d^'une façon morale et subsidiairement par la pénitence, la grâce compromise lors de la réception du sacrement. Il s'ensuivrait de là que les sacrements opèrent toujours, d'une façon morale (1). Ce raisonnement est-il fondé ? on le verra plus exactement dans ce qui suit. On peut, avec autant de raison, argumenter comme il suit : dans la sainte communion, le corps du Sauveur reçu dignement, c'est-àdire le sacrement de la sainte Eucharistie, opère sûrement non pas seulement moralement, mais physiquementou immédiatement, puisque Dieu est porté non simplement par la jouissance du sacrement à nous faire participer là à l'aliment céleste, mais que le corps du Seigneur devient directement, par le fait de sa réception^ notre aliment valide : ainsi opèrent physiquement tous les sacrements. Et beaucoup d'autres raisons militent en faveur d'une telle causalité.

B. Les défenseurs de la causalité physique forment la grande majorité des théologiens d'après le Concile de- Trente. Elle ne se recrute pas seulement parmi tous lesthomistes, et, sauf les exceptions indiquées, parmi les plus.

(I) Cf. Vasquez ^. c. n. 74. Wircbburg l. c. \\.

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distingués, tels que Jean de Saint-Thomas (1), Gonet (2), et les Salmaiiticenses (3), mais, parmi beaucoup d'autres, les plus remarquables parmi les Jésuites, tels que Grégoire de Valentia (4), Bellarmin (5), Suarez (6), etc. (7).

Les raisons principales en faveur d'une causalité physique des sacrements se trouvent dans les sources de la foi et sont de nature positive. Le mot physique ne se rencontre, il est vrai, ni dans la sainte Ecriture ni chez les Pères ou les Scolastiques ultérieurs, ni môme dans la doctrine officielle de l'Eglise, mais il traduit avec une passable exactitude ce que les sources de la foi enseig^nent de l'action des sacrements, d'après les paroles de la sainte Ecriture : l'infusion de l'eau ou l'immersion, accompagnée de la forme du Baptême, est le moyen, grâce auquel {per qiiod) nous sommes sauvés et rappelés à la vie (Tit. 3, 5). L'eau, selon l'explication des Pères, a été sanctifiée par le Christ et a reçu du Saint-Esprit le pouvoir de sanctifier l'âme (8). Cette eau qui

(1) Disp. 24. — (2) Clypeus theol. thom. De sacr. Disp. 3. a. 2.

(3) De sacr. in comm. Disp. 4. n. 51 sqq.

(4) In 3. Disp. 3. q. 3. p. 1 : Qao fit, ut censeri a nobis possint (sacramenta) instrumenta gratiae quasi physica, ici est, quae ad productionem gratiae praevio quodam modo conférant, hoc ipso, quod si exercentur et usurpantur ad eam rem divinitus. Sed tamen siipernaturalia, non naturalia, instrumenta sunt, quia se. non aliquid praeviuro et antecedens vi sua praestant, quod sit ex natura rei proportionatum cum eflfectu principali, qui est gratia, sed aliquid tamen praevium et antecedens efficiunt, ad quod supernaturaliter ex institutione divina sequitur effectus principalis qui est gratia... Nam ut hoc modo Deus per humanitatem Christi tanquam per instrumentum gratiam producit, quantumvis gratia excédât vim naturalem humanitatis Christi.

(5) De sacr. II. cil.

(6) In. 3. Disp. 9. sect. 1 : Nihilominus dicendum est non esse impossibile neque implicare contradictionem, ut sacramenta sint propria ac physica instrumenta ad gratiam in anima e(ficiendam attingendo immédiate ac proxime ipsam gratiae productionem.

(7) Les Salmanticenses en citent une longue série l. c. n. 51.

(8) Tert. De bapt. 4 : Supervenit enim statim Spiritus de caelis et aquis superest, sanctificans eas de semetipso, et ita sanctificandae vim sanctificandi combibunt.

touche le corps du baptisé lave l'âme de ses péchés (1). Cette expression et autres semblables gardent au moins leur pleine vérité, quand les sacrements sont envisagés comme des causes instrumentales qui confèrent physiquement la grâce. Parmi les Scolastiques, saint Thomas expose la doctrine avec beaucoup de clarté : le Fils de Dieu, dit-il en substance, descendu sur la terre par sa nature humaine, n'a pas seulement institaé la causa meritoria pour notre salut et notre enrichissement en grâces, mais il a aussi employé la même nature humaine, comme causa instrumentalis pour l'exécution de l'œuvre rédemptrice, pour l'accomplissement de plusieurs miracles, pour la prédication des vérités du salut, pour la distribution des grâces. Il appelle la nature humaine unie hypostatiquement au Fils de Dieu un instrumentum conjunctiim (2), et il lui attribue une coopération physique instrumentale et non pas seulement une coopération simplement méritoire ; car il exclut expressément de la coopération instrumentale de la nature humaine la création ex nihilo, attendu que Dieu ne veut ni ne peut admettre aucune coopération instrumentale à l'exercice de sa puissance créatrice. Si saint Thomas n'avait eu en vue qu'une coopération morale de la nature humaine, il n'aurait pu exclure la création ; car il n'y a aucune impossibilité à ce que le Christ ait demandé à son Père céleste la création d'un nombre d'âmes humaines et ait été exaucé dans sa prière.

D'une façon analogue à ce qu'il a fait pour sa nature humaine, leChristemploiemaintenantlessacrementsinstitués par lui comme des causes instrumentales ; ce sont des instrumenta separata se. a Christo, puisqu'ils sont administrés par le serviteur et le représentant du Christ en son nom (3),

(l) AuG. In Joan. tr. 80 : Quae est tanta virtus aquae, ut corpus tangat et cor abluat. — (2) S. th. 3. qu. 6i. a. 5.

(3) L. c. : Principalis autem causa efficiens gratiae est ipse Deus, ad quem comparatur humanitas Christi sicut instrumentum conjunctum ; sacramentum autem sicut instrumentum sépara tum. Et ideo oportet quod

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