DE LA SAINTE EUCHARISTIE
ments du prêtre (1). Manifestement cette conception se rapproche de celle du rapport d'un vase à son contenu, et elle fait du prêtre moins un organe et un instrument à l'aide duquel le Christ exerce son action sacramentelle qu'un serviteur par lequel le Seigneur laisse décider de lui-même. D'autre part, les conséquences de cette opinion se font très bien reconnaître en ce que par elle les fonctions du prêtre ne s'étendraient directement que sur les espèces, sur le transport, sur lesacrifîce et la communion, mais, seulement d'une façon indirecte, sur le corps du Christ.
Plusieurs thomistes s'autorisèrent de cela pour admettre une union plus intime entre les espèces et le corps qui est caché sous elles ; ils l'appelaient union physique^ comme par exemple le Jésuite Viva (2), ou formelle, comme les Salmanticenses (3), ou bien simplement miraculeuse avec Gonet (4). Cette opinion est plus connue parles conséquences qui s'en dégageaient que dans ses termes précis. Et l'une de ces conséquences, c'est que justement à cause de cette union qui forme une certaine unité, à savoir l'unique sacrement de l'Eucharistie, les fonctions du prêtre, indiquées plushaut, ne s'étendent pas seulement aux espèces, mais, en un sens proprement dit, au corps du Christ. Une autre était que l'union entre les espèces et le corps du Christ est conçue comme une union plus forte, à savoir comme une nnio intri?iseca, qui, comme l'union hypostatique, est indissoluble au moins d'un côté, ici du côté des espèces. L'union hypostatique était pareillement, pour la nature humaine, une unio
(1) DuPASQuiER, De transsubst, qu. 5. conclus. 2 : Non datur alia unio physica inter Corpus et Sangiiinem Christi (atque species) praeter illam realera praesentiam. — Ib. qu. 7. concl. 4 : Corpus Christi in Eucharistia mediantibus speciebus potestmoverilocaliter, sed respctu corporis Christi motus ille proprie non est a sacerdote, sed a solo Deo. Cf. Krisper, De sacr. dist. 18. qu. 3. n. Il : Corpus Christi praeter realem et inseparabilera ex voluntate divina praesentiam ad species nullam physicam unionem includit ad easdem species.
(2) De euch. Disp. 4. qu. 6. — (3) De euch. sacr. Disp. 6. n. 12. (4)Disp. 5. a. 2. n. 62.
intrinseca non une unio extrinseca. Car la dissolution de cette union était impossible, quoique elle pût être rompue par le Christ, comme elle avait été contractée par lui, de sa libre volonté.
Ce que les Salmanticenses entendaient exprimer et désigner par l'expression unio vera, realis et formalis entre le corps du Christ et les espèces du pain, ou plutôt l'étendue matérielle [quantitas dimensiva) prise comme support des espèces, c'est principalement la désignation d'un simple rapport eïûc-dce {unio ef/icientiae) entre les deux extrêmes. Il faut qu'il se produise là un certain être physique ou un être vrai, quoiqu'il n'y ait qu'une composition accidentelle (1).
Lugo, qui veut également expliquer cette union mystérieuse, emploie, il est vrai, d'autres termes ; mais il s'accorde à peu près avec les thomistes quand, à la différence de Duns Scot, il fait ressortir deux choses. D'un côté, en la place de la substance du pain vient la substance du corps du Christ pour se rendre présent sous les espèces et agir par elles ; d'autre part, il est donné aux espèces une vertu surnaturelle d'attirer le corps du Christ là oii elles sont portées. 11 marque donc cette union comme une unio causalitatis et commeune certaine Mmoyo/îy52ca inhérente aux espèces (2). Du reste ces explications détaillées ont pour lui du prix
(1) Salmant. De euch. sacr. Disp. 6. n. 17 : Ex substantia contenta et quantitate continente résultat aliquod unum physicum, non quidem ens per se, sed compositum accidentale : et idem generaliter contingit in unione eorum, quae ad diversa gênera pertinent.
(2) De euch. Disp. 6. n. 34 : Probabilius tamen videtur et aptius ad hoc mysterium explicandum, si ponatur in ipsis speciebus qualitas supernaturalis intrinseca, qua possint trahere secum corpus Ghristi, sicut magnes trahit per naturalem virtutem secum ferrum, primo quia hoc modo invenitur jam aliquid plus de unione physica inter corpus Ghristi et species ; nam illa qualitas intrinseca, licet non sit vera et rigorosa unio, habet tamen non parum de unione, cum sit nexus physicus et vinculum in actu primo coUigans corpus Ghristi, ita ut non possit non sequi species» per quod vinculum videtur explicari natura unionis physicae.
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parce qu'autrement on pourrait en venir à rattacher la communion sacramentelle et ses fruits aux espèces seules, non au corps du Christ (1).
Doctrine des théologiens postérieurs au concile de Trente sur la victime eucharistique et sur le sacrifice eucharistique (2).
La sainte Eucharistie n'est pas seulement un sacrement, mais aussi un sacrifice et, comme tel, la commémoraison du sacrifice de la croix et un renouvellement non sanglant destiné à produire des fruits profitables. De même que le Fils de Dieu fait homme, pendant sa vie terrestre, se manifestait, sous un côté, comme dispensateur des grâces et sanctificateur, et d'un autre côté, comme réconciliateur et grand prêtre du genre humain tout entier en face de son Père céleste, de même il continue à vivre et à agir aussi dans la sainte Eucharistie. D'un côté, il s'offre comme aliment de grâce à tous ceux qui s'approchent de sa table ; de l'autre, comme grand-prêtre, il offre à son Père céleste son corps et son sang d'une manière non mystique ou à l'état glorifié sous les espèces du pain et du vin comme victime d'expiation, d'adoration, de reconnaissance et d'impétration. Le concile de Trente avait défini, dans la 22® session, les principales doctrines sur le sacrifice eucharistique, marqué son caractère de sacrifice expiatoire et son identité avec le sacrifice de la croix, du côté du prêtre et de la victime, et présenté l'action sacrificatoire comme non sanglante, à la différence du sacrifice sanglant de la croix. La contradiction, opposée toujours parles protestants au caractère sacrificatoire de l'Eucharistie, oii ils trouvaient un affaiblissement et une dépréciation du sacrifice de la croix et la source de la plupart des prétendus abus, fournit aux théologiens catholiques
(1) Ih. 11.35.
(2) Cf. Schwane : Die eucharistiche Opferhandlung . Fri bourg 1889,
l'occasion de justifier ce caractère, de l'établir sur des fondements plus profonds et de le préciser avec plus de netteté. Sur ce point, notamment dans l'étude détaillée du sacrifice eucharistique et de ses éléments essentiels, ils ont dépassé la Scolastique et, par divers essais d'explication plus ou moins réussis, ils ont établi un résultat passablement sûr. Notre rôle sera d'exposer et de critiquer ces essais, qui sont les anneaux de la chaîne de ce développement. 1. Le théologien espagnol Melchior Gano est contemporain du concile de Trente. Son ouvrage classique de locis theologicis a été déjà souvent cité ici. Dans le XIP chapitre du XII' livre, il aborde tout de suite la démonstration ou le caractère sacrificatoire de la sainte Eucharistie par la sainte Ecriture, la tradition apostolique et les paroles de l'Eglise, tout en repoussant avec beaucoup de profondeur et de justesse les objections des réformateurs. L'Ancien Testamenta prédit, chez Malachiel, 11, et dans le Psaume 109, un sacrifice non sanglant, selon l'ordre de Melchisédech, pour le temps du Messie, et le Seigneur dans Tinstitution de la sainte Eucharistie, en se rattachant au sacrifice de Tagneau pascal et par les paroles de Tinstitution, notamment par l'addition aux paroles de la consécration du pain « uTcsp 0«./ov 3t8d[jL£vov » d'après saint Luc, 22, 19 et 1 Cor. 11, 24, et par celles de la consécration du calice « to uTrsp tcoXXwv £x^uvo|;i.evov », d'après saint Matthieu, 26, 28, présente ce sacrement comme un sacrifice, et comme une anticipation de son sacrifice de la croix, et il a commandé à ses Apôtres de célébrer ce sacrifice en mémoire de lui et comme répétition de son sacrifice sur la croix^ jusqu'à ce qu'il fût revenu parmi nous. L'objection principale des protestants, à savoir qu'en admettant le sacrifice eucharistique on relègue dans l'ombre la valeur de l'action ou du sacrifice de la croix, Gano la repousse en montrant que la satisfaction offerte pour tous les hommes, sur la croix, est justement appliquée à chacun par le sacrifice eucharistique et que, par ses fruits, il tourne à lajustificationetà la sanctification de chacun. Avec
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l'œuvre rédemptrice accomplie objectivement pour tous les hommes n'est pas donnée encore son application aux divers hommes, pas plus qu'avec lacréation du soleil ne sont pas encore produits le réchauffement et l'animation des tiiverses créatures terrestres (1). A cette utilisation doivent concourir encore plusieurs causes intermédiaires. L'unité du sacerdoce du Christ dans le Nouveau Testament, que l'Apôtre marque dans sa lettre aux Hébreux, n'est pas supprimée par là, et les prêtres de l'Eglise sont encore assimilés à ceux de l'Ancien Testament, car le Christ lui-même est le grand prêtre et l'auteur du sacrifice de l'Eucharistie, comme de celui de la croix, et les prêtres de l'Eglise sont les serviteurs et les organes à Taide desquels il offre son sacrifice.
Le sacrifice est un acte essentiel de la religion ; il n'y a pas eu, dans les temps antérieurs au christianisme, de religion sans sacrifice, parce que le cœur de l'homme se sent irrésistiblement pressé de glorifier la majesté et le souverain domaine de Dieu par des dons et des offrandes et d'offrir des expiations à sa justice, qui nous punit pour l'affront de nos péchés, afin qu'il nous traite ensuite avec miséricorde et bonté.
Pour Thistoire des dogmes, l'explication que donne Cano du sacrifice eucharistique est de particulière importance, car il s'attache à la définition de saint Thomas (2), pour qui le sacrifice en général (oblatio) est tout don intérieur et extérieur que nous offrons à Dieu, pour reconnaître sa souveraineté et sa majesté, par exemple la prière, les prémices ; tandis que le sacrifice, au sens strict {sacrificium)
(1)L. XII c. 12: At sunt plures oblationes particulares, quibus universalis illa efficientia ad effecta quaedam singularia contrahitur. Nemo igitur nos légales sacerdotes existiraet, quod singulis altarium sacrificiis saepe ac privatim ofierimus, sed potius ita secum reputet : sacerdotes sunt illi secundi sub uno primo pontifice Ghristo, administri et dispensatores mysteriorum ejus.
(2) S. th. 2. 2. qu. 85. a. 3. Ad 3 : Dicendum quod sacrificia proprie dicuntur, quando circa res Deo oblatas aliquid Qt... Oblatio autem directe dicitur, cum Deo aliquid oâertur, etiamsi nihil circa ipsum fiât.
estroblation d'une chose sur laquelle est d'abord accompli un rite symbolique qui marque la donation à Dieu (1). Un rite extérieur se produit, dans ce but, dans la célébration de l'Eucharistie et tel qu'il a été prescrit par le Christ luimême. Il se compose de quatre parties : la consécration, l'oblation exprimée par la prière JJndeetmemores offerimus, la fraction des espèces^ leur consommation dans la sainte Eucharistie (2).
Manifestement Melchior Gano avait dans l'esprit cette défînion donnée par saint Thomas du sacrifiiim différent de VoblatiOy quand il formulait son explication, et il croyait trouver dans la fraction de l'espèce du pain tout particulièrement le rite extérieur principal, à savoir le prélude d'une action symbolique, telle qu'elle est nécessaire pour l'essence du sacrifice. Quant à l'offrande à Dieu, il la cherchait dans la prière qui suivait immédiatement la consécration . Cependant il y a contre ce dernier point cette circonstance que l'offrande à Dieu peut s'exprimer dans le sacrifice sans paroles, mais par une action, et, contre le premier, ce fait que le reste de la fraction atteint les espèces du pain et du vin, mais non la victime, à savoir le corps et le sang du Seigneur. Le concile avait exprimé en termes les plus précis l'identité du sacrifice eucharistique et du sacrifice de la croix ; celle-ci se manifestait notamment par la fraction
(1) L. XII. c. VI. p. 405 (éd. Pat.) : Porro autem si circa rem, quae offerebatur, quippiam sacri sacerdos faciebat, ut si animalis fundebat sanguinem, si tiius ardere faciebat, si conterebat frumentum, si oleo similam conspersain frigebat in sartagine : tum demum vere sacrificium faciebat.
(î) Ib. (p. 422): (^um itaque circa species ante fractionem nihil ait a sacrificio factura, ne sacrificium quidem peractum est. Item cum symbolis rerum, Christo instituente, debeamus mortem ipsius agere, si verum et perfectum nostrum sacrificium est ejusque victimae absolutum exemplar, quam Christus in cruce praebuit : nullum autem sit rerum symbolum antequam species frangantur, misceantur, consumentur ; certissimum accipere argumentum possumus, ante fractionem nondum esse expletum sacrificium. Manet igitur, non consecrationem modo et oblationem, verum et fractionem quoque ac consumptionem ad integritatem externi sacrificii
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des espèces du pain. Gomme, en etîet, la mort subie une fois sur la croix par le Seigneur, devant les yeux de son Père, qui sait tout, subsiste jusque dans l'éternité, et que THomme- Dieu glorifié la présente, dans le ciel, à son Père céleste, sans interruption, de même il faut le passage de ce sacrifice céleste dans les conditions terrestres de l'Eglise visible et une répétition figurée et mystique de la mort en victime du corps du Christ, présent au sacrement, pour attester l'unité et l'identité du sacrifice de la croix et du sacrifice eucharistique, bien que dans ce dernier il n'apparaisse qu'une commémoration non sanglante et un renouvellement simplement symbolique de lamort delà croix (1). En tout cela il ne faut pas cependant méconnaître que MelchiorCanon'a pas encore dit le dernier mot, quand il voulait trouver ce renouvellement symbolique de lamort du Christ (in imagme et exemplari) principalement dans la fraction du pain.
2. Bellarmin entre plus au fond de la controverse. Il fait venir le mot missa, missio du latin, où apparaissent souvent de semblables formations foyf^n^a, repiilsa,vindicta) et il en- -tendparlàlerenvoidescatéchumènes, par lequel commence la liturgie proprement dite. Les sacrifices, sont pour lui, comme des manifestations essentielles de la vertu de religion et ils avaient été prescrits par Dieu, dans les lois positives de TAncien Testament, pour la matière, en tant que sacrifices sanglants (victimœ) ou comme oblation d'autres
(l) Ib. p. 418 : Quia vero licet oblatio illa etmactatio externa transierit, sic tamen coram Deo constat acceptabilis et perpétua virtutc consistit, ut non minus hodie in conspectu Patris illa sit efficax, quam eo die, que de saucio latere sanguis exivit ; ideo vere nunc ofiferimus eandem crucis hostiam cuni Chrislo, perinde atque illi, qui erant juxta crucem : quamvis illi nuUo posito sub oculis simulacre quia nuUo tune opus erat, cum res ipsa viva in praesentia esset, atque ante oculos proposita ; nobis autem per imaginera Christus hostiam illam excitavit, et quasi in quodam exemplari statuit ante oculos. Sed imago haec et exemplar nihil rêvera obstat, cur non eundem illum sanguinem modo oâeramus, quem Christus Xudit in cruce, non aliter ac si nunc coram nobis effunderet.
objets solides, tels que le pain, l'encens, le se\(immolationes) ou liquides (libamina). Dans le premier cas, l'acte du sacrifice consistait dans l'immolation à laquelle s'ajoutaient d'autres rites et, dans d'autres, à brûler l'objet sur l'autel ou à le répandre, ou à le suspendre tout autour. Cependant legenredel'oblation ne se distinguait pas seulement parla différence de l'offrande, mais aussi par la différence de la victime, selon qu'on voulait reconnaître ou glorifier principalement la toute-puissance et la majesté de Dieu par un sacrifice d'holocauste ou d'adjuration, sa justice par un sacrifice expiatoire, sa bonté par un sacrifice de reconnaissance et de demande. Lesentiment religieux particulier et l'intention qui se trouvait au fond de ces divers sacrifices devaient trouver leur expression symbolique dans l'action sacrificatoire prescrite par les divers sacrifices, et qui comprenait, en même temps, une désignation symbolique du sacrifice sanglant etnon sanglant, le plus parfait du Nouveau Testament, car par là seulement le sacrifice devenait agréable à Dieu (1). A cause de ce caractère symbolique de l'action sacrificatoire, par lequel devait être indiquée l'oblation à Dieu d'un bien fini, pour reconnaître son souverain domaine sur l'usage et l'être des choses, comme à cause du rapport typique du sacrifice antérieur au christianisme et au sacrifice le plus parfait et le plus riche, celui de la croix, il consistait ordinairement non seulement dans l'altération, mais même dans l'anéantissement de la victime. Et c'est pour ces motifs que le sacrifice sanglant de l'Ancien Testament était, quant à sa forme, encore plus convenable et plus utile comme sacrifice expiatoire, car il était un type plus clair du sacrifice de la croix.
C'est ainsi que Bellarmin, en établissant la différence QïiirQVoblatio (sacrifice) et le sacrificium, en tire la notion de ce dernier : « Sacrificium est oblatio externafacta soli Deo
(1) De Missa I, 3 : Quare omnia sacrificia legis veteris figurae erant ac typi hujus verissimi et summe propitiatorii sacrificii.
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jua'ad agnitionem humanae infirmitatis et professionem divinae Majeslatisa legitimo ministro res aliqua sensibilis 3t permanens rilu mystico consecratur et transmutatur (1) ». Le sacrifichim doit donc être défini aussi Toblation déterminée et en même temps extérieure d'un objet sensiblement perceptible, pour la glorification de la majesté de Dieu, en sorte que l'action sacrificatoire doive être accomplie en lin rite prescrit par Dieu avec consécration et changement ie la victime effectués par un prêtre investi de ce droit. Vasquez,son contemporain (2), blâme, dans cette définition que la reconnaissance de notre propre faiblesse, n'a pas besoin d'être expressément marquée, parce qu'elle est déjà comprise dans l'acte d'honorer Dieu, et que l'oblation de la victime, par un prêtre appelé à cette fonction par Dieu, appartient bien, au point de vue de la religion révélée, n l'essence du sacrifice, mais n'est point absolument nécessaire lu point de vue de la nature. Cette différence n'a pas grande importance, car, tant au point de vue de la loi écrite que ie la loi évangélique, l'offrande du sacrifice public n'appartient qu'au prêtre qui y a été appelé par Dieu. Et au point ie vue de la nature se pose, au sujet des sacrifices, la :|uestion de savoir si on ne doit pas les exclure tous du [lombre des sacrificia et les compter parmi les ohlationes^ pour lesquelles un pouvoir sacerdotal n'est point requis. Du reste, pour désigner le sacrifice, Bellarmin s'est servi d'expressions telles qu'il pouvait très facilement les appli- :[uerau sacrifice eucharistique, quoique le procédé inverse Daraisse être le plus régulier, c'est-à-dire qu'il établit i'abord l'essentiel de l'action eucharistique et qu'il forme ît explique, d'après celle-là, la définition du sacrifice.
Bellarmin suit la voie précédemment tracée et trouve les îléments du sacrifice dans la consécration de l'offrande ; )0ur le sacrifice eucharistique dans la consécration du pain
(1) Disp. 220, 19.
(2) Ih. I, 2.
et du vin eL leur transformation en la sainte Eucharistie. Ces deux éléments doivent constituer l'essence du sacrifice eucharistique, tandis que Voffertoriiim, l'offrande, après la consécration, et la fraction de l'espèce du pain appartiennent à l'intégrité du sacrifice, ou doivent former les trois parties intégrantes. Plus étonnante encore que cettj dernière opinion est l'explication des deux éléments essentiels, nommés tout d'abord, du sacrifice eucharistique. En efîet Bellarmin rattache la consécration à l'essence du sacrifice, non point parce que le pain et le vin, en tant que matière du sacrifice, sont transformés au corps et au sang du Christ, ni parce que, par la consécration des deux espèces séparées, se produitune séparation mystiquedusangetducorpsduGhrist, mais parce que le pain et le vin, en tant qu'objets profanes, sont transformés en objets saints et même très saints (1), que Dieu est ensuite offert sur l'autel, qu'il estdestiné à une entière destruction par la sainte communion et que cette destruction est avant tout nécessaire à l'essence de l'action sacrificatoire(2) Il est étonnant que Bellarmin rejette expressément l'explication ordinaire du renouvellement mystique du sacrifice de la croix par la consécration des deux espèces séparées, et cela parce qu'une destruction réelle de la victime appartient, pour lui, à l'essence du sacrifice et que cette séparation mystique du sang et du corps a lieu dans le corps glorifié du Seigneur, au ciel oii il est présent, immédiatement
(1) Be Missa I, 27 : In consecratione eucharistiae tria fiunt, in quibus sacrificii veri et realis ratio consistit. Primum res profana fit sacra : panis enim res alioquin terrena... vertitur in corpus Ghristi... Secundo in consecratione res illa sacra ex profana efifecta Deo offertur, dum in altari Dei collocatur.
(2) De Missa I, 27 : Tertio per consecrationem res quae ofifertur ad veram, realem externam mutationem et destructionem ordinatur, quod erat neccessarium ad rationem sacrificii. Nam per consecrationem corpus Christi accipit formam cibi ; cibus autem ad comestionem et per hoc ad mutationem et destructionem ordinatur. Neque obstat, quod corpus Christi nullam in se laesionem patiatur neque esse suum naturale amittat cum manducatur Eucharistia . nam amittit esse sacramentale et proinde desinit realiter esse in altari, desinit esse cibus sensibilis.
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avant la consécration et l'immolation. La première supposition relative à la destruction du sacrifice est dérivée des sacrifices de l'Ancien Testament; elle donna lieu principalement à plusieurs essais divers pour démontrer aussi une destruction réelle dans la sainte Eucharistie. Même quand celle-ci serait fondée, Bellarmin n'a pas démontré qu'elle a lieu dans la sainte messe : car, dans la sainte communion, l'otTrande n'est pas détruite, mais seulement les espèces du pain et du vin et le concile de Trente dit expressément que l'offrande du corps et du sang- du Christ à Dieu est autre chose que l'offrande en aliment aux fidèles; les espèces peuvent être détruites d'une autre façon ; par le feu ou pard'autres procédés, sans que pourcelaon puisse songer à un sacrifice. L'autre objection de Bellarmin est également faible. Ou plutôt son essai d'explication supprime tout à fait l'identité du sacrifice eucharistique et du sacrifice de la croix que le concile de Trente a voulu marquer avant tout ; et les faits qu'il indique, la consécration de l'offrande et sa destination à l'usage sacramentel ne sont pas de nature à pouvoir être regardés comme éléments essentiels du sacrifice. La supposition de la nécessité d'une destruction réelle de la victime l'a conduit à sa conception.
3. Une meilleure explication du sacrifice eucharistique a été donnée par Vasquez (f 1601). Il reconnaît la distinction déjà établie entre Voblatio qUq sacri/iciiim, qui doit comporter changement et destruction de la victime ; seulement il ajoute aussi une différence au sens formel du sacrifice, pour l'un et pour l'autre, en ce que par l'oblation nous reconnaîtrions la souveraineté et le domaine éminent de Dieu sur les choses créées et, par le sacrifice, son domaine sur la vie et la mort et aussi sur l'être et le non-être (1). Nous re-
(1) Disp. 220, ?, 22 : Jam vero inter illa tria haec diflferentia assignari débet, ui adoratio sit submissionis nota, nerape cum re aliqua exterius denotamus nos Deo submitli et subjici tanquam Domino et superiori atque idcirco duo, nempe nostram animi subraissionem et Dei excellentiam adorationis nota significamus. Simplici autem oblalione non deno-
connaîtrions non seulement notre propre faiblesse et notre besoin de secours dans ce dernier cas et, de plus, la justice de Dieu et notre propre faute, mais aussi le désir d'apaiser Dieu en subissant un châtiment en vue duquel la victime est substituée à notre propre personne (1). Sans doute, le sacrifice, dans l'état de nature déchue, présente presque toujours le caractère d'une expiation ; mais il est cependant difficile de montrer dans chaque sacrifice, avant le Christianisme, la destruction du don comme élément essentiel de l'action sacrificatoire, ainsi que pour les pains de proposition et le sacrifice de Melchisédech. Le broiement de l'épi et la cuisson du pain peuvent difficilement être regardés comme l'élément essentiel de l'action sacrificatoire et comme la destruction de l'offrande, ainsi qu'on le lit chez Vasquez. On ne doit pas étendre l'idée du sacrificium à ces sacrifices ou bien il faut élargir la conception du sacrifice. On voit bien la destruction, sous la forme la plus parfaite, dans le sacrifice les sacrifices, dans celui du Seigneur sur la croix, et également dans tous les sacrifices sanglants de l'Ancien Testament qui, par là, furent la plus fidèle image du sacrifice de la croix. Par rapport à ces sacrifices, l'explication de Vasquez est juste quand il déclare que sacrificium est nota existens in re [id est signum, quod est in rébus, non in verbis) qua profitemur Deum auctorem vitae et mortis. C'est
tamus submissionis nostraeaffectumerga Deum, nequeillius excellentiam, cui subjiciamur ut inferiores, sed dominium ipsius universale. . . Demum ui sacrificium sit nota divinae omnipotentiae, qua est auctor vitae et mortis et cujus nutu res omnes esse et destrui possunt: et ideo ex parte rei quae pro nota sacrjficii assumitur, requiritur iramutatio, ut ea denotemus, ita nos a Deo pro nutu voluntatis ipsius destrui et conservari posse, sicut res oblata in sacrificium a nobis immutatur.
(1) Jb. n.25 : Nam sacrificium Deo oSerri consuew'it ad placandum ipsum, ut ita aliquid ab eo impetremus, et in gratiarum actionem, nimirum quod ejus omnipotentiam revereamur et limeamus, qui nisi placetur facile nos perdere posset ; et facile id quod ejus gratia consecuti sumus aut etiam nos in nihilum quoque redigere potuisset, ne ullo modo illud consequeremur.
(2) Ib. n. Î7.
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donc un don extérieur réellement existant, qui est offert à Dieu pour reconnaître son souverain domaine sur la vie et la mort. Si on a principalement en vue l'objet du sacrifice, la définition est ainsi conçue : sacrificium est res qiiae per siii immolationem Deo offertur.
Pour expliquer ainsi conformément à ces principes même l'action sacrificatoire dans la sainte Eucharistie, Vasquez établissait une différence entre le sacrifice absolu et le sacrifice relatif, en ce sens que dans le premier une destruction réelle de l'offrande était nécessaire, tandis que, dans le dernier, la destruction déjà accomplie dans le sacrifice absolu peut être répétée d'une façon symbolique et mystique. Il n'y aquun sacrifice du dernier genre, parce que Dieu n'a établi dans le Nouveau Testament qu'une unique représentation du sacrifice de la croix, et celui-ci seul peut être renouvelé par un sacrifice commémoratif, sans rien perdre de sa valeur et de son action, et cet unique sacrifice est le sacrifice eucharistique (1).
Contre cette distinction et cette conception du sacrifice eucharistique comme sacrifice relatif et commémoratif, les adversaires de Vasquez ont élevé de très grandes difficultés. On a dit notamment qu'une représentation figurée du sacrifice de la croix, soit sur la scène, soit par la sculpture et la peinture ne pouvait, cela va de soi, passer pour un sacrifice. On voulait toujours, de ce côté, établir une réelle destruction de l'offrande dans le sacrifice eucharistique. Dans ces derniers temps, quelques-uns ont cru corriger Vasquezen s'appuyant sur la consécrationdes deux espèces séparées, en ce que, ex vi sacramenti^ sous les espèces du pain le corps du Christ est seul présent et que sous les espèces du vin son sang seul était présent, et ainsi dans le corps glorifié du Christ il se produisait aussi une certaine séparation. Si
(1) Ib. n. Î6 : Âlind vero dici potest relativum seu commemorativum dici pote8t ; et quamvîs in hoc non fiât immutatio rei, quae hoc modo ofifertur, reperitur tamen vera significatio, et nota divinae omnipotentiae, sicut in sacrificio absolato.
on songe en outre à une séparation mystérieuse et mystique^ on renouvelle l'opinion que Vasquez exprime très clairement (1). Du reste, il ne tient pas toutereprésentation figurée du sacrifice absolu pour un vrai sacrifice. Le prêtre sacrificateur et la victime doivent être présents réellement et sous des formes visibles, respectivement dans un organe visible (2) ; de plus l'action sacrificatoire doit n'être pas arbitraire, mais être accomplie d'après les prescriptions de Dieu et enfin le sacrifice absolu qui est représenté, doit avoir une valeur et une signification pour tous les temps. Ceci ne se rencontre que dans le sacrifice de la croix et chez lui d'une manière parfaite. Ici le sacrificateur est le grand prêtre éternel, le Fils de Dieu, qui, dès son entrée dans le genre humain, s'est chargé du rôle de médiateur, de sauveur et de grand-prêtre pour tous et qui s'est offert lui-même à son Père céleste, d'une façon ininterrompue, jusqu'à lamort sur la croix : l'offrande, c'est la nature humaine hypostatiquement unie au Fils de Dieu, ou bien en tant qu'offrande visible, le corps de Dieu ; l'intention du sacrifice c'est d'offrir le don le plus parfait à Dieu pour reconnaître sa majesté, sa justice et sa bonté ; et l'offrande c'est la volontaire acceptation de la mort violente et douloureuse qui lui est infligée sur la croix.
DonC;, selon la doctrine de la sainte Écriture (Luc 22, 20, 1. Cor. 11, 26), d'après les témoignages de la tradition et d'après la doctrine du concile de Trente (s. 22, 1), le sacrifice eucharistique n'est pas seulement la commémoraison du sacrifice de la croix, mais son renouvellement sanglant; le sacrifice, de la sainte Eucharistie est donc aussi la répétition non.
(1) Disp. 2'^3. n. 37 : Porro suapte natura habere analogiam cum mortes (Ihristi patet : quia cum ex vi verborum sub specie panis solum corpusj Christi et sub specie vini solus sanguis constituatur, licet sub qualibel specie totus Christus per concomitantiam sit, ex utriusque speciei consecratione hoc modo facta conflatur repraesentatio quaedam separationh sanguinis a corpore, per quam fit mors et dicitur mystica separatio, mort etiam ipsa repraesentatur, et ideo mystica mactatio dicitur.
(2) Disp. 222. c. 7.