V. Hôfélé Hist. des Conc. 11(2' éd.), 247, sqq
CONCILE d'éphèse 505
indistinctement pour les deux natures, comme se rapportant à une seule personne, mais séparent les autres comme se rapportant à deux natures. Ils attribuent à la divinité les expressions qui conviennent à Dieu, et à l'humanité les termes qui indiquent abaissement.
Ce symbole insiste donc très bien sur la dualité des natures qu'on supposait trop atténuées par saint Cyrille ; d'autre part, il ne marque pas aussi exactement que l'avait fait saint Cyrille l'union des deux natures, quoiqu'il fasse ressortir expressément l'unité des deux natures. Relativement à la communication des idiomes, le dogme était également formulé avec exactitude en ce qu'il était dit que les termes Fils, Seigneur, Sauveur pouvaient se rapporter aux deux natures et partant à une seule personne. Mais pour ce qui est des autres attributs le dogme n'était pas suffisamment exprimé, pas du moins dans la dernière précision ; car ces attributs eux-mêmes pouvaient être assignés à une seule personne.
L'Eglise latine était restée en dehors de ces querelles dogmatiques, et dans l'Orient lui-même elles avaient plutôt agité uniquement les théologiens instruits ; lors du bannissement de leur chef Nestorius, elles n'avaient même pas réussi à former au sein de l'empire romain des groupes de partisans hérétiques parmi le peuple. Elles n'y réussirent qu'en Perse et en dehors de l'empire. L'Occident avait cependant eu connaissance de ces luttes relatives à la véritable notion du dogme christologique. En latin, le langage usuel, comme en témoignent les écrits de saint Augustin, n'avait plus ces hésitations et ces incertitudes ; il était en général plus fixe qu'en Orient par suite de la mobilité de la langue grecque.
A l'exposition du dogme par saint Augustin se rattache le Symbolum Athanasianum, dont nous avons vu déjà* quel est l'auteur supposé. On y lit à propos de la personne du Seigneur : Perfectus Deus, perfectus homo, ex
anima ralionali et liumana carne subsistens... Qui licet Deus sit et homo, non duo tamen, sed unus est Ghrislus... Unus omnino non confusione subslantiae, sed unitate personae. Nam sicut anima rationalis et caro unus est homo, ita Deus et homo unus est Christus.
La défense du dogme de l'Incarnation par saint Cyrille d'Alexandrie
Les temps troublés contribuent, à leur façon, à former de grands hommes et à les pousser à de grandes choses. Ainsi la période la plus agitée par l'hérésie a produit chaque fois dans l'histoire de l'Eglise et du dogme les plus grands Pères de l'Eglise qui ont fait resplendir la lumière avec d'autant plus d'éclat et plus de pureté qu'elle devait être, plus troublée et plus obscurcie du côté opposé. Parmi eux figure saint Cyrille d'Alexandrie qui occupe en face du Nestorianisme la même situation que saint Athanase en . face de l' Arianisme. Sans doute il n'avait pas à faire à une | erreur qui fût aussi manifestement et aussi directement que l'Arianisme en contradiction avec les principes fondamentaux de la foi , cependant à travers ses développements successifs, elle allait encore plus loin, jusqu'au Paulinanismemême. C'est ce caractère particulier de l'erreur neslorienne qui lui vaut chez les protestants modernes tant de sympathies sur le terrain théologique. Car aller à rencontre du rationalisme déguisé, le démasquer comme une tendance opposée au christianisme, c'est au gré de trop de gens faire preuve d'aveugle fanatisme. C'est l'accusation portée plusieurs fois contre saint Cyrille. Il s'occupe de questions christologiques surtout dans ses lettres, dans celle aux moines égyptiens, dans ses trois écrits adressés à Nestorius, dans la lettre à Jean d'Antioche, dans les deux lettres à Succèssus, et en outre dans son écrit sur la vraie foi à l'empereur Théodose, dans les deux livres du même titre àriinpéra-
trice, dans l'explication des douze anathématismes, dans les cinq livres contre Nestorius, dans le livre contre Théodoretpour les douze anattiématismes, dans l'écrit ou le dialogue sur l'Incarnation du Fils unique, dans le Dialogue Quod unus sit CJiristics, et dans les scholies sur ces écrits*. Poursuivons tout d'abord l'histoire de sa polémique, de ses efforts pour prouver que le dogme, le Nestorianisme, au moins dans ses conséquences, ébranle ou renverse les doctrines essentielles du Christianisme.
1, Le Kestorianisme met en péril le dogme de la divinité du Sauveur ; par l'hypothèse de l'union morale (<7uv%ta) entre l'homme et le Logos divin, il ne le met pas au-dessus du rang des prophètes ni en dehors du nombre des justes, qui pouvaient tout aussi bien revendiquer pour eux une pareille union, ni même au-dessus de la sphère du monde simplement créé. Saint Cyrille lui reproche d'être un Paulianisme déguisé, il n'a pas tort. Toutes les expressions et explications que Nestorius donne de cette union dans le Christ ne le tirent pas de cette erreur. Il appelle l'homme- Jésus un réceptacle de Dieu {d^ùrriTo? y.rr,ropx) -^ mais (réplique Cyrille avec raison) ne doit-on pas plutôt dire au contraire que le Logos divin a pris et fait comme sien un corps humain et une nature humaine^ ? Parfois Nestorius appelle le Seigneur un porte-Dieu (ôsoyop?) comme saint Ignace s'est désigné lui-même par ce nom, ou un instrument de Dieu {f/cÔTY-oç rJpyKvov) ; cependant ces expressions elles-mêmes ne désignent encore rien qui ne puisse s'appliquer aussi aux prophètes^ Nestorius ne craignait même pas de soutenir expressément que le nom de Dieu ne convenait pas en soi au Sauveur, et ne lui avait été appliqué que par le fait d'une complaisance particulière ; aussi le Sauveur ne méritait-il
1. Ces écrits déjà montionnés ont été imprimés dans l'édition de Migne dans les vol. 75, 76, 77 dos Pores grecs.
2. Cyr. Alex. Adv. Nest. III, 1 {Migne, LXXVI, 124) : Uiji oùy. èfj.<^pdvTr,TCi «tVj Kv, eirti s'y.oiTO )é-/ziv, ort ri )Y,^6h rr.-j J.v.Qoii'JV.v a inà /.c/.TS.y~r,nv.xo oûtjiv, y.eù oiiyl Se /xâ//5v ■/éywfj i'oiov Tf,i 'j.v.^'jùar,^ v.\i~6.