‹ Histoire des dogmes (volume 5)Chapitre 106 sur 166 · C]jr. Alex. Ep. 1 (Migrie LXXVII · texte numérisé non relu

C]jr. Alex. Ep. 1 (Migrie LXXVII

l'adoration qu'à cause de son union avec le Logos* ; il n'établissait entre la divinité et l'humanité du Christ qu'un rapport externe et par-là même ce rapport paraissait susceptible de dissolution^. Bien plus il ne rougissait pas de mettre le Seigneur sur le même pied que Moïse sous prétexte que celui-ci (Exod., 7, 1) est appelé Dieu, lui aussi. Il veut bien lui attribuer un rang plus élevé, mais non le distinguer de Moïse par la qualité. Que saint Cyrille voit là un blasphème, il est à peine besoin de le faire remarquer. Le Christ le Seigneur, il s'en faut beaucoup, n'a pas été comme homme honoré de cette appellation; il était Dieu par nature ; il a parfaitement conservé sous une forme humaine la nature divine avec tous ses attributs et il le montre par ses miracles comme par les œuvres de sa grâce \ Nestorius rejette donc même les expressions bibliques qui font incarner le Logos ; il ne veut laisser subsister dans le Logos que l'acte de s'être incorporé un homme. « Celui-ci (le Logos du Père), dit Nestorius chez saint Cyrille*, est le Fils vrai et naturel ; celui-là (celui qui est né de la Vierge) a été appelé uniquement par analogie Fils de Dieu. Le Logos ne s'est pas fait chair, mais il s'est incorporé un homme, •» Saint Cyrille juge donc nécessaire, dans le premier livre de développer en détail la preuve de la divinité du Seigneur que fournissent les saintes Ecritures.

2. Si le Nestorianisme dépouille de la divinité le Sauveur descendu au rang d'un homme, s'il ne le rattache à Dieu que par une œuvre extérieure, l'œuvre de ce Sauveur devient donc finie et humaine et toute la doctrine de la rédemption du genre humain a perdu son point d'attache. « Si l'Emmanuel n'a été qu'un homme, comme nous, comment sa mort, la mort d'un homme aurait-elle procuré le salut à la nature humaine»? Bientôt saintCyrille s'exprime encore de môme ^ : < Un seul en mourant a satisfait pour tous, parce qu'il les

1. Ep. 11, p. 88. — 2. Ibid. p. 85. — 3. Adv. Nest. 11, 3 {Migne LXXVl, 73,76). —4. De recta fido ad Theod. 6 (Migne LXXVl, 1141). —5. Ad Reginas I, 7 {Migne LXXVl, 1208).

dépassait tous de beaucoup en dignité. Car il est le Logos du Père et Dieu par nature, et le corps qu'il a offert pour nous en sacrifice agréable à son Père était bien le sien propre.

Si le Sauveur n'avait été qu'un homme comme les autres, il aurait dû d'abord offrir satisfaction pour lui-même et il n'en aurait pas même été capable. « Si le Christ n'a été ni vrai Fils de Dieu, ni Dieu par nature, mais simplement ce que nous sommes : un homme ordinaire et un instrument de Dieu, nous avons obtenu notre salut, non en Dieu, mais par quelqu'un qui est mort comme nous et qui a ressuscité par la puissance d'un autre. Comment donc la mort a-t-elle été vaincue par le Christ ? J'entends le Seigneur dire sur son âme les paroles suivantes : Personne ne me la prend; c'est moi qui la dépose spontanément, car j'ai la puissance de la déposer pour la reprendre en moi. Celui qui ne connaissait pas la mort est à cause de vous tombé avec son corps et son àme sous le coup de la mort, afin que nous revinssions avec lui à la vie. Il est ressuscité après avoir vaincu le monde souterrain, non en qualité d'homme, mais comme Dieu, dans la chair avec nous et au-dessus de nous. Notre nature a obtenu en lui comme dans son chef, l'immortalité. La mort a été vaincue, quand elle a étendu sa sentence, jusqu'à son corps qui était la vie même, de même qu'elle a triomphé en Adam, elle a été vaincue dans le Christs

Si le Sauveur n'était pas vraiment Dieu, la faute d'Adam pèserait encore sur nous tous et notre assujétissement à l'empire du démon n'eût pas encore été brisé ^

3. L'hérésie nestorienne va jusqu'à résoudre le Sauveur en deux et ainsi à arrêter et à partager le cœur humain dans sa tendance vers Dieu. Nestorius cherchait, sans doute, à se défendre contre ses accusateurs, en prétendant admettre comme une seule personne (Tr/joawTrov) dans le Seigneur visible. c Je dois te louer, écrit Nestorius à Cyrille^, de reconnaître la différence des natures, la divinité et l'humanité, et l'union

1. Cyr. Alex. Ep. I (Migne LXXVII, 37). — 2. Cf. Quod unus sit Christus [Migne LXXV, 1268, 1273). — 3. Ep. 5 {Migne LXXVII, 52).

des deux en un seul irpàvumv », L'incertitude du langage visà-vis des termes yûo-tç, ûKÔtTrcorn; et tt/joVcottov contribuait beaucoup à empêcher cette doctrine de l'unité des personnes de se présenter à tous avec la même clarté. Mais avec toutes ses explications Nestorius arrivait seulement à faire entendre qu'il admettait dans le Christ une nature humaine parfaite, et de plus un homme parfait. A la vérité il prétendait n'établir qu'une distinction exacte de l'humain et du divin, il ne s'arrôtaitpaslà: mais il admettait toujours, indirectement aumoins deux personnes dans le Christ, Si dans le texte cité, il voulait enseigner, tout comme Cyrille, une union de la divinité et de l'humanité en une seule personne, il entendait par là quelque chose de tout différent, à savoir la seule union à une personne humaine. Saint Cyrille lui reproche cette addition comme une inconséquence', parce que sa propre doctrine n'allait qu'à la réunion de deux Ilp6<Tûma et séparait expressément les deux hypothèses.

Nestorius ne trompait pas moins les orthodoxes en enseignant qu'après la réception de la nature humaine, il n'existait qu'un Fils, comme il y avait eu de toute éternité un Fils de Dieu'\ Saint Cyrille fait remarquer à ce sujet que Nestorius admettait deux fils et qu'il faisait consister l'unité seulement dans la similitude de nom des deux natures ou dans la participation des deux au même honneur et à la même dignité de la filiation. Nestorius pouvait nommer chaque fidèle un Fils et un Christ, car tous participent au titre d'enfants de Dieu et à l'honneur départi au Seigneur. Ce n'est pas la distinction des deux natures dans le Christ que saint Cyrille eût blâmée, mais leur séparation en deux personnes. « Cesse de séparer les deux natures après qu'elles ont été unies, car savoir que la nature divine est autre chose que la nature humaine, n'est pas seulement une convenance pour un esprit pénétrant, mais une nécessité ; ces natures sont en effet infiniment différentes entre elles, dans notre Sauveur et le Sauveur de tous, dans lequel ces

1. Ep. liO [Migne LXXVII 276). — 2. Adv. Nest. II, 7 {Migne LX.Wl, 88).

natures sont réunies en une union vraie et hypostatique, renonce donc à toute séparation* ».

Et si les deux natures ont dû exister séparées l'une de l'autre, il résulte de soi qu'il faut admettre deux Christs. « Enfin il y en a — ainsi parle saint Cyrille des Nestoriens^ — qui soutiennent, il est vrai, que l'Emmanuel est constitué et composé du Logos divin, de l'àme raisonnable et du corps, c'est-à-dire d'une nature humaine parfaite ; cependant ils ne suivent pas la saine et bonne croyance. Ils partagent en elïet l'unique Christ en deux et ils soutiennent par suite de cette séparation entre l'un et l'autre que chacun d'eux subsiste par lui-même, que l'un, celui qui est né de la Vierge est un homme parfait et que l'autre, le Logos vient du Père ; en même temps ils ne distinguent pas seulement entre la nature de Dieu et de la chair, ils prétendent encore se cantonner dans ces différences. Car autrement ils ne se seraient pas écartés de la vérité, puisque la nature de la chair est autre que celle du Logos : Mais ils posent que l'homme est impur comme existant à part (àvô/jwrov t3t« TtôEvTï;) et nomment l'autre le vrai Dieu.

Nestorius veut sans doute se défendre contre le reproche d'admettre deux Christs, mais il ne peut le faire que comme quand il soutient l'unité du Fils de Dieu, car le nom du Christ doit d'un côté être attribué au Logos, et de l'autre au Fils de Marie et par suite de l'union des deux en une seule

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SeovTE,-)^. Mais saint Cyrille ne tient pas cette reconnaissance de l'unité de personne pour sincère, attendu que les Nestoriens contestent l'union essentielle des deux natures. En outre, il est contraire au langage usité dans l'Eglise, d'attribuer au Logos pris à part le titre de Christ (oint) ; il appartient en propre au Sauveur par suite de la nature humaine qu'il a prise et qui a été consacrée par le Saint- Esprit.

i. Cyr. Alex. Adv. Nest. II, 8 (mgne LXXVI,92).

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