Migne LXXV
Que cette façon de parler chez saint Athanase soit nouvelle ou non, elle n'était pas cependant chez lui hétérodoxe ou monophysite, car en ajoutant a incarné », il voulait désigner la nature humaine qui avait été prise et du reste elles désignent uniquement l'union physique. Gela résulte clairement de l'explication qu'il donne lui-même dans sa seconde lettre à Successus. Ici en effet saint Cyrille rencontre l'objection que si une nature est prise par le Seigneur, il faut attribuer des souffrances à la nature et à l'essence divine. Il la combat parce qu'il n'a pas parlé d'une nature quelconque, mais de la nature incarnée du Logos. Il prétend donc dire que dans le Christ le Logos divin est devenu homme avec sa nature divine. Et on peut ainsi parler d'une nature divine incarnée comme d'un Logos divin incarné. Il résulte néanmoins de là que cette expression « nature incarnée du Logos » doit désigner les deux natures, la divine aussi bien que l'humaine et marquer en même temps que le Logos a supporté et éprouvé des souffrances dans la nature humaine. Dans un autre écrit « Quod unus sit Christus », saint Cyrille revient à la même manière de parler: « Qui voudrait, dit-il, être assez fou et assez ignorant pour prétendre que la nature divine a été transformée en une nature finie ou que la chair a passé par transformation dans la nature du Logos? Cela est impossible. Nous parlons d'un seul Fils et d'une seule nature, quoiqu'il ait pris un corps animé par une âme raisonnable ; car la nature humaine est devenue la sienne propre, et c'est ainsi qu'il est considéré par nous comme Dieu et comme homme. A cette objection : ^ Il n'y a donc plus deux natures, une divine et une humaine », il est répondu: ft sans doute la divinité est autre chose que l'humanité, si on considère ses attributs particuliers ; mais l'une et l'autre ont été fondues dans l'unité sans mélange et sans transformation d'une manière impénétrable pour nous ». Pareillement, il repousse l'objection d'une absorption de la nature humaine dans la divine et il dit que Dieu, en dépit de l'unique nature d'homme incarné, a fait que sa nature humaine a continué d'exister sans corruption semblable au
buisson ardent qui dans l'apparition de Dieu brûlait sans
se consumer \
On s'explique ainsi que saint Cyrille tout en reconnaissant expressément deux natures dans le Christ avec le symbole des Antiocliiens pût cependant encore tenir après l'union au terme de nature incarnée-^ car par là il entendait réellement deux natures -.
5. Le terme d'union physique («vmti; ^ufri-Ar) que saint Cyrille a employé dans le troisième anathématisme pouvait bien cependant ne pas plaire à tous. Théodore! lui reproche dans sa rétutation des anathématismes de supposer une nécessité et de présenter l'union de Dieu avec la nature humaine, comme résultant d'une nécessité et nullement d'iin amour libre.
A cela saint Cyrille répond dans son Apologétique contre Théodoret que par le mot (c physique d, il n'a voulu que désigner mie union essentielle et indissoluble du divin et de l'humain et exclure la division en deux fils. Il avait seulement à écarter par là la conception nestorienne de Tmiioii des deux natures par des rapports réciproques, par leur autorité et par leur égale dénomination à tous deux et il n'avait pas davantage voulu insinuer un mélange ou une transformation des natures. Il n'avait pas songé le moins du monde à nier le libre amour de Dieu et sa manifestation dans l'Incarnation^. Il pensait que la liberté devait être restreinte sur ce point, qu'après la réalisation de l'union hypostatique, il ne pouvait plus se produire dans cet état de séparation, au moins du côté de l'homme. Tel [était bien le cas dans l'union de l'homme et de Dieu par la foi et par la grâce, mais non dans l'union physique entre le Logos et la nature humaine ^ Il s'entendait particulièrement avec