‹ Histoire des dogmes (volume 5)Chapitre 117 sur 166 · De inc. Unig. (Migne LXXV · texte numérisé non relu

De inc. Unig. (Migne LXXV

se nomme lui-même (Jean VI. 32, 33) un pain qui est descendu du ciel, et qui rend la vie au monde, quoique ce soit le Logos qui, à parler exactement, soit descendu du ciel. Dans ce cas, il y a aussi une qualité de la nature humaine qui est attribuée à la divine et cela est admissible môme m concreto, comme s'exprimera plus tard la théologie, quand on a en vue et qu'on suppose la personne de l'Homme-Dieu comme support de l'une et de l'autre.

Nestorius ne voulait attribuer au Sauveur qu'au singulier les termes qui servaient seuls à désigner la divinité et pouvaient, en même temps, mais en un autre sens analogue, s'entendre de l'homme, par exemple les qualificatifs de Fils de Dieu, Christ. Cependant il protestait contre l'emploi des expressions : « Dieu est né de la Vierge, Dieu est mort, Dieu est ressuscité * », sous prétexte qu'alors on soumettait la divinité à un changement. Ceci ne se produisait guère que quand on attribuait in abstracto ces attributs à la divinité. Mais cela ne se faisait point. Saint Cyrille excluait toujours le changement de l'être divin*. La communication des idiomes n'avait lieu que parce que le Fils de Dieu s'était, dans la plénitude des temps, attribué une nature humaine parfaite et avait ainsi, en tant que principe de la personnalité, reçu en partage les propriétés de cette personne, quoique les deux natures gardassent leurs propriétés respectives.

De même qu'on dit de l'homme qu'il est né de la femme quoique le corps ait été seul à naître et non l'âme, de même on peut dire du Logos qu'il est né de la Vierge puisqu'il est né d'elle par le corps humain qu'il en a pris. Ainsi en va-t-il de la mort de l'homme et de la mort du Logos fait homme ^ L'attribution de la mort au Fils de Dieu n'est pas indigne de Dieu, puisque l'Homme-Dieu a opéré par sa mort le rachat de tous les hommes et s'est, par sa résurrection, montré vainqueur de la mort même*.

A cause de la coinmuiiiGalio idiomatam le saint docteur

1. C. Ncst. I, 2. — 2. Ep. 39 (M igné LXXVII, 180). — 3. C. Nest. V, c. 7 {Migne LXXVF, 244). — 4. C. Nest. V. 3, 5, p. 228 sq. 233.

attribue même à la personne du Sauveur, sous le rapport de la divinité comme de l'humanité (quoique seulement en un sens rédupiicatif pour cette dernière), le droit à l'adoration en tant que personne unique ; au contraire Nestorius à côté d'une adoration à rendre à Dieu parle d'une façon toute païenne d'une adoration à rendre à l'homme Jésus, en sa qualité de défenseur et de prédicateur de la gloire de Dieu'. Ou plutôt le corps du Seigneur est digne d'adoration, parce qu'il est devenu le corps de Dieu. « Si le corps de l'homme est appelé corps divin, qui empêche donc d'appeler chair divine la chair du Fils de Dieu?- »

Les Nestoriens prétextaient qu'il fallait aussi séparer les attributs pour ne pas tomber dans l' Arianisme qui en pressant les attributs du Seigneur entirait lacréationdu Sauveur, sous tous les rapports. C'est là ce que fait valoir encore Théodoret dans sa réfutation du lY^ anathématisme, déjà cité. Saint Cyrille lui répond qu'on peut sans aucun doute distinguer les natures, mais qu'on ne peut pas pour cela rapporter les attributs à deux personnes séparées. Les passages de la sainte Ecriture où il est dit (Luc, II, 52) que Jésus croissait en âge, en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes, saint Cyrille ne les rapporte donc pas à l'homme Jésus, mais au Logos fait homme qui a toujours laissé transpiré de plus en plus sa divinité. « Comment croissait le Seigneur ? » En ce que, me semble-t-il, le Logos divin proportionnait à la croissance de son corps et de son âge la manifestation de sa supériorité divine qui lui était inhérente dès le commencement^.

9. Par la communie atio idiomatum, était démontrée aussi la rectitude du titre honorifique de Mère de Dieu (Geo-oV.oç) donné à la très sainte Vierge Marie. Quant à la preuve que fournit la tradition en faveur de ce titre, saint Cyrille la produit dans le l^r livre ad Regg, et il invoque l'autorité de saint Athanase, de l'évêque Atticus de

1. C. Nest. II, c. 10, 13. Cf. Ad Reg. I, 6. — 2. Nest. II, c. 8. 3. C. Nest. III, 4.

Constantinople, del'évêque Antiochus, del'évêque Amphilochius d'Iconium, d'Ammon d'Andrinople, etc. Mais cette preuve résulte clairement du dogme même de l'Incarnation. Car de même que pour les hommes une mère devient mère de son fils quoiqu'elle n'enfante que son corps, de même la très sainte Vierge Marie doit être appelée Mère de Dieu, quoiqu'elle n'ait enfanté que le corps humain du Logos que celui-ci s'est appropriée

Quand Nestorius demande toujours pourquoi la Vierge Marie devait' devenir Mère de la divinité (ôeoToxoç), saint Cyrille répond' : « Nous soutenons que le Logos vivant et subsistant a été produit par l'essence de Dieu, le Père, et tient en dépit de son existence dans les temps une existence intemporelle, puisqu'il subsiste toujours avec le Père qui l'engendre, habite et est connu en lui et avec lui ; mais que dans ces derniers temps il est fait chair c'est-à-dire qu'il est né d'une femme avec un corps animé par une âme raisonnable et selon la chair ». Ce qu'il est donc impossible de dire de la divinité considérée par abstraction, on peut le dire cependant du Logos fait homme.

Sur le perfectionnement et la déification de la nature humaine opérée par l'union hypostatique nous ne trouvons pas de renseignements plus précis chez saint Cyrille que chez la plupart des Pères de l'Eglise dont nous nous sommes occupés. La polémique contre l'hérésie ne se portait pas principalement sur ce point. Les paroles où le Seigneur (Marc 13. 32) semble dire qu'il ignore lui-même le dernier jour, saint Cyrille les entend donc comme saint Athanase, dans ce sens qu'il aurait pris cette ignorance avec cette nature même. « Il connaît en tant qu'il est la sagesse du

1. C Nest. I, 3. Nous trouvons ce^te démonstration dans le IV' livre c. Nestonauos de Léonce de Byzance leScolastique à la fin du vi'sitVloijui prit d'abord part a la lutte contre les monophysites, puis combattit de plus les Nestoricns dans sept livres. Sur lui Cf. Verner. Gesch. tier upolund poleni. LUeraiur M, 247, sqq.

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