EUTYCHÈS
sans douleur. {irpsK-o;, x^^iy^j-^-, izkuBy);) et gourniandait les moines qui attribuaient la souffrance à la nature divine et la réduisaient ainsi à l'état d'être fini. Il leur donnait le nom de Synusiastes. parce qu'ils voulaient mêler la nature divine et humaine en une seule essence ; il visait bien aussi saint Cyrille qui pourtant s'était toujours défendu d'admettre expressément de mélange dans l'être divin*.
D'autre part ceux qui se donnaient pour les défenseurs de lachristologie de Cyrille se laissèrent aller à de bruyantes divagations. Eutychès, prêtre et archimandrite d'un monastère aux portes de Gonstantinople, avait été déjà soupçonné d'hérésie et il avait été formellement accusé d'erreur en un concile de Gonstantinople en novemJjre 448. Il enseignait en effet que :
1° Après la réunion des deux natures dans le Christ ; il ne fallait plus admettre en lui deux natures, mais une seule nature et une seule substance ;
2° La chair ou corps du Seigneur n'était pas consubstantielle à la nôtre, mais seule la Vierge qui l'avait enfanté avait même substance que nous, et c'est pour cela que le corps du Seigneur était bien un corpus Iminanuni {crrjyj.y. àv^/jwTrtvôv) mais ne pouvait être appelé un corpus Jiominis-.
De là il ressort clairement que Flavien, l'évêque de Gons-
1. Un extrait et un court examen des œuvres de Théodoret se trouve chez Werner : op. cit. II, 281, sqq.
2. Flavien écrit à l'évêque de Rome Léon : Asserebat (Eutychès) instanter dicens : Dominum n. J. Chr. non oportere conflteri de duabus naturis post humanam susceptionem, cum a nobis unius substantiae et unius personae (s-' /J"â ù-o^tv.^-i xv.i èv k-A tt^çtwttw) cognoscatur, neque carnem Domini coessentialem nobis subsistere, tantjuam ex nobis susceptam et coadunatam Deo vorbo secundum substantiam ; sed dicebat virginem quidem, quae eum genuit, secundum carnem consubstantialem nobis esse. Ipsum autem dominum non suscepisse ex ea carnem consubstantialem nobis, sed corpus domini non esse quidem corpus hominis, humanum vero corpus esse, quod est cavirgine. Inter Leonis lep. 22, §3(versio antiquior) Upp. (éd. Baller.) I, 761, cfr. 737 Les expressions d'Eutychès se trouvent en grec dans les actes du concile chez Mansi V, 1328 sqq. Au concile de Gonstantinople il exposa ses erreurs en ces termes : « é/jmo'/'H h
ôJî c-JTîiOJv •/VjVJf'i'Or/.i riv y.'jni'j-j r,ii.'7fj vpi -»;; ■j'j't'j-'ji:' ij.-rà. ëi tàv évwïtv /j.tw c'jciv
o/jio/'y/'Z. Cf. Mansi VI, 744.
tantinople, pouvait dans son rapport à l'évêque de Rome, accuser Eutychès d'être tombé dans l'hérésie qu'il prétendait combattre et de nier tout comme Nestorius, pour d'autres motifs, la maternité de la sainte Vierge. En eflet, d'après la doctrine d'Eutychès, le Fils de Dieu avait pris un corps non pas consubstantiel, mais semblable au nôtre ; Eutychès avait cependant reconnu au concile que Dieu avait pris la chair de la Vierge. Quelque chose d'analogue avait été enseigné par le gnostique Valentin et plus tard par Apollinaire, qui avait soutenu que le sein de Marie était le canal par lequel avait dû passer seulement le corps du Seigneur.
Les idées d'Eutychès n'auraient certainement pas trouvé d'écho et n'auraient pas eu d'effet sur les siècles suivants s'il n'avait pas été considéré comme un défenseur de la théologie de saint Cyrille et ses adversaires comme desNestoriens. Cela lui créa tout un grand parti dans l'Eglise d'Alexandrie où le patriarche Dioscure se prononça d'abord pour lui et tint pour Xestoriens les adversaires d'Eutychès.
A regarder d'un peu plus près les idées d'Eutychès on voit clairement qu'il était un homme de petit esprit, étroitement attaché à chacun des termes de Cyrille, sans être parvenu à les bien comprendre. Ainsi, dans sa première proposition, plus haut citée, il n'avait eu devant les yeux que cette proposition plusieurs fois répétée par ce Père, à savoir que les deux natures {èx SOo ^ûo-ewv) constituaient un seul Christ. Le pape Léon qui avait été informé de ces opinions d'Eutychès entendit ses paroles dans ce sens qu'il s'agissait des deux natures avant la réunion, comme si Eutychès professait les idées origénistes de la préexistence de l'âme humaine, puisqu'il ne pouvait plus être question de deux natures existant avant l'Incarnation. Eutychès ne s'était pas prononcé pour ce préexistentianisme éventuel. On explique plus facilement ses expressions par une méprise sur le sens des idées de Cyrille. « Nous voyons, dit celui-ci*, que deux natures se
1, Cyr. Ep. 45 (Migne LXXVII, 232 sqq.).