EUTYCHÈS
réunissent en une inséparable unité sans mélange et sans transformation. Mais après la réunion nous ne séparons pas les deux natures l'une de l'autre, ni ne partageons en deux le Fils unique : nous parlons seulement d'un fils et, comme ont dit les Pères, d'une nature incarnée de Dieu, le Logos ».
Que deux natures aient existé à part avant leur union, Cyrille ne le dit pas. Si nous voulons saisir le mode d'existence de l'union hypostatique, nous devons séparer dans la pensée les deux natures réunies, mais elles n'ont point besoin d'exister à l'état séparé. L'addition « avant l'union » n'est pas de saint Cyrille, mais d'Eutychès. Après la réunion les deux natures ne sont plus séparables (oO Siat^oojar^), mais saint Cyrille laisse expressément subsister une différence des deux natures même après la réunion^ Il s'agit simplement pour lui de rejeter la séparation nestorienne des natures.
En quel sens faut-il encore entendre l'expression de saint Cyrille « une nature incarnée de Dieu le Logos » ? Nous l'avons expliqué plus haut. Elle n'impliquait nullement une transformation de l'une des deux natures en l'autre; le terme des « deux natures » était simplement évité parce que les Nestoriens l'auraient aussitôt entendu dans leur sens, et le terme « fait homme » qui y était ajouté indiquait la nature humaine parfaite et son acquisition par le Logos,
On pouvait tout aussi peu tirer de la doctrine de saint Cyrille l'autre proposition eutychéenne de la différence essentielle du corps du Christ et du nôtre ; car saint Cyrille s'explique en toute clarté sur ce poinf^ : « Mais si nous disons que Notre-Seigneur Jésus-Christ est descendu du
1. Cyr. Ep. 39 (Migne LXXVII, 180) : Elç, yv.p xùpioi 'Uioli XpiTrdi, xkv h Tdiv cû^euv fjL/i x-/vofivxi ôtv.jiopy., èÇ S>v t'rcj omoppr^ov îvwjtv iie'npy.yQv.i ovitÀ-j. Cf. c. Xcst. II, c. 6 [Migne LXXVI, 84 sq.).