‹ Histoire des dogmes (volume 5)Chapitre 139 sur 166 · V. Héfélé, Ibid. (2' édition · texte numérisé non relu

V. Héfélé, Ibid. (2' édition

parce qu'il n'était point d'usage dans l'Eglise d'excommunier après coup des morts comme Théodore et parce que les deux autres avaient été réconciliés à Ghalcédoine.

Pour l'histoire des dogmes, les 14 anathématismes rédigés dans la huitième séance présentent une grande importance; c'est laque le dogme de l'Incarnation trouva son expression absolument exacte. Dans le quatrième anathématisme la doctrine de l'Incarnation est formulée avec précision contre le Nestorianisme ; toutes les expressions dont ces hérétiques avaient coutume de se servir pour désigner l'union du divin et de l'humain dans le Christ sont rejetées comme insuffisantes ; en même temps cette union est marquée comme hypostatique, c'est-à-dire comme donnant naissance à une seule hypostase.a Quiconque prétend, y est-il dit, que l'union du Dieu Logos avec l'homme existe seulement par la grâce, par la charité ou par l'égalité d'honneur ou d'autorité, par relations ou rapports mutuels, par la force ou par suite de la complaisance, en ce que le Logos-Dieu a trouvé son plaisir dans l'homme à cause du bon et excellent sentiment qu'il Importait — ainsi que s'exprime Théodore dans son erreur — ou par suite d'une homonymie, étant donné que les Nestoriens appellent le Fils de Dieu Fils (en grec Jésus) et Christ et donnent le titre de Christ et de Fils à l'homme considéré en lui-même et parlent ainsi clairement de deux personnes, alors que par cette désignation et pour l'honneur, la dignité etl'adoration, ils ne parlent qu'hypocritement d'une seule personne et d'un seul Christ; et si quelqu'un, qui ne reconnaît pas que l'union du Logos-Dieu avec la chair animée par une âme pensante et raisonnable, s'est formée par synthèse ou hypostase, comme disaient les saints Pères et que pour cela il n'existait qu'une hypostase, à savoir le Seigneur Jésus-Christ, un de la sainte Trinité, qu'il soit anathème* ».

1. Mansi IX, 377 : Et riç léyst y.Kzà yj/.pvi, rî xarà hii^'^jziv.-^ ^ /) z«Tà tdo- Tifitav, ri -/«Ta «ù6l£vTÎav, vî à-jwfooy.-j, v! lyj.fjfj, r, ^xj-jk^iv Tr,v évwiTiv Toû 0£ov "kô'/OM TT^ôj av6/^w7rov yeyw/iaSat ' v; xarà eùSozi'c.v, wf à&ETQévTo; tou 0£ou Àôyou

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Dans le septième anathématisme est justifiée l'expression le seul Christ en cleuM natures, et cette seule nature incarnée du Logos est acceptée et entendue dans ce sens que saint Cyrille n'avait pas pensé par là à une seule nature au sens d'Eutychès mais à un seul Christ. Le dixième anathématisme adopte la terminologie mise d'abord en circula tion par les théopaschites et il dit : « Si quelqu'un ne reconnaît pas que le Seigneur Jésus-Christ crucifié dans la chair est vrai Dieu maître de la gloire et un de la sainte Trinité qu'il soit anathème ».

Peu après la clôture du Concile auquel assistèrent 164 évêques, le pape Vigile changea encore d'avis en approuvant les décrets de l'assemblée à plusieurs reprises, dans cette même année, (553). L'année suivante il repartit pour Rome, mais il mourut en route. Du reste l'opposition soulevée pendant longtemps contre le V^ concile œcuménique, au moins dans quelques églises du Nord de l'Italie, n'a aucune importance pour l'histoire du Dogme.

Le Monothélisme de Sergius et le Pape Honorius

Les eîTorts de la cour de Constantinople pour réunir à l'Eglise les Monophysites et rétablir l'unité de la foi dans l'empire aboutirent aux querelles rapportées dans le précédent paragraphe, La condamnation des Trois-Chapitres devait principalement servir à enlever aux Monophysites leur prétexte d'opposer aux orthodoxes leurs prétendues tendances nestoriennes. Mais y a-t-il eu une conversion en

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LE MONOTHÉLISME 571

masse des Monophysites après le V^ concile, l'histoire n'en sait rien. L'iiérésie avait conquis les masses populaires en Egypte, en Syrie et ailleurs, comme l'Arianisme avait été presque seul à le faire jusqu'alors. Le respect qu'on prétendait témoigner au grand docteur de l'Eglise, Cyrille, n'explique pas seul cette large diffusion de l'erreur monophysite ; pas plus que la rivalité de l'empire d'Orient et de celui d'Occident. Cette doctrine répondait à l'état d'affaiblissement de leur culture. Il s'agissait de voir en effet si les masses populaires qui depuis Constantin n'avaient qu'extérieurement passé au Christianisme s'élèveraient à une conception déplus en plus parfaite du Christianisme et se laisseraient de plus en plus pénétrer par lui, où bien descendraient peu à peu de ceshauteurspou r se rapprocher ànouveau des idées païennes. Hélas ! c'est ce dernier cas qui se produisait et le Monophysisme parut bien correspondre à ce retour en arrière. Cette hérésie, en effet, a au moins pour base une idée panthéistique. Le Sauveur est réduit peu à peu à une simple théophanie à la façon des idées païennes ; le but proprement dit de la rédemption, à savoir la sanctification et la perfection de l'homme, se dérobe aux yeux des fidèles ; et en même temps la nature humaine pure et parfaite et illuminée n'est plus attribuée au Christ et cesse de pouvoir être considérée comme un modèle et un idéal . A cet état d'abaissement moral le monophysisme devait convenir beaucoup plus que le Christianisme orthodoxe qui voit bien dans notre rédemption une action de Dieu mais une action qui tend à sanctifier et à perfectionner la, nature qui nous est commune à tous. Ainsi s'explique, en quelque sorte, comment au début du septième siècle le parti monophysite soit devenu le parti national était compté jusqu'à six millions de sectateurs. Pour la Syrie et l'Arménie, il en fut de même.

Réconcilier ces Monophysites avec l'Eglise devint une nécessité politique pressante sous l'empereur Héraclius au commencement du YII« siècle. Les Perses avaient en efiet déjà conquis la Syrie (616) et l'Egypte (619) ; ils avaient

même pénétré jusqu'à Constantinople quand Héraclius (622) se mit lui-même à la tête de son armée, repoussa les ennemis et les vainquit dans leur propre pays. A cette époque eurent lieu les négociations que l'empereur engagea entre quelques orthodoxes et quelques évêques monophysites sur le monothélisme que Sergius, patriarche de Constantinople depuis 610, lui avait proposé comme un moyen de rapprochement entre les Orthodoxes et les Monophysites. Ce Sergius doit être considéré comme le propre père du Monothélisme. Il était déjà entré en des conférences avec quelques évêques* sur la question de l'unité delà volonté et du mode d'action (Iv 6zlY,y.a z«i pu'a èvépyetu) daus le Christ comme on le voit d'après la discussion qui eut lieu entre saint Maxime et Pyrrhus. D'après celle-ci il avait tout d'abord gagné à sa cause l'évèque Théodore de Pharan en Arabie et il était en outre dès avant 619 entré en pourparlers à ce sujet avec les Monophysites d'Egypte et entre autres avec un certain George surnommé Arsas. C'est pendant la campagne de l'Empereur contre les Perses (622), alors que Héraclius eut un entretien avec le Sévérien Paul sur la croyance à une seule opération dans le Christ, ainsi que Sergius le remarque dans sa lettre au Pape Honorius; mais ce fut en pure perte. En l'année 626 l'empereur fut plus heureux dans sa conférence sur le même sujet avec l'évèque Cyrus de Phasis chez les Lazes; il s'était rencontré avec lui dans une nouvelle campagne contre les Perses. Cyrus s'adressa à Sergius pour obtenir des explications sur cet unique mode d'opérations, celui-ci les lui donna dans une lettre qui nous a été conservée dans les actes du sixième concile général*.

Le Monothélisme prit une plus grande importance quand ce même Cyrus eut été élevé sur le siège d'Alexandrie, après la mort de Georges, patriarche de cette ville. Celui-ci réussit en eflet à ramener avec lui à l'Eglise, le 2 juin 633,

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